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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206787

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206787

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP LACOURTE RAQUIN TATAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 septembre 2022, 16 décembre 2022 et 13 janvier 2023, M. F A E et Mme C E, représentés par Me Nalet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le maire de Sartrouville a délivré un permis de construire portant sur la construction d'un ensemble immobilier de 212 logements et la démolition de constructions existantes ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sartrouville une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué dès lors qu'ils sont voisins directs du terrain d'assiette du projet, lequel emportera des conséquences défavorables sur les conditions de jouissance de leur bien et une dévalorisation de ce dernier ;

- l'arrêté émane d'une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- il méconnaît l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, constitutif d'un lotissement déguisé, n'a pas été précédé de la délivrance d'un permis d'aménager ; le permis de construire, dans ces conditions, a été obtenu par fraude ;

- le dossier ne comporte pas la pièce dite PC33 correspondant au projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs exigée par l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme ;

- il n'est pas justifié d'un titre habilitant le pétitionnaire à déposer le permis de construire, en méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- le gestionnaire de la voirie n'a pas été consulté, en méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme ;

- les avis émis par les gestionnaires des réseaux Véolia et Enedis l'ont été sur la base d'un dossier incomplet ;

- le dossier est incomplet faute de comporter une étude des sols et l'arrêté ne comporte pas de prescriptions à cet égard ;

- l'arrêté méconnaît l'article UCpm 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Sartrouville eu égard à l'accroissement de la circulation qu'il engendre, sur une voie déjà fréquentée ;

- il méconnaît pour les mêmes raisons l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; en outre, l'enjeu de stabilité des propriétés voisines n'a pas été suffisamment pris en compte et l'état du sol et du sous-sol n'a pas été expertisé ; de même, aucune mesure n'a été prise pour limiter les nuisances sonores engendrées par le projet dans la zone concernée, de type pavillonnaire ; les reports de stationnement et de circulation n'ont pas davantage été analysés ;

- il n'est pas établi que les dispositions de l'article UCpm 16 du règlement du PLU sont respectées ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UCpm 11 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 27 janvier 2023, non communiqué, la société Bouygues Immobilier, représentée par Me Guinot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que l'intérêt à agir des requérants n'est pas démontré ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 décembre 2022 et 13 janvier 2023, la commune de Sartrouville, représentée par Me Carton de Grammont, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que l'intérêt à agir des requérants n'est pas établi ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 2 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Marcelin, représentant la commune de Sartrouville, en présence de Mme D, et celles de Me De Champeaux, représentant la société Bouygues Immobilier.

Considérant ce qui suit :

1. La société Bouygues Immobilier a déposé, le 30 décembre 2021, un dossier de demande de permis de construire pour la construction d'un ensemble immobilier de 212 logements, dans le secteur appelé l'îlot " Thann ", sur plusieurs parcelles situées avenue Georges Clémenceau, rue Jean Anouilh et rue de Thann. Le projet prévoit la démolition de cinq bâtiments situés sur le terrain d'assiette. Par un arrêté du 21 mars 2022, valant également permis de démolir et de division, le maire de Sartrouville a délivré à la société Bouygues Immobilier le permis de construire sollicité, autorisant une surface de plancher maximale de 13 661 mètres carrés. M. et Mme E ont présenté, le 16 mai 2022, un recours gracieux contre cet arrêté. Celui-ci a été rejeté par une décision expresse du 9 juillet 2022. Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, M. et Mme E demandent au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2022, ainsi que de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient, dans tous les cas, au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme E sont propriétaires d'un appartement situé au 2ème étage d'un immeuble implanté à plus de 60 mètres du terrain d'assiette du projet et séparé de celui-ci par un immeuble collectif, composé de plusieurs bâtiments accolés, comptant plusieurs étages. Pour justifier leur intérêt à agir contre le permis de construire délivré à la société Bouygues Immobilier, M. et Mme E, qui, eu égard à ce qui vient d'être dit, ne peuvent se prévaloir de la qualité de voisins immédiats du projet, font état de diverses atteintes portées par ce projet aux conditions de jouissance de leur bien. Toutefois, d'une part, eu égard à la configuration des lieux qui vient d'être décrite et alors qu'ils ne donnent aucune indication quant aux conditions d'exposition de leur appartement, les requérants ne démontrent pas que le projet serait susceptible de provoquer une perte d'ensoleillement. Par ailleurs, ni une simple vue sur une construction en secteur urbanisé, ni un accroissement, dans un tel secteur, de la densification urbaine ne suffisent à caractériser une atteinte directe aux conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance d'un bien. S'ils évoquent, d'autre part, des nuisances sonores et un trafic routier exponentiel, les requérants ne donnent aucune précision permettant d'établir qu'ils seraient, à titre personnel, susceptibles d'en subir les conséquences dès lors que la rue dans laquelle ils résident ne dessert aucun des futurs bâtiments du projet, dont les accès piétons se feront par l'avenue Georges Clémenceau et la rue Jean Anouilh, tandis que les accès aux parkings, situés en sous-sol, se feront par la rue Jean Anouilh. Les requérants n'établissent pas davantage que le projet serait susceptible d'engendrer une perte de valeur de leur bien. Enfin, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, telles que modifiées par la loi du 23 novembre 2018, que les nuisances liées au chantier de construction ne peuvent être prises en compte pour apprécier l'intérêt à agir contre une autorisation d'urbanisme. Au vu de ces éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux est susceptible d'impacter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien immobilier de M. et Mme E. Par suite, ces derniers ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire délivré le 21 mars 2022 par le maire de Sartrouville à la société Bouygues Immobilier. Il y a, lieu, dès lors, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense et, par voie de conséquence, de rejeter la requête comme irrecevable.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme E une somme de 1 000 euros à répartir, à parts égales, entre la commune de Sartrouville et la société Bouygues Immobilier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que l'une et l'autre de ces parties, non perdantes, soient condamnées à verser à M. et Mme E la somme que ces derniers demandent à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E verseront, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros à répartir, à parts égales, entre la commune de Sartrouville et la société Bouygues Immobilier.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et Mme C E, à la commune de Sartrouville et à la société Bouygues Immobilier.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Amar-Cid, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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