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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206956

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206956

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDOULSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. A C B, représenté par Me Landoulsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de l'Essonne du 12 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français et signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; sa durée est disproportionnée.

Par ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 novembre 2022.

Un mémoire présenté par le préfet de l'Essonne, non communiqué, a été enregistré le 24 novembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- et les observations de Me Landoulsi.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant malgache né le 17 mai 1981, est entré sur le territoire français en octobre 2017, selon ses déclarations. Le 5 février 2021, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du préfet de Seine-et-Marne auquel il n'a pas déféré. Le 12 septembre 2022, il a été interpellé par les services de gendarmerie pour vérification de son droit au séjour sur le territoire français et placé en rétention administrative le même jour. Par arrêté du même jour dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet aurait méconnu son droit à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il fait tout d'abord valoir qu'il ne peut lui être reproché de s'être maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour alors qu'il a tenté d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture de l'Essonne pour déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour, en particulier le 11 janvier 2021, date d'un rendez-vous ayant fait l'objet d'une convocation annulé par la préfecture, sans qu'il ne réussisse par la suite à reprendre un rendez-vous par internet. Toutefois, s'il a déclaré lors de son audition par la gendarmerie le 12 septembre 2022 qu'il a bien effectué des démarches en vue de régulariser sa situation administrative, il n'a pour autant pas mentionné de quelconques difficultés à obtenir un rendez-vous, tentatives qui se limitent au demeurant à quatre, sans précision aucune sur la période à laquelle elles ont été effectuées.

4. M. B soutient par ailleurs que, présent sur le territoire français depuis cinq ans, il est employé comme chauffeur-livreur depuis janvier 2018, emploi qui l'a conduit à livrer des produits pharmaceutiques et des vaccins aux hôpitaux de Paris, à des laboratoires d'analyse biologique et à des pharmacies pendant la crise sanitaire. Il justifie en outre d'un contrat à durée indéterminée et d'une déclaration préalable à l'embauche auprès de l'URSSAF et fait valoir que des cotisations vieillesse et maladie ont été perçues sur ses revenus, qu'il a par ailleurs déclarés en 2019 et en 2021. Toutefois, s'il produit des bulletins de salaire de janvier 2018 à décembre 2019 pour le compte de la société Grace Group avec laquelle il a conclu un contrat à durée indéterminée le 2 janvier 2018, il ressort des pièces du dossier qu'il ne travaille plus pour cette société depuis janvier 2020, les bulletins de salaire versés au dossier pour l'année 2020 ayant été émis par deux autres employeurs, ceux de octobre 2021 à juillet 2022 par un troisième employeur tandis que la dernière déclaration préalable à l'embauche auprès de l'URSSAF, postérieure d'une journée à la date de la décision attaquée, a été effectuée par un quatrième employeur, la SARL TRANS SOA.

5. Dès lors, à supposer même que les signalements dont il a fait l'objet, en janvier 2020, pour conduite d'un véhicule sans permis et en décembre 2020, pour détention et usage de faux documents administratifs, documents qui, selon lui, lui ont uniquement servi à exercer une activité salariée déclarée, aient fait l'objet d'un classement sans suite, ce dont il ne justifie pas et qu'il n'a jamais utilisé d'alias, la retranscription de son nom de famille se prêtant à des erreurs matérielles, il n'en demeure pas moins que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L.612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

8. Le requérant soutient que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.612-2 du code précité au motif que les troubles à l'ordre public reprochés en 2020 ont été classés sans suite, qu'il n'a jamais dissimulé son identité et qu'il dispose bien d'un passeport en cours de validité. Toutefois, si les documents versés au dossier mentionnent tous l'identité dont il se prévaut, il est constant qu'il s'est préalablement soustrait à une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Au cas d'espèce, si le requérant justifie de sa présence en France depuis 2017 et exercer une activité salariée, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a noué que des liens amicaux en France alors que sa famille et en particulier sa compagne et sa fille résident à Madagascar. De plus, il est constant qu'il n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que de ses conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, de ses conclusions sur le fondement de l'article R.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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