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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206693

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206693

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Genies, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-70 du 1er septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a mis en demeure les propriétaires et les occupants des véhicules et résidences mobiles stationnés sur l'aire de sports et de loisirs de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange de quitter les lieux dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de sa notification ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement adoptée, publiée, et suffisamment précise ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet des Yvelines ne pouvait prendre l'arrêté attaqué dès lors qu'antérieurement à son édiction, le maire de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange n'a pas repris un arrêté réglementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il ne contient aucune précision quant aux modalités d'accueil des aires d'accueils permanentes et des aires de grand passage dans le département des Yvelines ;

- il méconnaît les dispositions du I. de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, dès lors que le préfet n'établit pas que la commune de Saint-Germain-de-la-Grange, la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " et le département des Yvelines respectent leurs obligations en matière de réalisation des aires d'accueil permanentes et des aires de grand passage ; en contrariété avec la circulaire du 10 janvier 2022 du ministre de l'intérieur et de la ministre chargée du logement, le département des Yvelines ne dispose pas d'aires de grand passage et n'a réalisé que 62% des places prévues s'agissant des aires permanentes d'accueil ;

- il est entaché d'erreurs de fait, dès lors d'une part, qu'il n'est pas démontré que le terrain faisant l'objet de l'installation des véhicules et résidences mobiles constitue une propriété privée ou publique, et d'autres part, dès lors qu'il n'est pas établi que le maire de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange a repris un arrêté réglementant le stationnement des véhicules et résidences mobiles ;

- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que le préfet des Yvelines ne démontre pas une atteinte à l'ordre public ;

- il est entaché de multiples erreurs d'appréciations ; il n'est pas établi que le terrain faisant l'objet de l'installation des véhicules et résidences mobiles en litige ne dispose pas de points de branchements en électricité ou en eau potable, d'autant qu'il s'agit en l'espèce d'une aire de sports et de loisirs ; au surplus, les résidences mobiles sont pourvues de systèmes sanitaires autonomes ; les branchements en eau et en électricité, qui sont propres et sécurisés, ne présentent aucun danger ; en tout état de cause, les gens du voyage ne causent aucune atteinte à la tranquillité, la sécurité ou la salubrité publiques ; enfin, l'arrêté attaqué est également entaché d'une erreur d'appréciation quant au délai de mise en demeure de quitter les lieux qui a été laissé aux gens du voyage, lequel est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le signataire de l'arrêté attaqué a reçu une délégation de signature qui a été régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines ;

- le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dès lors que le maire de Saint-Germain-de-la-Grange avait pris en 2012 un arrêté d'interdiction de stationnement en dehors des aires d'accueil et qu'il n'y avait pas lieu de reprendre un nouvel arrêté ; le maire n'avait pas perdu sa compétence entre 2012 et 2014 ;

- l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait dès lors qu'il vise les arrêtés pris par le maire de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange et le président de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines ", ainsi que le rapport de la gendarmerie, la plainte du maire de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange ; il mentionne également l'existence d'une aire d'accueil sur la commune de Beynes ; par ailleurs, il n'avait pas à donner des précisions quant à la situation de saturation ou non des aires d'accueils permanentes et des aires de grand passage dans le département des Yvelines ;

- les dispositions de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage n'ont pas été méconnues ; la commune de Saint-Germain-de-la-Grange compte moins de 5 000 habitants et est membre de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " qui exerce les compétences en matière de gens du voyage et qui met à disposition une aire d'accueil sur la commune de Beynes ; le fait que le département des Yvelines n'aurait réalisé que 62% des places prévues en matière d'aires d'accueil permanentes est sans incidence sur l'arrêté attaqué ; aucune obligation ne pesant sur la commune de Saint-Germain-de-la-Grange, elle n'était pas tenue de mettre à disposition des gens du voyage une aire d'accueil ;

- l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur de fait dès lors que la parcelle 183 qui fait l'objet de l'installation des véhicules et résidences mobiles en litige appartient au domaine communal ;

