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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206688

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206688

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHAYÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme A B, représentée par

Me Chayé, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'urgence tient à ce que son délai de transfert dans le cadre de la procédure Dublin prévu par l'article 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 est expiré, sans que le préfet de l'Essonne n'accepte d'enregistrer sa demande d'asile et sans pour autant l'avoir placée en fuite ce qui porte atteinte à son droit de voir sa demande d'asile examinée en France ; cette situation porte également atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au titre de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure est utile en ce qu'elle constitue le seul moyen de permettre l'examen de sa demande d'asile, tous ses courriers étant restés sans réponse ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative puisqu'elle ne s'est vue notifier aucune décision qui la placerait en fuite ; un constat de fuite n'est pas une décision administrative, et n'est donc pas contestable devant une juridiction ; aucune décision de la sorte n'a été édictée par l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malienne, née le 6 août 1989, à Bamako, a sollicité le 30 juillet 2021 son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2021, le préfet de l'Essonne a décidé du transfert de sa demande aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile. Ces autorités ont été informées du recours de Mme B contre cet arrêté et de la suspension du délai de transfert jusqu'au jour où le tribunal administratif de Versailles a statué. Par une ordonnance du 14 juin 2022, le président de la cour administrative d'appel de Versailles a prononcé un non-lieu à statuer admettant la caducité du délai de transfert à compter du 4 juin 2022. Estimant que son délai de transfert a expiré, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes, d'une part, de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1991 : " () Les personnes de nationalité étrangère résidant habituellement et régulièrement en France sont () admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle / Toutefois, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès. / l'aide juridictionnelle est accordée sans conditions de résidence aux étrangers lorsqu'ils sont mineurs, témoins assistés, mis en examen, prévenus, accusés, condamnés ou parties civiles, lorsqu'ils bénéficient d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil ou lorsqu'ils font l'objet de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, ainsi qu'aux personnes faisant l'objet d'une des procédures prévues aux articles L.222-1 à L.222-6, L.312-2, L.511-1, L.511-3-1, L.511-3-2, L.512-1 à L.512-4, L.522-1, L.522-2 à L.552-10 et L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou lorsqu'il est fait appel des décisions mentionnées aux articles L.512-1 à L.512-4 du même code ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, () d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'aide juridictionnelle provisoire ne peut être accordée à un étranger dans le cadre d'un référé mesures utiles qui ne relève des procédures listées par l'article 3 de la loi du 10 juillet 1991, que s'il réside habituellement et régulièrement en France ou s'il justifie d'une situation particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige ou des charges prévisibles du procès. Mme B satisfait ces deux conditions dès lors qu'elle bénéficie d'un hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil (CMA) et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une décision de placement en fuite. Ses conclusions à fin d'admission de l'aide juridictionnelle peuvent donc être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

6. Aux termes, d'autre part, de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

7. II résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment de l'ordonnance du 14 juin 2022 rendue par la cour administrative d'appel de Versailles que si le délai de six mois prévu par les dispositions précitées a été interrompu par l'introduction par la requérante d'un recours contre l'arrêté du 18 octobre 2021, un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification au préfet du jugement du tribunal administratif de Versailles du 29 novembre 2021, réalisée le 4 décembre 2021. Il résulte également de l'instruction que ce délai n'a pas été prolongé en raison de l'emprisonnement ou du placement en fuite de l'intéressée, en application de l'article 29 paragraphe 2 du règlement n° 604/2013. Par cette même ordonnance, la cour administrative d'appel de Versailles a reconnu que la décision portant transfert aux autorités espagnoles étant devenue caduque, la France est devenue l'Etat responsable du traitement de la demande d'asile de Mme B depuis le 4 juin 2022.

9. S'agissant de la condition d'urgence, par un courrier du 24 août 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), Mme B a été notifiée de l'intention de la cessation des conditions matérielles d'accueil (CMA) entraînant la perte à venir de son hébergement et de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) conduisant à ce que Mme B soit privée de toute condition de subsistance matérielle. Dès lors, la condition d'urgence est remplie.

10. S'agissant de l'utilité de la mesure sollicitée, malgré de multiples relances adressées au préfet de l'Essonne par le conseil de Mme B, le préfet de l'Essonne ne justifie pas le refus d'enregistrement de sa demande d'asile dès lors que par un courrier du 11 août 2022, il a informé sommairement l'intéressée que la procédure de transfert était maintenue alors même qu'il résulte de l'instruction que le délai de transfert a expiré le 4 juin 2022.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de la convoquer afin d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

12. Mme B a été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chayé, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chayé de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de convoquer Mme B afin de déposer sa demande d'asile et de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chayé, avocate de Mme B, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Chayé et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 septembre 2022,

Le juge des référés,

signé

P. Ouardes

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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