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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206516

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206516

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantKASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2022, M. C A, représenté par Me Kassi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les informations mentionnées par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui ont pas été remises par écrit dans une langue qu'il comprend ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités néerlandaises auraient donné leur accord explicite pour sa reprise en charge ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne le 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 septembre 2022, en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; Il fait, en outre, valoir qu'il vit avec sa compagne et qu'il va être père ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. A a produit une note en délibéré, enregistrée le 6 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien, né en 2000, à Divo, a sollicité le 18 mai 2022 son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services du préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. A avaient été relevées le 6 février 2018 par les autorités de contrôle compétentes aux Pays-Bas à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Saisies d'une demande de reprise en charge de M. A le 25 mai 2022, les autorités néerlandaises ont accepté la requête du préfet le 7 juin 2022. Par l'arrêté du 18 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier ainsi que des propos circonstanciés de M. A lors de l'audience, que M. A réside à Vigneux-sur-Seine auprès de sa compagne, enceinte de près de quatre mois à la date de l'arrêté attaqué. Il verse ainsi aux débats un acte de reconnaissance anticipée de paternité de son enfant à naître, établi par l'officier de l'état-civil délégué de la mairie de Vigneux-sur-Seine, ainsi qu'un compte-rendu d'une échographie obstétricale datée du 21 juillet 2022 faisant apparaître la date prévue d'accouchement fixée au 3 février 2023. Dans ces conditions, dès lors que le transfert de M. A aux Pays-Bas conduirait à le séparer de sa compagne et de son enfant à naître à un moment de particulière vulnérabilité, l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessaire qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

8.Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kassi, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Kassi de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 18 août 2022 est annulé.

Article 3 : ll est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale dans un délai d'un mois à compter du présent jugement et de lui délivrer, dans ce délai, une attestation de demandeur d'asile.

Article 4 : Sous réserve que M. A soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, l'État versera une somme de 1 000 euros à Me Kassi au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. BLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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