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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207623

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207623

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantGOZLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, portant la mention " salarié ", ou à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il réside toujours avec son épouse ; elle est illégale dès lors que le préfet aurait dû examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de son activité salariée ; elle méconnaît les dispositions de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il réside toujours avec son épouse ; elle est illégale dès lors que le préfet aurait dû examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de son activité salariée ; elle méconnaît les dispositions de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ; elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée le 17 octobre 2022 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 13 septembre 1991, est, selon ses déclarations, entré en France le 2 janvier 2019 sous couvert d'un visa court séjour. Il a obtenu un certificat de résidence algérien en qualité de " conjoint de français " valable du 11 décembre 2020 au 10 décembre 2021, dont il a demandé le renouvellement le 9 novembre 2021. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dont elle fait application. Elle mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. A en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Par suite, le moyen, à le supposer soulevé à l'encontre de cette décision, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. "

4. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence algérien de M. A, le préfet de l'Essonne a relevé que le rapport administratif de la gendarmerie nationale rédigé le 13 août 2022 à la suite de l'enquête de communauté de vie, diligentée par ses services le 11 juillet 2022, indique que M. A ne réside plus depuis plusieurs années chez Mme D, de nationalité française, avec laquelle il s'est marié le 15 février 2020 à la mairie d'Egly (Essonne). Si le requérant soutient qu'il a effectivement quitté le domicile conjugal à la suite d'une dispute avec son épouse mais que cela n'était que temporaire, les pièces qu'il produit au soutien de ses allégations, son avis d'imposition de l'année 2021, des avis d'échéance de loyers des années 2020, 2021, 2022, une attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales de 2022 ainsi que des lettres du groupe Valophis et d'Electricité de France de 2022, ne permettent pas d'établir l'effectivité de la communauté de vie entre lui et Mme D. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et font ainsi obstacle à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces mêmes stipulations ne s'opposent pas à ce que le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, puisse apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En l'espèce, il n'est pas établi, ni même soutenu, que M. A aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, et un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné d'office l'opportunité d'une mesure de régularisation. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale dès lors que le préfet aurait dû examiner la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de son activité salariée.

7. En quatrième lieu, à supposer même que le requérant ait entendu soutenir que la décision attaquée méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard de celle-ci, cette circulaire ne revêt pas de caractère réglementaire, dès lors qu'elle a seulement pour objet de rappeler et de préciser aux autorités chargées de la police des étrangers, qui en sont destinataires, les conditions d'examen et critères permettant d'apprécier les demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers. Le moyen est inopérant et ne peut ainsi qu'être écarté.

8. En dernier lieu, M. A justifie résider de manière habituelle et continue en France depuis seulement deux ans à la date de la décision attaquée, aucune pièce relative à l'année 2019 n'étant produite. En outre, il n'établit pas l'existence d'une communauté de vie effective avec Mme D, avec laquelle il ne conteste pas ne pas avoir eu d'enfant, et il ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il souhaiterait reconnaître l'enfant que celle-ci a eu d'un autre lit. De plus, M. A ne se prévaut d'aucune autre attache familiale et il n'établit pas la réalité et l'intensité des liens qu'il aurait noués avec des amis et des collègues rencontrés en France. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même soutenu, qu'il serait isolé en cas de retour en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où il ne conteste pas que résident ses parents ainsi que sa fratrie. Enfin, à la date de la décision attaquée, il ne travaillait que depuis un an pour la société Auto top, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps plein, en qualité de mécanicien selon son contrat de travail, et de préparateur selon ses bulletins de paie. Dans ces conditions, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation qu'il détient sans texte. Par suite, ce moyen, à le supposer soulevé à l'encontre de la décision attaquée, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. En l'espèce, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français incluse dans l'arrêté du 15 septembre 2022 serait insuffisamment motivée doit être écarté, dès lors que cet arrêté mentionne, comme il a été dit au point 2, les circonstances de droit et de fait fondant le refus de titre de séjour opposé à M. A et vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'un refus de titre de séjour peut être assorti d'une telle obligation.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 8 du présent jugement, les moyens tirés de l'erreur de fait, de ce que le préfet aurait dû examiner la possibilité d'admettre exceptionnellement au séjour M. A au titre de son activité salariée, de la méconnaissance de la circulaire " Valls " du 28 novembre 2012 et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A, à les supposer soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent, en tout état de cause, être écartés.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A, doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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