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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207145

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207145

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 septembre et 3 novembre 2022, M. E B, représenté D Me Anne-Virginie Chauvin-Hameau-Madeira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 D lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros D jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Chauvin-Hameau-Madeira, à la condition qu'elle renonce à toucher les sommes allouées au titre de l'aide juridictionnelle, ou, dans le cas où le requérant ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. B.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation D le préfet ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- aurait des conséquences d'une extrême gravité pour le requérant.

D une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.

Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, après clôture d'instruction, et qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- et les observations de Me Chauvin-Hameau-Madeira, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 13 mars 1998, soutient être entré en France en 2014. Il a bénéficié d'un titre de séjour temporaire en qualité d'étudiant à compter du 13 novembre 2018, dont il a demandé le renouvellement avec un changement de statut en qualité de " salarié ". D une décision du 8 août 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de M. B, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () D la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue D la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2014, alors qu'il était âgé de 16 ans. Hébergé D l'une de ses soeurs titulaire d'un titre de résident, il a été scolarisé en classe de première dès son arrivée en France. Il a poursuivi sa scolarité, et obtenu successivement un certificat d'aptitude professionnelle mention " maçon " en juillet 2016, un brevet d'études professionnelles en juillet 2017, et enfin un baccalauréat professionnel en juillet 2018. Il a l'année suivante bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, pour préparer un brevet de technicien supérieur, tout en travaillant parallèlement à titre accessoire. Il a sollicité en juillet 2019 le renouvellement de son titre de séjour, en demandant un changement de statut en qualité de salarié, dès lors qu'il bénéficiait d'une promesse d'embauche en qualité d'aide coffreur. En l'absence d'aboutissement de cette démarche, le requérant est titulaire d'un " contrat garantie jeunes " depuis le 13 décembre 2021.

6. D ailleurs, M. B est père de deux filles, nées respectivement les 7 mars 2020 et 6 mai 2021, qui vivent à Roubaix avec leur mère, compatriote du requérant et titulaire d'un titre de séjour pluriannuel. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui prend régulièrement en charge ses filles, et qui a signé avec leur mère le 14 janvier 2022 une convention parentale prévoyant leur résidence alternée les week-ends et vacances scolaires, participe à leur entretien et leur éducation. Dans ces circonstances, et alors qu'il est constant que le requérant, dont le père est décédé, et dont la mère, qui a demandé son admission au titre de l'asile, et les deux sœurs, dont l'une est de nationalité française, résident en France, n'a plus aucune attache familiale dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 16 ans, la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et méconnaît, dès lors, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, compte tenu de l'intégration sociale du requérant, la décision est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 août 2022 D laquelle le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision du 8 août 2022 refusant à M. B le renouvellement de son titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement que soit délivré au requérant un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à cette délivrance, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chauvin-Hameau-Madeira, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à celle-ci de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à ce dernier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 8 août 2022 D lequel le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de titre de séjour de M. B et l'a obligé à quitter le territoire français est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Chauvin-Hameau-Madeira, avocate de M. B, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Chauvin-Hameau-Madeira renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant, cette somme de 800 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Chauvin-Hameau-Madeira et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

B. Fejérdy

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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