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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208043

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208043

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantAARPI HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

E une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, M. D B, représenté E Me Hug, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 E lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé E une autorité territorialement incompétente ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas démontré que les informations mentionnées E les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 lui ont été remises E écrit dans une langue qu'il comprend ;

- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'entretien individuel prévu E les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'a pas été mené E une personne qualifiée en vertu du droit national, ni en présence d'un interprète ;

- il n'est pas établi que les autorités suédoises ont été régulièrement saisies E le préfet du Val-d'Oise, ni que ces autorités ont répondu, en méconnaissance des dispositions des articles 23 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La procédure a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 572-4, L. 572-5 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022 :

- le rapport de M. A, en présence de M. C, interprète en langue pachto,

- les observations de Me Hug, représentant M. B, non-présent, qui conclut aux mêmes fins E les mêmes moyens,

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant afghan né le 20 décembre 1999, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile le 31 août 2022. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. B avaient été relevées E les autorités de contrôle compétentes en Suède à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Les autorités suédoises, saisies le 1er septembre 2022 d'une demande de reprise en charge de M. B, ont accepté cette requête le 7 septembre 2022. E un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. B aux autorités suédoises. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée E la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, lorsqu'un étranger, se trouvant à l'intérieur du territoire français, demande à bénéficier de l'asile, l'enregistrement de sa demande relève du préfet de département et, à Paris, du préfet de police ". Aux termes de l'article R. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice du second alinéa de l'article 11-1 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile et prendre une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) : " L'annexe II au présent arrêté fixe la liste des préfets compétents pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ". Aux termes de l'annexe II mentionnée E ces dispositions, le préfet des Yvelines est compétent pour la détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile concernant les demandeurs domiciliés dans les Yvelines.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une attestation d'hébergement pour demandeur d'asile établie le 3 octobre 2022 E la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. B est hébergé et pris en charge au centre d'hébergement HUDA ACR SERENA à Saint-Germain-en-Laye dans le département des Yvelines depuis le 7 septembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a informé l'autorité préfectorale de sa résidence dans le département des Yvelines préalablement à l'intervention de l'arrêté en litige, ainsi qu'en atteste le renouvellement E le préfet des Yvelines, le 7 octobre 2022, de l'attestation de demande d'asile délivrée à M. B le 31 août 2022. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise était territorialement incompétent pour décider son transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 17 octobre 2022 E lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé le transfert de M. B aux autorités suédoises doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ".

7. Il y a lieu, E application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé de statuer à nouveau sur la situation de M. B au regard des motifs exposés au point 4, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, durant ce réexamen, une attestation de demande d'asile.

Sur les frais d'instance :

8. M. B a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. E suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hug de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B E le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 17 octobre 2022 E lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé le transfert de M. B aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande de protection internationale est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de statuer à nouveau sur la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, durant ce réexamen, une attestation de demande d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hug, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Hug la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée E le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet du Val-d'Oise et à Me Elsa Hug.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Rendu public E mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

S. ALe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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