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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206849

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206849

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFELLOUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 8 et le 14 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Fellous, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque son enfant nécessite une prise en charge médicale qui ne peut être effectuée à Madagascar ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où, parlant couramment le français, elle est intégrée et bénéficie d'une formation universitaire lui permettant de travailler pour subvenir à ses besoins.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit d'observation.

Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante malgache née le 18 mars 1990, est entrée en France le 2 décembre 2019, munie d'un visa. Elle a bénéficié d'autorisations provisoires de séjour. Puis, par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Le recours qu'elle avait alors effectué contre cet arrêté a été rejeté par un jugement N° 2108968 du tribunal administratif de Versailles du 24 janvier 2022. En parallèle, la requérante a sollicité un titre de séjour en tant que parent accompagnant un enfant mineur sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 août 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de le lui délivrer et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté critiqué vise les dispositions applicables et résume le parcours et la situation administrative et familiale de la requérante. Il est suffisamment motivé. En outre, il ressort de ses termes que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen approfondi de sa situation.

3. En deuxième lieu, l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de l'Essonne s'est fondé, notamment, sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 février 2022 qui a indiqué que l'état de santé du fils de la requérante, A Evan, nécessite une prise en charge médicale, mais dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante fait valoir, au contraire, que la maladie de A est dégénérative et qu'il ne peut être soigné à Madagascar. Elle transmet plusieurs attestations médicales et paramédicales établissant ses pathologies, consistant en une malformation de chiari de type I et des troubles du spectre autistique avec obésité. Elle justifie également qu'un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80% a été reconnu à son enfant par la commission des droits et de l'autonomie le 31 août 2020. Toutefois, et sans remettre en cause les difficultés auxquelles le jeune A fait face, ces documents ne démontrent pas qu'un défaut de traitement engendrerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante soutient parler couramment français et se prévaut de sa formation universitaire, précisant être entrée en France en 2019. Toutefois, elle ne justifie pas d'une insertion d'une particulière intensité sur le territoire alors qu'elle a vécu à Madagascar jusqu'en 2019 et qu'elle ne parait pas y être dépourvue d'attaches. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 doit donc être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par conséquent, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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