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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207799

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207799

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre et 6 décembre 2022, M. A C D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 31 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023 à 12 heures.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C D a été déclarée caduque par une décision du 16 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, première conseillère,

- et les observations de Me Bisalu, représentant M. C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C D, né le 28 novembre 1985, de nationalité comorienne, a déclaré être entré en France le 11 août 2015. Il a sollicité le 21 juin 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 octobre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, d'ailleurs visé par l'arrêté attaqué, régulièrement publié au recueil n° 126 spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. E B, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés, actes et décisions relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. La décision faisant obligation à M. C D de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision refusant son admission au séjour. Cette dernière décision vise les textes dont elle fait application, et comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne le fondement de la demande de titre de séjour présentée par le requérant, ainsi que ses conditions d'entrée et de séjour en France. Il est précisé que, si celui-ci a déclaré séjourner en France depuis le 11 août 2015, les documents qu'il a produits pour l'année 2018 ne sont pas de nature à justifier sa présence ininterrompue en France depuis cette date. Il est ajouté que l'ancienneté et l'intensité de sa communauté de vie avec la ressortissante française, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 13 février 2019, ne sont pas établies. La décision refusant l'admission au séjour de M. C D est, par suite, suffisamment motivée. Par ailleurs, pour fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne a indiqué que M. C D n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, M. C D n'établit pas être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, les moyens tirés d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. C D a indiqué qu'il avait conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, et qu'il n'avait pas d'enfant. Il n'a mentionné l'existence d'aucune autre attache familiale en France, et a précisé que sa mère résidait aux Comores, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Le requérant ne produit aux débats aucun élément relatif à des liens personnels, autres que familiaux, qu'il aurait en France, pas plus qu'à ses conditions d'insertion dans la société française. En se bornant à produire des courriers et factures adressés, au cours des années 2016 à 2020, à la fois à son nom et à celui de la ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 13 février 2019, M. C D ne produit aux débats aucun élément de nature à établir l'existence d'une communauté de vie ancienne, intense et actuelle avec elle à la date des décisions attaquées, soit le 6 octobre 2022. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances propres à la vie familiale du requérant, et compte tenu des conditions de son séjour en France, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont a été prises, et ne sont ainsi pas entachées d'erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, M. C D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La rapporteure,

signé

C. Benoit

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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