vendredi 19 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2207373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 16 mars 2023, la commune de Villejust, représentée par Me Vandepoorter, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à Mme A C B et à tous les occupants de son chef, de libérer le logement communal qu'elle occupe irrégulièrement et d'en restituer les clés, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de l'autoriser, passé ce délai, à procéder à l'expulsion de Mme B, au besoin en recourant au concours de la force publique et à un serrurier, aux frais de l'intéressée ;
3°) de condamner Mme B à lui verser d'une part la somme de 402,49 euros au titre du paiement d'arriérés de redevance et d'autre part, une indemnité mensuelle de 402,49 euros, à compter du 1er septembre 2022 et jusqu'à la date de la libération effective du logement, ces sommes étant assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de Mme B une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le juge administratif est compétent pour ordonner l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, dont relève le logement objet du présent litige ;
- depuis le 1er septembre 2022, Mme B se maintient avec sa famille sans droit ni titre dans le logement de fonction affecté au gardien du parc public des Deux Lacs, relevant du domaine public communal ; cette seule circonstance suffit à justifier qu'il lui soit ordonné de quitter les lieux ;
- en occupant sans droit ni titre ce logement, Mme B commet une faute de nature à engager sa responsabilité ; elle doit être condamnée à lui verser une indemnité compensatrice d'occupation d'un montant de 402,49 euros par mois ; elle doit aussi être condamnée à verser à la commune l'arriéré de redevance d'un montant de 402,49 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, Mme A C B, représentée par Me Burget, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la commune de Villejust en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du présent litige dès lors que le logement relève du domaine privé de la commune ; il n'est pas situé dans l'enceinte du parc des Deux Lacs mais en bordure, il n'est pas affecté à l'usage direct du public ou spécialement aménagé en vue de l'exécution d'un service public ni ne constitue une dépendance du domaine public ;
- la demande d'expulsion n'est pas fondée dès lors qu'elle fait suite à une décision de changement d'affectation illégale ; son affectation par courrier du 21 octobre 2020 au service de restauration n'a été décidée qu'à titre temporaire en raison du contexte sanitaire ; ce changement n'est plus justifié à ce jour ;
- aucun logement social adapté à sa situation ne lui a été proposé ;
- le prononcé d'une mesure d'expulsion méconnaîtrait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le prononcé d'une astreinte est disproportionné au regard de ses revenus ;
- aucune indemnité d'occupation ne saurait être mise à sa charge.
Par ordonnance du 11 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Vincent, rapporteure publique,
- et les observations de Me Malbete, substituant Me Vandepoorter ;
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C B a été recrutée par la commune de Villejust, par contrat à durée déterminée à compter du 23 octobre 2013, sur un poste d'adjoint technique non titulaire, afin d'assurer la gestion du parc des Deux Lacs et de son ensemble immobilier. L'exercice de ces fonctions s'accompagnant d'astreintes, un logement communal était mis à sa disposition par une convention d'occupation à titre précaire. Le contrat de travail de l'intéressée, tout comme la convention d'occupation du logement étaient, par la suite, régulièrement renouvelés. Par un arrêté du 19 juin 2020, le maire de la commune de Villejust a procédé à la nomination de Mme B en qualité de fonctionnaire stagiaire pour une durée d'un an, dans le cadre d'emploi des adjoints techniques territoriaux, et par courrier du 21 octobre 2020, l'intéressée a été informée qu'en raison des conditions sanitaires, elle poursuivrait son année de stage au sein du service restauration de la commune, poste qu'elle continuait d'occuper à compter de sa titularisation par arrêté du 9 septembre 2021.
2. Parallèlement, par arrêté du 1er juillet 2020, tenant compte de ce que l'emploi de gardien occupé par Mme B était " en cours de réflexion dans le cadre d'une réorganisation générale du complexe des Deux Lacs ", la convention d'occupation précaire du logement mis à la disposition de l'intéressée n'était renouvelée que pour une durée de six mois jusqu'au 31 décembre 2020. Par arrêté du 10 février 2021, constatant que Mme B n'occupait plus l'emploi de régisseur du parc des Deux Lacs et que son nouvel emploi ne nécessitait plus l'attribution d'un logement, mais tenant compte de la trêve hivernale, le maire de Villejust a renouvelé la concession de logement jusqu'au 31 mai 2021. Mme B a été ensuite autorisée à rester dans le logement sur la base d'un " contrat de location " de courte durée, renouvelé à plusieurs reprises jusqu'au 31 août 2022. Elle a été toutefois informée, dès le 24 juin 2021 et par plusieurs courriers successifs de la nécessité de libérer ce logement dont la concession n'était plus justifiée au regard de son changement de poste. Par des courriers du 22 juillet 2022 puis du 6 septembre 2022, la commune a informé Mme B de ce que la convention ne serait plus renouvelée à compter du 1er septembre 2022 et qu'elle était mise en demeure de quitter les lieux. Par la présente requête, la commune de Villejust demande au tribunal à titre principal d'ordonner à la requérante de libérer ce logement.
Sur la compétence du tribunal :
3. Sous réserve de dispositions législatives spéciales, et sauf dans le cas de voie de fait ou dans celui où s'élève une contestation sérieuse en matière de propriété, les litiges nés de l'occupation sans titre du domaine public, que celle-ci résulte de l'absence de tout titre d'occupation ou de l'expiration, pour quelque cause que ce soit, du titre précédemment détenu, relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre administratif.
