vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2022 et 3 novembre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle repose ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle repose ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle repose ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a délégué Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Barkat, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui soutient que M. A réside en France depuis 17 ans, que ses frères et sœurs y résident également ainsi que ses enfants et qu'il a entamé un traitement de sevrage qu'il ne pourra poursuivre dans son pays d'origine ; ainsi la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- le préfet de l'Essonne n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a obligé M. A, ressortissant ivoirien né le 7 janvier 1987, à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité. Par le même arrêté, ladite autorité a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, régulièrement publié, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à M. D B, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il repose. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
5. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué, dont l'exactitude des mentions n'est pas contestée par M. A sur ce point, que ce dernier a refusé de répondre aux questions lors de son audition par la police aux frontières. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a méconnu le principe du contradictoire et son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
7. D'une part, M. A n'a pas été en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire français et il s'est maintenu en France sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, le requérant relève du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. D'autre part, si M. A soutient qu'après plusieurs années au cours desquelles il a souffert d'une addiction à l'alcool et aux drogues, il suit désormais un programme de sevrage, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'apprécier la nature exacte du traitement suivi par le requérant. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en raison de son état de santé, la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée fixant le pays à destination duquel M. A pourra être reconduit serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
11. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent jugement, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'apprécier la nature exacte du traitement suivi par M. A pour se sevrer de ses addictions. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des difficultés d'accès aux soins pour les personnes souffrant d'une addiction aux drogues.
Sur la légalité des décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée refusant à M. A un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté attaqué, que M. A a fait l'objet de plusieurs signalements ainsi que de deux condamnations judiciaires les 3 janvier et 3 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Paris. Ainsi, le préfet de l'Essonne était fondé, en application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à refuser un délai de départ volontaire au requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en raison de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
15. Enfin, si M. A soutient qu'il est père de deux enfants nés en France, il ne justifie pas de la réalité de ses allégations et ne produit, en tout état de cause, aucune pièce permettant d'apprécier l'intensité des liens qu'il entretient avec ces deux enfants. Il a par ailleurs déclaré, lors de sa mise sous écrou, être célibataire. Il ressort en outre de l'arrêté attaqué que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement datée du 23 juin 2021 qu'il n'a pas exécuté. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de M. A que le préfet de l'Essonne lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
S. E La greffière,
Signé
A. Sambaké
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026