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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207221

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207221

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Fauveau-Ivanovic, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et a prolongé son délai de transfert vers l'Autriche de six à dix-huit mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou à tout autre préfet territorialement compétent de lui renouveler son attestation de demandeur d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il n'est plus en possession d'une attestation de demandeur d'asile valable et qu'il peut être transféré aux autorités autrichiennes à tout moment ; en outre, s'étant vu notifier la cessation de ses conditions matérielles d'accueil, il ne dispose d'aucune ressource et risque à tout moment de se retrouver sans hébergement, ce qui le placera dans une situation de vulnérabilité et de précarité extrêmes ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées qui sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ; elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ; elles méconnaissent les dispositions du 2° de l'article 9 du règlement UE

n° 1560/2003 dès lors que le préfet ne justifie pas avoir informé les autorités autrichiennes de la prolongation du délai de transfert dans le délai de six mois prévu les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 ; elles méconnaissent les dispositions du 2° de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut être considéré comme ayant pris la fuite ; il s'est rendu à toutes ses convocations ; le 24 juin 2022, après s'être rendu à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle et s'être présenté à la police aux frontières en vue de son embarquement pour un vol à destination de Vienne, avec tous ses documents, dont notamment deux documents indiquant qu'il avait deux rendez-vous médicaux les 28 juin et 4 juillet 2022, un agent de la police aux frontières lui a explicitement indiqué qu'il pouvait repartir et réintégrer son centre d'hébergement.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés, le risque de fuite est établi.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2207121, par laquelle M. B demande l'annulation des décisions en litige.

Vu :

- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code des relations ente le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu cours de l'audience publique du 10 octobre 2022 à 11h05, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :

- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible se soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions relatives à la suspension de la décision de prolongation du transfert vers l'Autriche de six à dix-huit mois dès lors qu'il s'agit d'une décision insusceptible de recours ;

- les observations de Me Singh, substituant Me Fauveau-Ivanovic, représentant

M. B (non-présent), qui a repris ses écritures en les développant ; elle a fait valoir que

M. B est de bonne foi, qu'on ne sait si les douanes lui ont dit de ne pas embarquer parce qu'il n'y avait pas de place ou pour un autre motif et il incombait à la préfecture de se renseigner ; il s'est présenté au moins une fois par mois à la préfecture et les 21 juillet et

19 septembre 2022

- et celles de Me Briolin, pour le préfet de l'Essonne, qui a repris ses écritures en les développant, faisant valoir que l'intéressé a refusé d'embarquer, qu'il n'apporte aucun élément médical et que le délai de transfert expirait le 10 juillet 2022, soit avant qu'il ne se manifeste à nouveau le 21 juillet auprès de la préfecture.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11h18.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 4 juillet 1987, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 9 décembre 2021, auprès des services du préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. B avaient été relevées le 22 novembre 2021 par les autorités de contrôle compétentes en Autriche à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Les autorités autrichiennes, saisies le 28 décembre 2021 par le préfet de l'Essonne d'une demande de reprise en charge de M. B, ont accepté la requête du préfet, le 10 janvier 2022. Par un arrêté du 1er mars 2022, le préfet de l'Essonne a décidé de transférer M. B aux autorités autrichiennes. Par un courrier électronique du

15 juillet 2022, M. B a demandé au préfet d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par deux courriers électroniques des 18 juillet et 25 juillet 2022, le préfet de l'Essonne lui a indiqué qu'il a été placé en fuite. M. B demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile et a prolongé son délai de transfert vers l'Autriche de six à dix-huit mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la prolongation du délai de transfert vers l'Autriche de six à dix-huit mois :

4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions dirigées à l'encontre de la prolongation du délai du transfert de M. B sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne le refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale et le refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile :

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige. Par suite, les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension, d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 10 octobre 2022.

Le juge des référés,

signé

J. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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