4. L'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques (CGPPP) dispose que : " le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commune de Villejust est propriétaire des parcelles formant le parc public des Deux Lacs, bien affecté à l'usage direct du public et relevant ainsi du domaine public communal. Le logement dont la commune de Villejust demande l'évacuation a été construit par la commune en 1996 sur la parcelle d'assiette du parc des Deux Lacs en vue d'héberger le gardien de ce parc, soumis à un régime d'astreinte, et a d'ailleurs été attribué à titre temporaire à Mme B pour ce motif, en raison du poste de gardien sur lequel elle avait été initialement nommée. Par suite, ce logement constitue une dépendance du domaine public de la commune et les conclusions présentées par la commune de Villejust relèvent de la compétence du juge administratif.
Sur la demande tendant à l'expulsion du domaine public :
6. Il résulte de l'instruction que la dernière convention d'occupation à titre précaire consentie par la commune de Villejust à Mme B a expiré le 31 août 2022 et que l'intéressée se maintient depuis cette date sans droit ni titre dans un logement relevant, ainsi qu'il a été dit précédemment, du domaine public communal.
7. D'une part, si Mme B fait valoir que la décision procédant à son changement d'affectation, lui ayant par conséquent fait perdre le bénéfice de la concession de logement, serait illégale, cette circonstance est, en tout état de cause, sans influence sur son droit à se maintenir dans le logement. Par suite, il y a lieu d'ordonner, ainsi que le demande la commune, à Mme B et à tous occupants de son chef, de quitter le logement qu'elle occupe sans droit ni titre et d'en restituer les clés à la commune de Villejust, au besoin avec le concours de la force publique.
8. D'autre part, lorsqu'il est saisi d'une demande d'expulsion d'occupants sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, si son exécution est susceptible de concerner des enfants, de prendre en compte l'intérêt supérieur de ceux-ci pour déterminer, au vu des circonstances de l'espèce, le délai qu'il impartit aux occupants afin de quitter les lieux.
9. Il résulte en l'espèce de l'instruction que Mme B a été avisée par la commune, au moins à compter du mois de février 2021, de la nécessité de libérer le logement qui lui avait été attribué en raison de son changement de poste, sa nouvelle affectation au service restauration ne justifiant pas l'octroi d'une concession de logement. La commune de Villejust, qui a laissé un temps conséquent à la requérante pour trouver un nouveau logement en l'autorisant à rester dans les lieux jusqu'au 31 août 2022, lui a proposé en février 2021 l'attribution d'un logement situé sur le territoire communal, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'aurait pas été adapté à la situation familiale de Mme B, l'intéressée ayant uniquement indiqué à la commune n'être " disposée à déménager " que dans le cadre d'une " proposition équivalente " au logement dont elle disposait jusqu'alors, soit une maison de plus de 90 m2 avec plus de 500 m2 d'espace extérieur. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que Mme B ne serait pas en mesure, au regard des revenus de son foyer, de se reloger par elle-même. Tenant compte de ces éléments, mais également de la situation familiale de Mme B, mère d'un enfant en bas âge, il y a lieu de fixer à deux mois le délai dans lequel l'intéressée devra exécuter l'injonction définie au point 7 du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'état du dossier, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les demandes indemnitaires :
10. D'une part, Mme B ne conteste pas ne pas s'être acquittée de la dernière redevance mensuelle due à la commune au titre de la dernière convention d'occupation conclue le 10 juin 2022, pour un montant de 402,49 euros. Il y a lieu, par suite, de la condamner à verser cette somme à la commune de Villejust.
11. D'autre part, l'occupation sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public constitue une faute commise par l'occupant qui l'oblige à réparer le dommage causé au gestionnaire de ce domaine par cette occupation irrégulière. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme B occupe sans droit ni titre une dépendance du domaine public depuis le 1er septembre 2022 et commet à ce titre une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la commune de Villejust, qui est fondée à demander le versement d'une indemnité compensatrice au titre de l'occupation irrégulière. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de cette indemnité en la fixant à la somme de 402,49 euros pour chaque mois d'occupation irrégulière et jusqu'à la cessation de celle-ci.
12. La commune de Villejust est par ailleurs fondée à demander à ce que les sommes auxquelles Mme B doit être condamnée soient assortis du paiement des intérêts au taux légal, à compter de la date d'enregistrement de sa requête.
13. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée à l'enregistrement la requête, le 29 septembre 2022. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 septembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villejust, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B, le versement à la commune de Villejust d'une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme A C B, et à tous occupants de son chef, d'avoir à libérer le logement situé 21, avenue des Deux Lacs à Villejust, qu'elle occupe sans droit ni titre, et d'en restituer les clés à la commune de Villejust, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : A l'expiration de ce délai de deux mois, à défaut d'exécution de l'injonction prévue à l'article 1er , la commune de Villejust pourra obtenir le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme A C B et à tous occupants de son chef.
Article 3 : Mme A C B est condamnée à verser à la commune de Villejust une somme de 402,49 euros (quatre cent deux euros et quarante-neuf centimes) au titre d'arriéré de redevance, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022.
Article 4 : Mme A C B est condamnée à verser à la commune de Villejust une indemnité mensuelle de 402,49 euros (quatre cent deux euros et quarante-neuf centimes) à compter du 1er septembre 2022 et jusqu'à l'exécution de l'injonction fixée à l'article 1er, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022.
Article 5 : Les intérêts mentionnés aux articles 3 et 4 et échus à la date du 29 septembre 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 6 : Mme A C B versera à la commune de Villejust une somme de 1 800 (mille huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villejust et à Mme A C B.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. Maitre
Le président,
Signé
C. Gosselin
La greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026