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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207624

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207624

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantDE CLERCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 octobre 2022 et le 19 janvier 2023, Mme I G, représentée par Me de Clerck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai ou, à défaut, de réexaminer sa demande sous un délai de quinze jours, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à Me de Clerck, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me de Clerck renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle a fait l'objet d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle se fonde sur un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui méconnaît l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313 22, R. 313 23 et R. 511 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant méconnu sa compétence ;

- elle méconnaît les articles L. 425-9 et L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces enregistrées le 19 décembre 2022.

Par une décision du 11 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme G l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- et les observations de Mme G, assistée de Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme I G, ressortissante de nationalité togolaise, née le 8 janvier 1963, est entrée en France le 4 janvier 2017, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour qui a expiré le 26 mai 2018. Mme G a bénéficié de deux titres de séjour consécutifs, valables du 19 décembre 2017 au 18 décembre 2018 et du 11 juin 2019 au 10 juin 2020, en raison de son état de santé. Le 2 mars 2021, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 17 juin 2021, le préfet de l'Essonne a édicté un arrêté du 22 août 2022, par lequel il a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme G, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays d'éloignement. Par la présente requête, Mme G demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". Aux termes de l'article R. 425 11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () "

3. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme G, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juin 2021, qui a estimé que l'état de santé de Mme G nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut pour sa prise en charge, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme G souffre de pluri-pathologies invalidantes, se traduisant par un cancer de l'estomac pour lequel elle a été opérée d'une gastrectomie totale en janvier 2017 et nécessitant un suivi régulier, d'une neuropathie par symptomatologie douloureuse complexe, d'un glaucome à l'œil et de conséquences psychologiques lourdes pour lesquels elle est prise en charge. La requérante se prévaut à ce titre de plusieurs certificats médicaux, notamment ceux du 21 juillet 2022, émanant du Pr E, praticien hospitalier et du Dr C, qui précisent que l'état de santé de l'intéressée nécessite un suivi régulier au long cours, pour au moins 5 ans, la prise en charge ne pouvant se réaliser au Togo, un certificat médical du 22 juillet 2022 du Dr K, responsable de la structure médicale antidouleurs du GHU Paris, indiquant que la patiente souffre de plusieurs douleurs, traitées par un protocole qui ne pourra pas être disponible dans son pays d'origine, un certificat médical du 26 mars 2021 du Dr F, indiquant que Mme G souffre d'un état anxio-dépressif chronique, et deux certificats du 21 août 2022 et 8 septembre 2022 du Dr A D, qui précise que la requérante souffre d'une dépression sévère et qu'à défaut de suivi elle risque une décompensation avec risque de morbidité. Mme G produit également des certificats médicaux relatifs à sa pathologie oculaire, notamment le certificat médical du 5 octobre 2022 du Dr B ophtalmologiste, qui précise qu'elle a subi plusieurs interventions pour un glaucome à chaque œil, en juillet et septembre 2022. Enfin, Mme G produit un certificat du 23 novembre 2022 du Dr J, chirurgien généraliste et digestif au CHU de Lomé (Togo), qui a assuré le suivi de l'intéressée lors de son retour au Togo, et qui atteste que les conditions sanitaires et logistiques existantes au Togo ne permettent pas la prise en charge de Mme G, dont l'état de santé exige une prise en charge pluridisciplinaire, en particulier en ce qui concerne la prise en charge de la douleur et de l'hospitalisation à domicile, qui ne sont pas disponibles dans ce pays, ce qui a provoqué le retour de Mme G en France pour assurer la reprise des soins adaptés. Ce praticien précise également que le suivi oncologique de la requérante est impossible dès lors qu'il n'existe qu'un seul oncologue au Togo, tandis que les produits d'alimentation nécessités pour son régime, suite à l'opération d'ablation d'une grande partie de l'estomac, sont très difficilement disponibles. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu des nombreux certificats médicaux récents et circonstanciés produits, des pluri-pathologies dont souffre la requérante et de la prise en charge spécifique nécessitée par son état de santé, ainsi que du délai important entre l'avis du collège des médecins de l'OFII et la décision attaquée, en refusant à Mme G de renouveler le titre de séjour pour soins, le préfet de l'Essonne a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme G est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 août 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui renouveler le titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements de circonstances, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme G, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Clerck de la somme de 1 000 euros, conseil de Mme G, sous réserve que Me de Clerck renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 22 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme G une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me de Clerck, conseil de Mme G, la somme de 1 000€ (mille euros), en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Clerck renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme I G, au préfet de l'Essonne et à Me de Clerck.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F-X de Miguel

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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