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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207461

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207461

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Bulajic, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au sous-préfet de Palaiseau de lui fixer un rendez-vous afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de duplicata de sa carte de résident, valable du 13 mai 2013 au 12 mai 2023, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard s'il n'est pas justifié de l'exécution de la décision dans un délai de 15 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il tente en vain, depuis le mois de décembre 2020, de déposer une demande de délivrance de duplicata de son titre de séjour qui lui a été dérobé le 2 mars 2020 ; il a déposé le 15 avril 2021 une nouvelle demande en ligne classée sans suite au motif que son dossier était incomplet ; il a finalement obtenu un rendez-vous le 22 juin 2021, mais l'agent de guichet a refusé d'enregistré sa demande et l'a réorienté à tort vers la préfecture de Loire Atlantique ; il a adressé un courrier recommandé avec accusé de réception à la sous-préfecture de Palaiseau réceptionné le 16 juin 2022 ainsi qu'un courriel le 25 août 2022, restés sans réponse ; il a en outre tenté de se connecter sur la plateforme dédiée aux demandes de duplicata mais est confronté à un blocage informatique ; cette situation l'empêche de justifier de la légalité de sa présence en France et entrave l'exercice d'une activité professionnelle ;

- la mesure sollicitée est utile en l'absence d'autre voie de droit et de procédure alternative de délivrance de duplicata ;

- la mesure demandée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Rollet-Perraud vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais, né le 2 décembre 1976, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 12 mai 2023, qui lui aurait été volée le 2 mars 2020, a sollicité la délivrance d'un duplicata de celle-ci. Il fait valoir qu'il fait face à un dysfonctionnement informatique de la plateforme internet et que ses courriers de relance demeurent sans réponse, situation qui l'empêche de déposer sa demande. M. B demande au juge des référés statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un duplicata de sa carte de résident.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de cet article d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5.Il résulte de l'instruction que M. B a signalé le vol de sa carte de résident le 2 mars 2020 par une plainte déposée contre X au commissariat des Ulis (91) le 6 mars 2020. Il soutient ne pas être parvenu depuis le 14 décembre 2020 à présenter une demande de délivrance de duplicata de son titre de séjour en cours de validité. Ayant obtenu un rendez-vous le 22 juin 2021, il indique que l'agent de guichet a refusé d'enregistrer sa demande. Depuis lors, il justifie avoir tenté de faire enregistrer sa demande de duplicata, notamment via la plateforme dédiée sur le site de l'ANEF et avoir rencontré un dysfonctionnement informatique, sa démarche ayant été appuyée par plusieurs courriels adressés à la sous-préfecture de Palaiseau. Dans ces conditions, la mesure que sollicite M. B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative remplit les conditions d'urgence et d'utilité posées par cet article. Par ailleurs, elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Il y a lieu, dès lors, afin de permettre à M. B de faire enregistrer sa demande de délivrance de duplicata, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de le recevoir dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de recevoir M. B pour le dépôt de sa demande de délivrance de duplicata dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 16 novembre 2022.

La juge des référés,

signé

C. Rollet-Perraud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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