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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206822

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206822

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2022 au tribunal administratif de Paris puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 7 septembre 2022, M. B C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler.

Il soutient que :

- il est le père d'une fille née en France le 5 février 2022 ;

- il est livreur en France ;

- sa vie serait mise en danger en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Collet, avocat désigné d'office, représentant M. C, assisté par M. E, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il réside avec sa femme et sa fille dans un établissement d'hébergement d'urgence, et qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de celle-ci ; il travaille depuis le 1er juin 2022 à son compte en qualité de livreur ;

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 19 juin 1981 à Daloa, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 2 décembre 2021, selon ses déclarations. M. C a été interpellé le 21 mai 2022, pour recel de bien provenant d'un vol. Par un arrêté du 22 août 2022, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

3. M. C se prévaut de sa vie commune avec Mme A et soutient être le père d'une fille née en France le 5 février 2022 de cette relation et produit à cet effet un acte de naissance au nom de sa fille. Toutefois, il n'établit pas, au moyen de ce seul document produit, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il exerce une activité professionnelle de livreur en France, il n'apporte aucun élément pour étayer cette allégation. Dès lors, le préfet de police n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a pas ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. Si M. C doit être regardé comme soutenant que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il se borne à alléguer qu'il serait en danger en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la religion animiste de sa famille. Dans ces conditions, il n'établit pas qu'il serait exposé, en cas de retour en Côte d'Ivoire, à un risque personnel et avéré de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C et tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 22 août 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

M. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2206822/11

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