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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206718

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206718

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, M. C B, représenté par Me Lévy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne du 1er août 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée et a refusé de faire application de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 5221-2 du code du travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en application de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête et l'ensemble de la procédure ont été communiqués au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Lévy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de nationalité algérienne, né le 8 janvier 1987, est entré en France en août 2014. Par un arrêté du 20 septembre 2021, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n°2108631 du 4 janvier 2022, le tribunal administratif de Versailles a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de l'intéressé. Le 2 juin 2022, M. B a, de nouveau, sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 1er août 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B en tant que salarié, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les circonstances que M. B n'établissait pas sa présence ininterrompue en France entre 2016 et 2020, qu'il ne justifiait pas qu'une demande d'autorisation de travail avait été souscrite par son employeur ni qu'une promesse d'embauche lui aurait été faite, et que la seule production de bulletins de salaire ne saurait constituer, à elle seule, la preuve d'un motif exceptionnel d'admission au séjour. M. B justifie toutefois avoir fourni aux services de la préfecture toutes les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour, notamment le formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail établi le 17 juin 2022 par son employeur ainsi que la fiche du poste qui lui a été proposé. Contrairement par ailleurs à ce qu'a estimé le préfet de l'Essonne, M. B a établi, par les pièces qu'il produit, sa résidence habituelle sur le territoire français entre les années 2016 à 2020. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a commis des erreurs de fait ayant exercé une incidence sur le sens de sa décision. En l'absence d'autres motifs opposés par l'autorité administrative à sa demande, M. B est en conséquence fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête.

3. L'annulation prononcée par le présent jugement, eu égard au motif qui est retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de trois mois à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 1er août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus. Le préfet de l'Essonne communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- M. Jauffret, premier conseiller,

- Mme Lutz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

F. A Le président,

Signé

P. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2206718

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