vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2206988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BENANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 septembre et le 5 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Benane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022, notifié le 16 août 2022, par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retour pour une durée de deux ans, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " salarié " dans le délai de trente jours à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours et de lui délivrer dans l'attente de l'instruction de son dossier, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est signé d'une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit s'agissant de l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour :
- elle est entachée d'une erreur de fait puisqu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit d'observation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022 par une ordonnance du 16 septembre 2022.
Des pièces complémentaires, présentées pour M. D ont été enregistrées le 5 décembre 2022 et ont été communiquées.
Des pièces complémentaires, présentées par le préfet de l'Essonne ont été enregistrées le 14 décembre 2022 et ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,
- et les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant tunisien né le 6 avril 1989, a déclaré être entré en France en 2013. Il a sollicité, le 30 janvier 2020, la délivrance d'un titre de séjour " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire sans délai. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le refus de titre de séjour :
2. Par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, visé par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. C A, en sa qualité de directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés, actes, décisions, mémoires, pièces, documents et correspondances relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. La décision litigieuse vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle résume la situation administrative et familiale du requérant, et comporte les éléments utiles à sa compréhension. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit donc être écarté.
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. En l'espèce, le requérant, qui a déclaré être entré en France en 2013, soutient exercer une activité professionnelle et se prévaut d'un avis favorable de la direction régionale des Entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du 18 novembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a occupé plusieurs emplois depuis 2015, et produit un grand nombre de bulletins de salaire pour les années 2018, 2019 et 2020. En outre, il transmet une lettre d'un employeur affirmant vouloir le recruter et montre qu'il a déjà sollicité, à deux reprises, la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, le préfet de l'Essonne a relevé que le requérant a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, de faux documents notamment le " pack employeur " de la société France Acheminement. A cet égard, le préfet transmet un courriel émanant de la direction départementale de la police aux frontières de l'Essonne précisant que ce pack est " un faux utilisé de manière récurrente par un réseau " dont la " vendeuse a reconnu les faits " alors que le requérant n'apporte aucun élément étayé contredisant ses affirmations circonstanciées. Dès lors, et sans remettre en cause la volonté du requérant de s'insérer professionnellement, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. ().
8. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le requérant a sollicité un titre de séjour dans le cadre du pouvoir de régularisation du préfet et non sur le fondement des stipulations reproduites ci-dessus. Par suite, celles-ci ne peuvent être utilement invoquées. Au demeurant, il n'était pas en situation de séjour régulier sur le territoire français.
9. Par ailleurs, sa demande de titre étant fondée sur le pouvoir de régularisation du préfet, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour est également inopérant.
10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que si le père du requérant séjourne régulièrement en France, M. D n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie où vivent sa mère et trois de ses sœurs. En outre, il n'établit pas l'existence d'une insertion intense et stable sur le territoire. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 doit donc être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, du refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
13. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 11, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour :
14. Selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
15. En l'espèce, M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. En outre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le préfet de l'Essonne a retenu qu'il avait présenté des documents frauduleux à l'appui de sa demande de titre de séjour. Ainsi, et alors qu'il n'allègue pas l'existence de circonstances humanitaires, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pendant deux ans serait entachée d'une erreur de droit.
16. Ainsi qu'il a été dit au point 11, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les autres conclusions :
17. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être écartées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président,
- Mme Vincent, première conseillère,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
M. Geismar
Le président,
Signé
C. GosselinLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026