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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206673

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206673

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, Mme C A D épouse E, représentée par Me Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Yvelines du 27 juillet 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Thomas, représentant Mme A D épouse E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse E, de nationalité algérienne, née le 2 octobre 1968, déclare être entrée en France en mai 2015. Le 12 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté du 27 juillet 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, vise les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, et mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement Mme A D en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ".

4. La requérante, qui a épousé le 30 mai 2013 en Algérie un compatriote, résidant en France sous couvert d'un certificat de résidence, entre dans la catégorie des ressortissants algériens relevant de la procédure du regroupement familial, et ne peut donc en conséquence prétendre au bénéfice des stipulations de l'article 6-5 précité. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit dès lors être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.

7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'indique le préfet, Mme A D épouse E réside en France, de façon habituelle, depuis l'année 2015. Toutefois, alors qu'elle était mariée lorsqu'elle est arrivée en France et alors qu'elle déclare elle- même s'y être maintenue depuis lors de façon continue, il est établi que la requérante est entrée sur le territoire national sans respecter la procédure de regroupement familial, en méconnaissance du rejet opposé à la demande présentée à ce titre par son époux en 2014. Au surplus, Mme A D épouse E n'a sollicité pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour qu'en 2022. Enfin, malgré la durée de sa présence sur le territoire, la requérante, qui se borne à se prévaloir d'une promesse d'embauche en tant qu'employée polyvalente en restauration établie le 2 mai 2022, ne justifie pas de son insertion professionnelle, ni d'une intégration particulière dans la société française. Au vu de l'ensemble de ces éléments, le refus opposé par le préfet des Yvelines à sa demande de régularisation ne peut être regardé, compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour en France, comme ayant porté au droit de Mme A D épouse E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard de l'objectif poursuivi par ce refus. Dans ces conditions, les décisions refusant à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ne peuvent, dans les circonstances de l'espèce, être regardées comme ayant été prises en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Yvelines n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A D épouse E doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D épouse E et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- M. Jauffret, premier conseiller

- Mme Lutz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

F. B Le président,

Signé

P. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2206673

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