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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207557

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207557

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2022, L'Onde - théâtre centre d'art, représentée par Me Van Elslande, demande au juge des référés :

1°) de mettre fin, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la suspension de l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le président de l'Onde a décidé le licenciement de M. C, ainsi que de mettre fin aux mesures d'injonction décidées par le juge des référés du tribunal aux termes de son ordonnance du 17 août 2022 ;

2°) de mettre à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'Onde soutient que :

- de nouveaux éléments sont de nature à remettre en cause les circonstances sur lesquelles s'est fondé le juge des référés pour estimer que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative était remplie : d'une part, l'exécution de la décision de licenciement du 27 juillet 2022, bien qu'elle prive l'intéressé de son emploi, ne cause pas un préjudice grave et immédiat à M. C, dès lors que celui-ci n'est pas seulement responsable du centre d'art, mais cumule trois autres fonctions professionnelles, pour lesquelles il est rémunéré ; son licenciement, même s'il a été décidé pour insuffisance professionnelle, ne lui cause pas non plus un préjudice moral, dès lors qu'il a conservé des relations professionnelles et n'a pas cessé ses autres activités connexes de critique d'art et de commissaire d'exposition ; d'autre part, la réintégration de M. C, en exécution de l'ordonnance du 17 août 2022 porte une atteinte grave au fonctionnement du service, compte tenu de son comportement et de sa manière de servir ;

- par ailleurs, des éléments nouveaux sont de nature à remettre en cause l'appréciation du juge des référés tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de licenciement litigieuse : l'ensemble des manquements qui ont justifié le licenciement de M. C ont été justifiés par des éléments précis et circonstanciés qui ne sont pas remis en cause pas les objections de l'intéressé ; ces manquements sont dus au fait que M. C cumule avec ses fonctions à l'Onde trois autres activités professionnelles et non à une mauvaise organisation du centre d'art.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, M. C, représenté par Me Coulaud, conclut au rejet de la requête de l'Onde ainsi que demande au juge des référés de proposer aux parties une médiation et de mettre à la charge de l'Onde une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas d'urgence à remettre en cause l'ordonnance du juge des référés du 17 août 2022, dès lors que l'Onde a largement contribué à la détérioration des conditions dans lesquelles il a repris ses fonctions à partir du mois d'août 2022 ; par ailleurs, l'exécution de son licenciement lui causerait toujours aujourd'hui des préjudices suffisamment graves et immédiats, tant d'ordre financier, que moral et professionnel ; les disfonctionnements répétés du service dont se prévaut l'Onde ne sont pas imputables à ses arrêts maladie, ni à son comportement ;

- il existe bien un doute sérieux quant à la légalité de son licenciement, dès lors que les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Blanc, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 octobre 2022 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience ;

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Van Elslande, pour l'Onde,

- et les observations de Me Coulaud, pour M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est employé par l'Onde théâtre-centre d'art Vélizy-Villacoublay, régie municipale dotée de la personnalité morale, depuis le 1er février 2021, en vertu d'un contrat à durée déterminée d'une durée trois ans, en tant que responsable du centre d'art de cet établissement. Le président de l'Onde a décidé de le licencier avant le terme de ce contrat pour insuffisance professionnelle par un arrêté du 27 juillet 2022, dont l'exécution a toutefois été suspendue par le juge des référés du tribunal administratif par une ordonnance nos 2205683-2206050 du 17 août 2022. Aux termes de cette même ordonnance, le juge des référés a, par ailleurs, enjoint à l'établissement public de réintégrer provisoirement M. C dans ses fonctions jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse. Par la présente requête, l'Onde demande au juge des référés de mettre fin, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la suspension de l'arrêté du 27 juillet 2022 ainsi qu'à la réintégration provisoire de l'intéressé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ;

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

5. En premier lieu, les éléments dont se prévaut l'Onde pour contester que l'urgence puisse encore justifier le maintien de la suspension du licenciement de M. C, ordonnée par le juge des référés, ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère suffisamment grave et immédiat des préjudices d'ordre financier et professionnel que causeraient à l'intéressé, en cas d'éviction, tant la privation de la rémunération qu'il perçoit pour son emploi principal, que le motif d'insuffisance professionnelle retenu par l'Onde pour justifier son licenciement. Par ailleurs, si l'établissement public fait valoir que la réintégration de M. C porterait atteinte au fonctionnement du centre d'art, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les absences reprochées à celui-ci depuis sa réintégration au cours du mois d'août 2022 ont été, pour l'essentiel, justifiées par des arrêts de travail pour raison médicale et, d'autre part, que les expositions du centre d'art, dont M. C avait prévu la programmation pour la saison culturelle, ont pu normalement avoir lieu, y compris celle prévue pour les mois d'octobre et novembre 2022, consacrée à l'artiste, Valérie Jouve. Dès lors, l'établissement public, qui n'établit pas que la réintégration de M. C, qui n'a été ordonnée qu'à titre provisoire, compromettrait la poursuite de ses activités, n'est pas fondé à soutenir que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au regard de laquelle a été suspendu le licenciement de M. C, ne serait plus aujourd'hui satisfaite.

6. En second lieu, les éléments dont se prévaut l'Onde ne sont pas non plus de nature à remettre en cause l'appréciation du juge des référés aux termes de son ordonnance du 17 août 2022 quant à la légalité de la décision litigieuse. Outre la circonstance que la commission consultative paritaire a émis, le 4 juillet 2022, un avis défavorable au licenciement de M. C pour insuffisance professionnelle, en relevant l'existence d'un problème d'organisation de la structure, celui-ci conteste avec suffisamment de précision chacun des manquements qui lui sont reprochés, en se prévalant de plusieurs témoignages circonstanciés qui vantent son professionnalisme, la qualité de son projet artistique et ses bonnes relations avec les artistes. Dans ces conditions, l'Onde n'est pas non plus fondée à soutenir que le moyen invoqué par M. C pour contester son licenciement, tiré de l'erreur d'appréciation commise par son employeur, ne serait plus, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative et que la demande de l'Onde tendant à ce qu'il soit mis fin à la suspension de l'arrêté du 27 juillet 2022 ainsi qu'à la réintégration provisoire de M. C doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin de médiation présentées par M. C :

8. Aux termes de l'article R. 213-5 du code de justice administrative : " Lorsque le juge estime que le litige dont il est saisi est susceptible de trouver une issue amiable, il peut à tout moment proposer une médiation. Il fixe aux parties un délai pour répondre à cette proposition. ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors qu'aucune issue amiable du litige opposant les parties ne semble envisageable, il n'y a pas lieu de leur proposer une médiation.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Onde demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Onde une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de l'Onde - théâtre centre d'art est rejetée.

Article 2 : L'Onde versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Onde - théâtre centre d'art et à M. A C.

Fait à Versailles, le 8 novembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

P. B

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207557

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