vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | EL IDRISSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 août et le 12 septembre 2022, ainsi que par des pièces complémentaires enregistrées le 8 novembre 2022, et un mémoire non communiqué enregistré le 30 novembre 2022, M. C B, représenté par Me El Idrissi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain dans la mesure où il séjourne en France depuis près de 7 ans et qu'il bénéficie d'un emploi en contrat à durée indéterminée, lui permettant de subvenir à ses besoins d'autant plus qu'il dispose d'un logement ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque ses deux frères résident en France et qu'il n'entretient plus de liens avec les membres de sa famille résidant au Maroc ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de refus de titre de séjour qui la fonde.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2022 par une ordonnance du 9 novembre 2022.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 3 janvier 2023, ont été présentées pour M. B et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant marocain, né le 17 juillet 1981, est entré en France le 28 novembre 2015 sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 25 décembre 2015. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 29 octobre 2019, le préfet des Yvelines a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le recours qu'a exercé M. B à son encontre a été rejeté par le jugement N°1908662 du tribunal administratif de Versailles du 7 février 2020, ainsi que par une ordonnance du 10 décembre 2021 de la cour administrative d'appel de Versailles. Il a ensuite sollicité, à nouveau, un titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par un arrêté du 28 juillet 2022, le préfet des Yvelines a refusé de le lui délivrer en l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. La décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions applicables, notamment l'accord franco-marocain, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle résume la situation administrative et familiale du requérant, précisant notamment qu'il a déjà fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et rappelant, outre sa situation professionnelle, les attaches familiales dont il dispose dans son pays d'origine. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
3. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation, y compris sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour en précisant, notamment, que l'intéressé " ne peut être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la régularisation de sa situation ".
4. En vertu de son article L. 110-1, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique sous réserve " des conventions internationales ". Aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum () reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et portant la mention ''salarié''. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
5. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour " salarié " prévu à l'article 3 de ce texte est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois. Ainsi, le préfet des Yvelines a légalement pu opposer au requérant la circonstance qu'il n'était pas entré sur le territoire national sous couvert du visa de long séjour exigé par l'article L. 412-1 précité, et lui refuser, pour ce seul motif, la délivrance du titre de séjour " salarié " qu'il sollicitait. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code précité à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
8. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, de près de sept ans, et de la circonstance que les modalités de son séjour en France sont stables, puisqu'il bénéficie d'un emploi en contrat à durée indéterminée et un logement, de sorte qu'il subvient entièrement à ses besoins. En outre, il fait valoir que deux de ses frères résident en France, précisant ne plus avoir de liens avec les membres de sa famille au Maroc. Toutefois, le préfet des Yvelines a relevé que l'intéressé n'avait pas effectué de démarches afin de régulariser sa situation entre 2015 et 2019 et qu'il a déjà fait l'objet, en 2019, d'un arrêté de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. En outre, il a également noté que l'intéressé s'était indument inscrit à Pôle emploi et il ressort des pièces du dossier que la direction régionale des entreprises et de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a émis un avis défavorable à sa demande d'autorisation de travail du 19 août 2019 suspectant une fraude. A cet égard, elle a souligné que les deux dossiers d'autorisations exceptionnelles au séjour reçus émanaient de deux jeunes entreprises présentant le même cachet alors qu'elles ne sont pas situées dans le même département et que leur gérant est identique ; elle a ajouté qu'un des formulaires cerfa était erroné et qu'à la suite d'une convocation, dans le but de lever justement ces incompréhensions, aucun interlocuteur potentiel ne s'est manifesté. Compte tenu de ces éléments, et dans la mesure où le requérant n'apparait pas dépourvu de liens au Maroc où vivent ses parents et ses sœurs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnait l'article 8 précité.
11. Enfin, le moyen invoqué relatif à l'erreur d'appréciation s'agissant de l'application de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers est inopérant, la demande de titre de séjour n'ayant pas été présentée sur ce fondement.
Sur les autres conclusions :
12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
14. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- Mme Vincent, première conseillère,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
M. GeismarLe président,
signé
C. Gosselin
La greffière,
signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026