mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2207809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Amar-Cid |
| Avocat requérant | BARKAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2022 et 27 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Barkat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 par laquelle la commission de médiation des Yvelines a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation des Yvelines de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête n'est pas tardive dans la mesure où elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 28 mars 2022 ;
- elle a fait l'objet d'un jugement du 1er juin 2021 du tribunal de proximité de Mantes-la-Jolie prononçant l'expulsion de son logement et reçu un commandement de quitter les lieux avant le 22 août 2021 ; elle remplit donc un des critères prévus par la loi pour voir reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ;
- en lui opposant le fait que son comportement serait à l'origine de son expulsion, la commission de médiation des Yvelines a tenu compte d'une condition non prévue par la loi et s'est estimée liée par le jugement non définitif rendu par le juge de proximité ; elle a, ce faisant, commis plusieurs erreurs de droit ; en outre, sa bonne foi ne peut être remise en cause dès lors que c'est elle en réalité qui est victime depuis plusieurs années de troubles du voisinage qu'elle a signalés à de nombreuses reprises à son bailleur ;
- la commission de médiation ne conteste pas l'insalubrité de son logement et devait donc reconnaitre le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ; elle ne pouvait, sans entacher sa décision d'une contradiction de motifs, la renvoyer vers son bailleur pour remédier à cette insalubrité dès lors que celui-ci a demandé et obtenu qu'elle soit expulsée de son logement ;
- la circonstance qu'elle soit labellisée au titre des accords collectifs départementaux n'est pas de nature à priver de caractère urgent sa demande ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au vu de l'ensemble de sa situation dès lors qu'outre l'insalubrité de son logement et le jugement d'expulsion dont elle fait l'objet, elle est reconnue comme personne handicapée et souffre d'importants problèmes de dos rendant difficile l'accès à son logement situé au 1er étage sans ascenseur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requête est irrecevable car tardive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Amar-Cid, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Amar-Cid et les observations de Me Barkat, représentant Mme A, présente, ont été entendus au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a saisi le 9 novembre 2021 la commission de médiation des Yvelines d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Lors de sa séance du 27 janvier 2022, la commission de médiation a rejeté ce recours. Mme A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".
3. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
4. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. La commission de médiation est fondée, pour apprécier la bonne foi du demandeur, à tenir compte du comportement de celui-ci. Le demandeur qui a délibérément créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire ne peut être regardé comme de bonne foi, au sens de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. En particulier, un comportement tel que celui causant des troubles de jouissance conduisant à une expulsion est de nature à justifier que la commission de médiation, eu égard à l'ensemble des éléments du dossier qui lui est soumis, estime que le demandeur n'est pas de bonne foi et, par suite, refuse de le reconnaître comme prioritaire et devant être logé d'urgence. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur l'appréciation portée par la commission de médiation quant à la bonne foi du demandeur.
5. Pour rejeter le recours amiable de Mme A, la commission de médiation des Yvelines a relevé, dans sa décision du 27 janvier 2022, que le comportement de l'intéressée était à l'origine de son expulsion. La commission a ainsi entendu retenir l'absence de bonne foi de la requérante, comme le lui permet le II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Mme A n'est ainsi pas fondée à soutenir que ce faisant, la commission a fait application d'une condition non prévue par la loi. Si pour contester ce motif, Mme A fait valoir qu'elle est victime depuis plusieurs années de troubles du voisinage, elle se borne à verser au dossier de nombreux courriers qu'elle a adressés à son bailleur pour s'en plaindre alors qu'il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le tribunal de proximité du tribunal judiciaire de Mantes-la-Jolie, par un jugement du 1er juin 2021, a prononcé la résiliation de plein droit du bail d'habitation dont elle était titulaire depuis le 16 avril 2012 et ordonné son expulsion de ce logement, au besoin avec le concours de la force publique, au motif qu'elle était responsable de troubles du voisinage attestés par de " multiples déclarations de voisins ". Mme A fait valoir, sans néanmoins en justifier, qu'elle a fait appel de ce jugement qui lui a été signifié le 22 juin 2021, concomitamment à un commandement de quitter les lieux avant le 22 août 2021, et n'est ainsi pas fondée à soutenir que ce jugement n'était pas devenu définitif à la date de la décision attaquée. Ainsi, en l'état des pièces du dossier, la commission de médiation des Yvelines n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que la requérante avait créé par son comportement la situation rendant son relogement nécessaire. Par suite et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation se soit estimée liée par le jugement précité, cette dernière n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en rejetant pour ce motif le recours amiable de la requérante.
6. Dès lors que sa bonne foi a été à bon droit écartée, Mme A ne peut utilement soutenir qu'elle satisfait à plusieurs critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au vu de l'ensemble de sa situation doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de la requête à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées, de même par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La magistrate désignée,
Signé
J. Amar-CidLa greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026