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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207122

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207122

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, la commune d'Aulnay-sur-Mauldre, représentée par Me Lalanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental des Yvelines refusant d'exécuter la délibération du conseil départemental n°2020-CD-6090.1 du 26 juin 2020 et de lui verser une subvention de 76 806,56 euros ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Yvelines d'exécuter la délibération du 26 juin 2020 en lui notifiant un arrêté attributif et en versant la subvention sollicitée d'un montant de 76 806,56 euros, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département des Yvelines une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 3221-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle constitue une rupture d'égalité avec les autres communes du département qui ont bénéficié de la subvention ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2024, le département des Yvelines, représenté par Me de Bailliencourt, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Aulnay-sur-Mauldre une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens invoqués par la commune requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juillet 2024.

Un mémoire en réplique, présenté pour la commune d'Aulnay-sur-Mauldre, par Me Lalanne, a été présenté le 23 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par courrier du 4 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle le département des Yvelines a rejeté la demande de la commune d'Aulnay-sur-Mauldre tendant au retrait de sa décision portant refus de lui octroyer la subvention qu'elle a sollicitée sont irrecevables dès lors que la décision par laquelle l'administration a rejeté un recours gracieux exercé au-delà du délai de recours contentieux contre un acte administratif et tendant au retrait de cet acte n'est en principe, hors le cas où l'administration a refusé de faire usage de son pouvoir de retirer un acte administratif obtenu par fraude, pas susceptible de recours en excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lalanne pour la commune d'Aulnay-sur-Mauldre et de Me de Bailliencourt pour le département des Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n°2020-CD-6090.1 du 26 juin 2020, le conseil départemental des Yvelines a approuvé la création d'un programme dit " voiries et réseaux divers 2020-2022 " destiné à apporter une aide financière aux communes et aux structures intercommunales désireuses d'entreprendre des travaux sur leurs voierie et réseaux. Dans ce cadre a été approuvé notamment un tableau fixant le montant maximum des subventions pouvant être attribuées à chaque commune. Souhaitant procéder à la réfection de deux de ses chemins communaux, le chemin de Rambourg et la rue de la Chaussée, la commune d'Aulnay-sur-Mauldre, par délibération n°2020-46 du 30 décembre 2020, a décidé de solliciter le bénéfice d'une subvention de 76 806,56 euros au titre de ce programme. Elle a ainsi transmis une demande de subvention le 22 février 2021 dont les services départementaux ont accusé réception le 28 décembre 2021.

2. Prenant acte de ce que le silence gardé par le département valait décision implicite de rejet de sa demande de subvention, la commune d'Aulnay-sur-Mauldre, par courrier du 2 juin 2022, réceptionné le 7 juin suivant, a demandé au président du conseil départemental de retirer ce refus et de procéder sans délai à l'attribution de la subvention sollicitée. Du silence gardé par le département est née une nouvelle décision implicite de rejet.

3. Par la présente requête, la commune d'Aulnay-sur-Mauldre doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision par laquelle le département des Yvelines a rejeté sa demande de subvention ainsi que la décision par laquelle il a refusé de procéder au retrait de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite refusant à la commune d'Aulnay-sur-Mauldre le bénéfice de la subvention demandée :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 3° Si la demande présente un caractère financier sauf, en matière de sécurité sociale, dans les cas prévus par décret ; () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " () dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande présentant un caractère financier fait naître une décision implicite de rejet qui peut être contesté dans le délai de deux mois suivant sa naissance. Une décision, comme en l'espèce, portant refus d'octroyer une subvention constitue une décision rejetant une demande présentant un caractère financier.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. ". Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. ".

7. En prescrivant aux autorités administratives d'accuser réception de toute demande dans des conditions dont le non-respect entraîner l'inopposabilité des délais de recours, le législateur, qui avait pour volonté de protéger les droits des citoyens dans leurs relations avec les autorités administratives et pour objectif d'améliorer et d'accélérer le traitement des demandes adressées par les usagers des administrations, n'a pas entendu régir, par ces dispositions, les relations contentieuses entre collectivités territoriales. Cette obligation n'est donc pas applicable aux demandes adressées par une collectivité territoriale à une autre et le département des Yvelines est fondé à soutenir qu'il n'était pas tenu d'accuser réception de la demande de subvention présentée par la commune d'Aulnay-sur-Mauldre.

8. En l'espèce, il est constant que la commune d'Aulnay-sur-Mauldre a introduit sa demande de subvention le 22 février 2021. Du silence gardé par le département des Yvelines est née le 22 avril 2021 une décision implicite de rejet qu'elle pouvait contester, par le biais d'un recours gracieux ou contentieux, jusqu'au 22 juin 2021. Par suite, ni le courrier du maire du 27 décembre 2021, à supposer même qu'il puisse être regardé comme un recours préalable, ni le recours gracieux notifié au département des Yvelines le 7 juin 2022, introduits au-delà du délai de deux mois dont disposait la commune, n'ont pu proroger ce dernier. Par suite, le département des Yvelines est fondé à soutenir que la requête de la commune d'Aulnay-sur-Mauldre est tardive et, par suite, irrecevable.

En ce qui concerne la décision implicite refusant de procéder au retrait de la décision implicite portant refus d'octroyer une subvention :

9. L'exercice, au-delà du délai de recours contentieux contre un acte administratif, d'un recours gracieux tendant au retrait de cet acte ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours. Par suite, le rejet d'une telle demande n'est, en principe, et hors le cas où l'administration a refusé de faire usage de son pouvoir de retirer un acte administratif obtenu par fraude, pas susceptible de recours.

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande de subvention présentée par la commune d'Aulnay-sur-Mauldre sont tardives. Par suite, le rejet du recours gracieux tendant au retrait de cette décision, notifié au département des Yvelines le 7 juin 2022, est ainsi insusceptible de recours. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre la décision implicite rejetant la demande de retrait de la décision implicite de rejet initiale de la demande de subvention sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune d'Aulnay-sur-Mauldre n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la commune requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Yvelines, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aulnay-sur-Mauldre réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Aulnay-sur-Mauldre la somme demandée par le département des Yvelines à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune d'Aulnay-sur-Mauldre est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Yvelines au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Aulnay-sur-Mauldre et au département des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

Ch. DegorceLa présidente,

Signé

J. Sauvageot

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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