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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207552

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207552

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBRIAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, et un mémoire enregistré le 21 octobre 2022, la SCI Amelia, représentée par Me Briand, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le maire de Wissous a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction d'un bâtiment d'une surface de plancher totale de 7 000 m2 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Wissous de réexaminer la demande de permis de construire, dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Wissous une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI Amélia soutient que :

En ce qui concerne l'urgence :

- la délivrance d'un permis provisoire lui permettrait d'engager les travaux et ne créerait pas une situation irréversible ; le compromis de vente signé par la société arrive à échéance le

4 novembre 2022, et ne comporte pas de clause suspensive ; la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation ;

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

-la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît tant l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme que l'article UI-7-1 du règlement du PLU ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2022 à 9h54 et à 14h48, la commune de Wissous conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Amelia une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle la SCI Amélia demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Mme Mathou, premier conseiller, a été désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bridet, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Briand, représentant la SCI Amélia, qui reprend l'ensemble de ses moyens ;

- Et les observations de Me Heral, représentant la commune de Wissous.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 16h.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision de refus de permis de construire, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets du refus de permis litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'un permis de construire provisoire à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'arrêté du maire de Wissous refusant de lui délivrer le permis de construire sollicité, la SCI Amelia se prévaut du fait que l'échéance du compromis de vente signé avec le propriétaire du site vient à échéance le 4 novembre 2022, et que ce compromis ne comporte pas de condition suspensive. Faute d'obtenir la suspension de la décision, la SCI requérante aurait à payer d'importantes pénalités. Si la commune de Wissous fait valoir que la société requérante se serait elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la SCI Amélia a pris soin de demander un certificat d'urbanisme avant de déposer sa demande de permis de construire, et que, d'autre part, les conditions défavorables du compromis de vente conclu avec le vendeur sont dues aux tensions sur le marché immobilier pour ce type de bien. Dans ces conditions, SCI Amélia est fondée à se prévaloir d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

4. Il résulte de l'instruction que la SCI Amélia a déposé, le 11 février 2022, un permis de construire portant sur la construction d'un bâtiment à usage de bureau et d'entrepôt sur la parcelle cadastrée section Z n°380 sise 6, boulevard Arago, à Wissous, au sein de la zone industrielle Villemilan. Le maire a opposé un premier refus au permis de construire, le 7 juin 2022. La SCI a modifié son projet et a déposé un nouveau permis de construire, le 16 juin 2022. Le maire lui a opposé un nouveau refus, le 23 septembre 2022, au motif que le terrain d'assiette du projet ne serait pas desservi par des voies publiques ou privées répondant à l'importante et à la destination de la construction projetée, que le trafic généré par les activités du projet viendrait s'ajouter à la circulation existante induite par les nombreuses activités exploitées dans la zone industrielle Villemilan desservie par le boulevard Arago, que les caractéristiques du boulevard Arago seraient insuffisantes pour accueillir un flux supplémentaire de 68 poids lourds et 94 véhicules légers.

5. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article UI-7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées, dans des conditions répondant à l'importance et à la destination de la construction à édifier. ".

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UI-7.1 du règlement du plan local d'urbanisme paraissent propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du

23 septembre 2022.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier aucun autre moyen ne paraît susceptible de fonder la suspension demandée.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le maire de Wissous a refusé le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. La présente ordonnance n'implique pas nécessairement que le maire de la commune de Wissous délivre à la SCI Amélia le permis de construire sollicité mais seulement que la commune procède à une nouvelle instruction de la demande. Il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de Wissous de procéder à une nouvelle instruction de la demande de la SCI Amélia dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Wissous le versement à la SCI Amélia de la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, en revanche, à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI Amélia la somme que demande la commune de Wissous au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Wissous du 23 septembre 2022 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Wissous de procéder à une nouvelle instruction de la demande de la SCI Amélia dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Wissous versera à la SCI Amélia une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Amélia et à la commune de Wissous.

Fait à Versailles, le 25 octobre 2022.

La juge des référés,

Signé

C. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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