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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207363

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207363

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, faute pour le préfet d'avoir donné suite à la demande de communication des motifs qui lui a été adressée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus d'enregistrer sa demande au guichet est entachée d'incompétence.

Par une lettre du 3 octobre 2024, le tribunal a invité M. B à régulariser sa requête en produisant, dans le délai de huit jours, les pièces justifiant du dépôt d'une demande de titre de séjour.

Par un mémoire de production enregistré le 3 octobre 2024, M. B a produit un récépissé de sa demande de carte de séjour valable du 11 janvier 2021 au 10 mai 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, la préfète de l'Essonne doit être regardée comme concluant à l'irrecevabilité de la requête. Elle fait valoir que la demande de titre de séjour présentée par M. B est toujours en cours d'instruction et qu'il bénéficie de récépissés de ses demandes de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, entré selon ses déclarations sur le territoire français le 30 novembre 2009, a sollicité auprès du préfet de l'Essonne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Un rendez-vous lui a été fixé en vue de déposer son dossier le 11 janvier 2021 et un récépissé, valable jusqu'au 10 mai 2021, lui a été délivré le jour même. M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la recevabilité de la requête :

2. La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour pour une durée supérieure à quatre mois ne fait pas obstacle à ce qu'une décision implicite de refus naisse du silence gardé par l'administration pendant quatre mois à compter de la demande de titre de séjour de l'intéressé.

3. En l'espèce, comme indiqué au point 1, M. B a déposé une demande de titre de séjour le 11 janvier 2021 et un récépissé, valable jusqu'au 10 mai 2021, lui a été délivré le jour même. Si la préfète de l'Essonne fait valoir que la demande présentée par M. B est toujours en cours d'instruction et que celui-ci bénéficie de récépissés de titres de séjour, il résulte des principes énoncés au point 2 qu'une telle circonstance est sans incidence sur la naissance d'une décision implicite de rejet, laquelle est née en l'espèce le 11 mai 2021 du silence gardé par le préfet de l'Essonne pendant quatre mois sur la demande présentée par M. B. La fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Essonne ne peut, par suite, être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour, peut demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. Les règles énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu un rendez-vous à la préfecture de l'Essonne le 11 janvier 2021, en vue de déposer son dossier de demande de titre de séjour, à l'issue duquel lui a été remis un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 10 mai 2021. Le silence gardé par le préfet de l'Essonne pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 11 mai 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B se serait vu délivrer un accusé de réception de sa demande comportant les mentions exigées par les textes ou qu'il aurait été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, ni que la décision aurait par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, avant le courrier du 27 juillet 2022 par lequel le conseil de M. B a demandé au préfet de lui communiquer les motifs du rejet implicite opposé à sa demande. M. B justifie ainsi avoir demandé dans le délai raisonnable d'un an qui lui était seul opposable, la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 11 mai 2021. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait répondu à cette demande dans le délai d'un mois qui lui était imparti par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, ni pris de décision expresse motivée confirmant son refus implicite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Essonne réexamine la demande de titre de séjour de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail pendant la durée de ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Silvani

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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