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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207347

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207347

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Gibelin
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions ministérielles de retrait de points consécutives aux infractions des 10 novembre 2018, 29 novembre 2018 et 4 juillet 2019, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 20 juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au ministre de restituer les points retirés dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points sont irrégulières, dès lors que l'obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 15 avril 2020 modifiant l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gibelin pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 16 janvier 1979, a commis une série d'infractions au code de la route, qui ont donné lieu au retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Il a présenté le 24 juin 2022 un recours gracieux à l'encontre des décisions de retrait de points et d'invalidation de son permis de conduire, implicitement rejeté. Par sa requête, il demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. En outre, il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative que le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de sa notification qui n'est opposable qu'à la condition que les délais et les voies de recours aient été indiqués dans cette notification. Pour l'application de ces dispositions, les décisions référencées 48 SI constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'administration n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire apportée par leur destinataire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des voies et délais de recours.

5. Enfin, des conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a constaté la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un pli recommandé avec accusé de réception numéro 2C 155 287 5797 8 a été envoyé par le B.N.D.C. à M. B A. La mention figurant sur l'avis de réception du numéro de permis de conduire de l'intéressé précédé de la lettre S indique, comme il est d'usage, que le pli contenait une décision référencée " 48 SI " d'invalidation du permis, établie selon un modèle-type comportant les voies et délais de recours, et est confirmée par les mentions du relevé d'information intégral édité le 9 novembre 2022, qui mentionne un numéro d'avis de réception de la décision " 48 SI " identique à celui qui figure sur l'avis de réception. L'avis de réception produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer précise que ce pli a été distribué le 24 août 2020 et comporte la mention " C 19 ", faisant référence, comme le soutien le ministre, à la procédure spéciale prévue par l'arrêté du 15 avril 2020 susvisé pendant la période d'état d'urgence sanitaire, et prévoyant qu'un pli envoyé en recommandé puisse être déposé par l'employé chargé de la distribution après qu'il s'est assuré de la présence du destinataire. Le requérant ne soutient ni n'allègue que l'adresse, qui est identique à celle mentionnée sur sa requête, serait erronée. Dans ces conditions, la décision " 48 SI " portant invalidation du permis de conduire de M. A doit être regardée comme lui ayant été régulièrement notifiée le 24 août 2020, ce qui a fait naitre un délai de recours contentieux de deux mois contre cette décision. Dès lors, la décision " 48 SI " est devenue définitive le 26 octobre 2020. Par suite, et comme le soutient le ministre de l'intérieur et des outre-mer, le délai de recours contentieux était expiré tant le 24 juin 2022, date à laquelle l'intéressé a formé un " recours gracieux ", que le 28 septembre 2022, date à laquelle l'intéressé a introduit son recours. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A sont tardives et, par suite irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. GibelinLa greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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