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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207502

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207502

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET VRIONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2022, M. et Mme E, représentés par Me Vrioni, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 mai 2022 par laquelle la commune de Nézel a exercé son droit de préemption sur la parcelle cadastrée AA n°121, située chemin des Prés des Corvées, au prix de 1 000 euros.

2°) d'autoriser M. et Mme C à vendre librement leur terrain ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est justifiée dès lors que le prix de vente de 50 000 euros doit servir d'une part au paiement de soins spécifiques pour Mme C qui est gravement malade, d'autre part au financement de la rénovation énergétique de leur maison actuelle, et a contrario la commune ne peut justifier aucune urgence à réaliser un projet d'espace ludique ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée : la décision n'est pas motivée, elle a été prise par une autorité incompétente, elle n'a pas été précédée d'une saisine de France Domaine, elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, elle n'a pas été notifiée aux vendeurs, elle ne s'est pas accompagnée de la saisine du juge de l'expropriation ;

La requête a été communiquée à la commune de Nézel, qui n'a pas produit de mémoire en défense ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. et Mme E demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Mme Mathou, premier conseiller, a été désignée par la présidente du Tribunal administratif de Versailles pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Vrioni, représentant M. et Mme E, qui reprend l'ensemble de ses moyens ;

- La commune de Nézel n'étant ni présente ni représentée ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h00.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, au vu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. A l'appui de leur demande, les requérants font valoir le prix dérisoire proposé par la commune, qui va les conduire devant le juge de l'expropriation, alors qu'ils se sont mis d'accord avec l'acquéreur évincé pour un prix de 50 000 euros et qu'ils ont un besoin urgent de liquidité afin, notamment, d'améliorer le confort de vie et les traitements de Mme E, atteinte d'une grave maladie, et que la décision de la commune préjudicie ainsi de façon suffisamment grave et immédiate à leurs intérêts. La commune, qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas présente à l'audience, ne fait état d'aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour elle de réaliser immédiatement le projet qui a motivé l'exercice du droit de préemption. Dans ces conditions, la condition d'urgence énoncée à l'article L. 521-1 doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

4. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 (). ". Aux termes de l'article L. 213-2 : " () Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien. () ".

5. Les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

6. En l'état de l'instruction, et en l'absence de mémoire en défense de la commune, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, des vices de procédure tenant au défaut de transmission au responsable départemental des services fiscaux et au défaut de notification de la décision litigieuse au vendeur, enfin de la méconnaissance des exigences des articles L.210-1 et L.300-1 du code de l'urbanisme pour exercer le droit de préemption, paraissent propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de préemption du 24 mai 2022.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier aucun autre moyen ne paraît susceptible de fonder la suspension demandée.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le maire de Nézel a exercé le droit de préemption.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La suspension prononcée fait obstacle à l'acquisition du bien par le titulaire du droit de préemption. Dans le cas où, comme en l'espèce, le bien n'a pas encore été acquis, la suspension de l'exécution de la décision de préemption se confond avec l'injonction de s'abstenir d'acquérir le bien. Dans l'attente du jugement de la requête aux fins d'annulation de l'arrêté litigieux, la présente ordonnance n'implique pas d'autres obligations pour la commune et n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par M. et Mme E.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nézel le versement à M. et Mme E de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de la décision de préemption du 24 mai 2022 est suspendue.

Article 2 : La commune versera à M. et Mme E une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E,

à Mme D E et à la commune de Nézel.

Fait à Versailles, le 21 octobre 2022.

La juge des référés,

Signé

C. A

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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