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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207582

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207582

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a pas travaillé pour plusieurs sociétés mais pour une seule pendant presque cinq ans, et qu'il a lui-même indiqué avoir fait usage d'un faux titre de séjour, ce qui n'a pas empêché le préfet de procéder à l'examen de son dossier et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et ne remet en cause ni la réalité de sa présence sur le territoire français ni le fait qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est parfaitement intégré professionnellement en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Giudicelli-Jahn, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 12 juin 1993, est, selon ses déclarations, entré en France le 3 décembre 2017. Reçu en dernier lieu le 13 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 28 septembre 2022, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. C demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, par un arrêté n°78-2022-05-12-00005 du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°78-2022-097 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département, à l'effet de signer, notamment, les décisions contenues dans l'arrêté attaqué du 28 septembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait.

3. En deuxième lieu, pour refuser de faire usage de son pouvoir de régularisation qu'il détient sans texte pour délivrer un titre de séjour à M. C, qui ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'accord franco-tunisien, le préfet des Yvelines a notamment considéré qu'il ne justifiait pas avoir été muni d'une autorisation de travail pour exercer une activité salariée de 2018 à 2022 et qu'il ressortait de ses contrats de mission qu'il avait travaillé sous couvert de l'utilisation d'une fausse carte d'identité italienne.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a travaillé pour la société Manpower en qualité d'agent de production entre le 12 mai 2018 et le 12 mars 2019, et pour la société Initial en qualité d'agent production multiposte depuis le 4 novembre 2018. Par suite, l'arrêté attaqué, qui mentionne que M. C a produit à l'appui de sa demande " une demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger établi le 11/05/2022 par la société EGC pour un emploi d'employé polyvalent à temps complet, ainsi que des bulletins de paie de mai 2018 à avril 2022 pour des activités salariées au sein de différentes sociétés ", n'est pas entaché d'une erreur de fait. En tout état de cause, à supposer même cela soit le cas, cette seule circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur celle-ci pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C.

5. D'autre part, la circonstance, au demeurant non établie, que M. C aurait lui-même indiqué aux services du préfet des Yvelines avoir fait usage d'un faux titre de séjour, ne fait pas obstacle à ce que le préfet le constate lui-même lors de l'examen des contrats de mission transmis et ne saurait, dès lors, traduire l'existence d'une erreur de fait. En tout état de cause, cette seule circonstance est, là encore, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'elle ne remet pas en cause le fait que l'intéressé ait utilisé un faux document d'identité.

6. En dernier lieu, si M. C soutient être entré en France le 3 décembre 2017, il ne justifie pas y résider de manière habituelle et continue avant le mois de mai 2018. En outre, le requérant, qui ne conteste pas être célibataire sans charge de famille, ne se prévaut d'aucune attache familiale ni même amicale sur le territoire français, et s'il ressort des pièces du dossier qu'il a indiqué que sa sœur y résidait, cela n'est pas établi et, en tout état de cause, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il entretiendrait avec elle des liens d'une particulière intensité ni que sa présence auprès d'elle serait indispensable. Il n'est pas davantage établi, ni même soutenu, qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où il ne conteste pas qu'y résident ses parents ainsi que ses quatre frères et sœurs. Par ailleurs, si M. C a travaillé pour la société Manpower en qualité d'agent de production entre le 12 mai 2018 et le 12 mars 2019 et pour la société Initial en qualité d'agent production multiposte depuis le 4 novembre 2018, il est constant qu'il a eu recours à une fausse carte d'identité italienne et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouverait dans l'impossibilité de se réinsérer professionnellement en Tunisie. Dans ces conditions, le refus de délivrer un titre de séjour à M. C n'est pas entaché d'illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 septembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

C. A

Le président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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