- le moyen tiré de l'erreur dans la qualification juridique des faits doit être écarté ; l'installation des véhicules et résidences mobiles en litige porte atteinte à la salubrité publique dès lors qu'aucune benne à ordures n'est présente sur le terrain ; elle porte également atteinte à la sécurité publique dès lors que le rapport de la gendarmerie fait état de conditions rudimentaires des branchements électriques ; en outre, dans un contexte de sécheresse et alors qu'un arrêté préfectoral de limitation des usages de l'eau a été pris le 24 août 2022, il existe un risque d'incendie lié à des branchements non sécurisés et à la multiplication des câbles sur un terrain qui est particulièrement sec ; la circulation de véhicules terrestres à moteur sur ce même terrain contribue par ailleurs à ce risque d'incendie ; enfin, l'installation des véhicules et résidences mobiles en litige porte également atteinte à la tranquillité publique s'agissant des zones pavillonnaires jouxtant cette installation ;

- les gens du voyage ont eu un délai de quatre-vingt-seize heures pour quitter les lieux, alors que la loi impose un délai minimum de vingt-quatre heures.

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Germain-de-la-Grange, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 septembre 2022 à 10h, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Genies, pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, indique renoncer au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et soutient en outre que les gens du voyage n'ont pas vocation à s'installer sur cette aire de sports et de loisirs, qu'ils vont quitter dans quinze jours ; il n'est pas établi que le maire de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange ait repris un arrêté réglementant le stationnement des gens du voyage sur le territoire de cette commune postérieurement à l'arrêté du 15 décembre 2020 du président de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " portant renonciation au transfert des pouvoirs de police administrative des maires des communes de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " ;

- les observations de M. A pour le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête, rappelle que la commune de Saint-Germain-de-la-Grange compte moins de 5 000 habitants et fait valoir que, à ce jour, ce sont désormais vingt-six véhicules et résidences mobiles qui se trouvent sur l'aire de sports et de loisirs de la commune et que l'arrêté est fondé au regard de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 ;

- la commune de Saint-Germain-de-la-Grange n'étant ni présente ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10h31.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 août 2022, un groupe de huit familles de gens du voyage se sont installés avec une vingtaine de véhicules et résidences mobiles sur l'aire de sports et de loisirs de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange. Saisi par le maire de la commune, le préfet des Yvelines a, par un arrêté du 1er septembre 2022, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux avec leurs véhicules et résidences mobiles dans un délai de quatre-vingt-seize heures. M. D demande l'annulation de cet arrêté sur le fondement des dispositions de la loi du 5 juillet 2000.

2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Saint-Germain-de-la-Grange est membre de la communauté de communes " Cœur d'Yvelines " qui exerce les compétences en matière d'accueil des gens du voyage. Eu égard à son nombre d'habitants qui est inférieur à 5 000, elle n'est pas inscrite au schéma départemental en tant que telle mais seulement, en tant que membre de cet établissement public de coopération intercommunale et il est constant que " Cœur d'Yvelines " ne remplit pas ses obligations en matière d'aire de grand passage. Par ailleurs, si la commune de Beynes, membre de cet établissement public, dispose d'une aire d'accueil, il est également constant qu'il n'en va pas de même de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange qui, à ce titre, ne peut donc pas être regardée comme entrant dans le champ des dispositions de l'article 9 précitées de la loi du 5 juillet 2000 et en particulier du 6°) du I de cet article ainsi que le préfet des Yvelines entend le soutenir en défense. Il s'ensuit également que le préfet n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait légalement prendre, à la demande de la commune de Saint-Germain-de-la-Grange, l'arrêté de mise en demeure attaqué sur le fondement de l'article 9-1 de la même loi. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles 9 et 9-1 précités et que, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, il doit être annulé.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté n° 2022-70 du 1er septembre 2022 du préfet des Yvelines est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet des Yvelines et à la commune de Saint-Germain-de-la-Grange.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 202Le magistrat désigné,

signé

J. C La greffière,

signé

S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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