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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206663

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206663

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 août 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. A C.

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 11 août 2022, et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 7 et 8 septembre 2022, M. A C, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu et du caractère contradictoire de la procédure préalable ;

- elles sont intervenues en méconnaissance du droit d'être assisté par un avocat et des termes de l'arrêt CJUE du 11 décembre 2014 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'absence de caractérisation du risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'affaire a déjà été jugée par une décision du 19 août 2022 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Garcia, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise, en outre, qu'après avoir été placé en garde à vue pour des faits de violence conjugale, la plainte a été retirée par sa compagne, qu'il est marié depuis 2018, est père d'un enfant et justifie travailler en contrat à durée déterminée puis indéterminée, estimant que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ajoutant qu'il a engagé des démarches pour obtenir son admission exceptionnelle au séjour, que, s'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, aucun élément du dossier ne permet de caractériser un refus du requérant de retourner en Tunisie,

- les observations de M. C,

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 16 août 1987, est entré sur le territoire français en 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 9 août 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 9 août 2022 a été enregistrée au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 11 août 2022, dans le délai de recours de quarante-huit heures prévu par les dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis transmise au tribunal administratif de Versailles par une ordonnance du président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 29 août 2022. Par ailleurs, postérieurement à l'introduction de sa requête mais antérieurement à la transmission du dossier de celle-ci par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. C a directement saisi le tribunal administratif de Versailles de conclusions tendant à l'annulation du même arrêté du 9 août 2022 du préfet des Hauts-de-Seine. Ces conclusions, qui ont été regardées comme une nouvelle requête, ont été enregistrées le 13 août 2022, soit après l'expiration du délai de recours contentieux, et rejetées par une ordonnance n° 2206215/11 du 19 août 2022 comme entachées d'une irrecevabilité manifeste tirée de leur tardiveté. Dans ces conditions particulières, eu égard notamment à la circonstance que ce rejet résulte essentiellement du délai anormalement long de transmission au tribunal administratif de Versailles du dossier de la requête initiale de M. C, dont la recevabilité est établie, cette requête doit être regardée comme ayant conservé son objet. Il y a lieu, dès lors, d'y statuer.

Sur les conclusions de la requête :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français, refuser d'accorder un délai de départ volontaire et fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bienfondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu en audition par un agent de police judiciaire le 9 août 2022 et qu'à l'occasion de cette audition, au cours de laquelle il a été assisté par un avocat, il a été mis en mesure de présenter ses observations notamment sur sa situation personnelle et familiale et sur sa situation administrative au regard du droit au séjour. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu, du caractère contradictoire de la procédure préalable et du droit d'être assisté par un avocat doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne justifiait que d'une ancienneté de séjour en France d'environ trois ans à la date d'intervention de l'arrêté en litige. S'il est marié et père d'un enfant né en France le 7 décembre 2019, il est constant que son épouse réside de manière irrégulière sur le territoire français. Eu égard au jeune âge de l'enfant, rien ne s'oppose à ce que M. C reconstitue sa cellule familiale dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa sœur, ainsi que cela ressort de la demande d'admission exceptionnelle au séjour datée du 22 juillet 2022 qu'il produit, et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Il ne justifie, par ailleurs, que d'une ancienneté de travail dans le domaine du bâtiment d'environ deux ans. Dans ces conditions, les décisions en litige n'ont pas porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Il suit de là que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas justifié de son entrée régulière sur le territoire français et n'établit pas de manière probante avoir sollicité, depuis lors, la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la situation de M. C entrait dans le champ des dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et était de nature à caractériser le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par conséquent, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, légalement et pour ce seul motif, refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En sixième lieu, aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le requérant n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français.

11. Enfin aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

13. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent pas un caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Hauts-de-Seine a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C d'une telle interdiction.

14. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne justifie que d'une ancienneté de séjour d'environ trois ans, est marié à une compatriote en situation irrégulière et est père d'un enfant en bas âge. Par ailleurs, M. C a été placé en garde à vue le 9 août 2022 pour des faits de violence et de menaces de mort à l'encontre de sa conjointe, dont il ne conteste pas sérieusement la matérialité. Par suite, bien que M. C ne se soit pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 9 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction, d'astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Lu en audience publique le 8 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

S. BLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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