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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2207869

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2207869

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2207869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTROALEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022 au tribunal administratif de Paris puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 19 octobre 2022, M. C D demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 20 septembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 1 A. (2) de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- il est fondé à se prévaloir du bénéfice de la protection subsidiaire sur le fondement des articles L. 711-1 à L. 712-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Wallois, avocate désignée d'office, représentant M. D, assisté par M. B, interprète en langue tamoul, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que l'arrêté mentionne un accord franco-sri-lankais sans préciser quel accord est en cause ; que son droit à être entendu a été méconnu ; que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; que la première obligation de quitter le territoire français dont le requérant a fait l'objet ne lui a jamais été notifiée, de sorte qu'il ne peut être regardé comme s'étant soustrait à son exécution, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire étant donc entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant sri-lankais, né le 21 janvier 1998 à Trincomalee, a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 16 septembre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 juin 2020. M. D a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA le 10 août 2021. Par deux arrêtés du 20 septembre 2022 dont M. D demande l'annulation, le préfet de police de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen dirigé contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

2. M. D doit être regardé comme soutenant que l'arrêté par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il vise une disposition " franco-sri lankaise ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette mention erronée d'une disposition au demeurant imprécise, constitue une erreur purement matérielle, qui a, en l'espèce, été sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. Si M. D soutient qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables, il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni même qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interrogé, le 19 septembre 2022, sur sa situation au regard du droit au séjour en France et sur la perspective de son éloignement, qu'il a d'ailleurs expressément rejetée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides se prononce, au terme d'une instruction unique, sur la reconnaissance de la qualité de réfugié ou sur l'octroi de la protection subsidiaire. ". Aux termes de l'article L. 532-1 du même code : " La Cour nationale du droit d'asile, dont la nature, les missions et l'organisation sont notamment définies au titre III du livre I, statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 511-1 à L. 511-8, L. 512-1 à L. 512-3, L. 513-1 à L. 513-5, L. 531-1 à L. 531-35, L. 531-41 et L. 531-42. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

7. M. D doit être regardé comme soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'ancien article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile reprises à l'article L. 512-1 du même code, ainsi que celles de la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Toutefois, la demande d'asile de M. D a été, ainsi qu'il a été dit au point 1 présent jugement, définitivement rejetée. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir du fait qu'il devait se voir octroyer la protection subsidiaire à l'encontre de la décision par laquelle le préfet de police de Paris l'a, après l'intervention de la décision de rejet de la demande de réexamen du requérant par l'OFPRA, devenue définitive, obligé à quitter le territoire français en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de l'asile. Pour les mêmes motifs, il ne peut utilement soutenir que cette décision méconnaît la convention de Genève relative au statut des réfugiés.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "

9. M. D fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 2019 et qu'il y exerce une activité professionnelle depuis le 1er septembre 2021, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, l'intéressé, qui se borne à faire état de ces éléments, est célibataire et sans enfant, et il ne conteste pas conserver des attaches familiales au Sri Lanka où résident, selon ses déclarations, ses parents et son frère et sa sœur. Dès lors, le préfet de police de Paris n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, il doit être regardé, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, comme risquant de se soustraire à la décision d'obligation de quitter le territoire français. La circonstance que la précédente décision d'obligation de quitter le territoire français du 23 août 2020 ne lui aurait pas été notifiée, à la supposer établie, est dès lors sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes des stipulations de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

13. Le requérant doit être regardé comme soutenant que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention précitée. Il fait valoir qu'il est originaire du nord du Sri Lanka, qu'il appartient à la communauté tamoule, que plusieurs membres de sa famille ont été assassinés en raison de leur proximité avec le mouvement indépendantiste des Tigres de Libération de l'Eelam tamoul (LTTE), et que son père a été victime d'une tentative d'assassinat en 2017. En outre, il indique qu'il a été conduit dans le camp de Chibanay le 19 mai 2018, où il a été soumis à des sévices physiques et agressé sexuellement, puis libéré contre un pot de vin le 27 juin 2018. Enfin, il se prévaut d'une politique de harcèlement institutionnel systématique engagée à l'encontre des tamouls. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 16 septembre 2019, décision confirmée par la CNDA le 4 juin 2020, sa demande de réexamen ayant été rejetée par l'OFPRA le 10 août 2021. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour au Sri Lanka. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 20 septembre 2022 de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

M. A La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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