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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207506

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207506

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 octobre 2022 et le 14 novembre 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012 dès lors que le préfet aurait dû user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il travaille en France depuis 2016, qu'il travaille sous contrat à durée indéterminée et que des membres de sa famille résident en situation régulière en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er décembre 2022.

Un mémoire, présenté pour M. C par Me Hervet, a été enregistré le 31 décembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Hervet, représentant M. C, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 21 février 1974, est entré en France, le 19 octobre 2015, sous couvert d'un visa type C. Le 15 juin 2022, il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Par arrêté du 28 septembre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, si M. C soutient que le préfet des Yvelines a omis de statuer sur sa demande de titre de séjour présentée au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, font ainsi obstacle à ce qu'il soit appliqué aux ressortissants algériens les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines a estimé, en application de son pouvoir général d'appréciation sans texte, que le requérant ne pouvait être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la régularisation de sa situation. Par suite, et ainsi qu'il ressort de la motivation de l'arrêté, qui comporte les considérations de droit et de fait, tirées de la situation personnelle du requérant, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de M. C doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoient que : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat visé par les services du ministère chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 " (lettres c et d) ", et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

4. Ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, les stipulations de l'accord franco-algérien font obstacle à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces mêmes stipulations ne s'opposent pas à ce que le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, puisse apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier du visa et du contrat de travail exigés par les stipulations précitées du b) de l'article 7 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En effet, d'une part, M. C est entré en France le 19 octobre 2015 sous couvert d'un visa " court séjour " de type C et, d'autre part, si l'intéressé allègue exercer, depuis le 1er janvier 2016, le métier de collaborateur à temps complet au sein de la société SARL Eco Conseils, sous contrat à durée indéterminée, il ne l'établit pas en se bornant à produire une attestation établie par son employeur, une attestation d'activité professionnelle et neuf fiches de paie, concernant les mois de janvier à août 2022. Par ailleurs, si M. C se prévaut de la présence en France de ses trois sœurs et de ses deux frères, de nationalité française, il est célibataire et sans charge de famille et ne serait pas isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans et où résident encore ses parents. Enfin, la seule circonstance qu'il réside de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis 2015, au demeurant sans avoir effectué la moindre démarche en vue de la régularisation de sa situation, n'est pas suffisante pour considérer qu'en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Par ailleurs, les conditions de séjour d'un ressortissant algérien étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire n° NOR-INTK1229185C du 28 novembre 2012, qui ne revêt au demeurant aucune valeur règlementaire, est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Winkopp-Toch, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

Ph. B

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

Anne Winkopp-TochLa greffière,

Signé

F. Sabot

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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