mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 octobre 2022, 14 mars, 20 mars et 26 décembre 2023, Mme X D, M. B et Mme H R, Mme AA S, Mme Q E, Mme AC, M. D V, M. P L, Mme U Z, M. M et Mme I T, M. W et Mme F J, Mme O A, M. G, M. N et Mme K C, représentés par Me Julié, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler les décisions du 13 juillet 2021 par lesquelles l'établissement public foncier d'Ile-de-France a exercé son droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées AC 49 et AC 50, situées aux 52 et 54 rue de Corbeil à Etiolles, ainsi que la décision du 1er septembre 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'établissement public foncier d'Ile-de-France la somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;
- les décisions de préemption sont illégales, faute pour l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) d'avoir reçu l'accord de la commune d'Etiolles pour recevoir une délégation de compétence pour l'exercice du droit de préemption sur les parcelles litigieuses ; cet accord était nécessaire dès lors que les décisions de préemption ont pour effet de créer à Etiolles un quartier dédié aux logements sociaux, en méconnaissance de la volonté du conseil municipal exprimée le 14 juin 2021 ;
- les décisions de préemption attaquées sont tardives ;
- elles sont illégales en l'absence de justification par l'EPFIF d'un projet réel d'action ou d'opération répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ; l'EPFIF n'invoque qu'un projet virtuel d'implantation de 24 logements, qui est un projet-type transposable à n'importe quel terrain de même superficie ; l'étude de faisabilité qui a été réalisée ne prend en compte ni la nature argileuse du sol, qui imposera des travaux importants et coûteux de fondations, ni l'insuffisance de la voie en sens unique de la rue de Corbeil pour accueillir les allers et venues des 24 familles qui occuperont l'unité foncière des 52 et 54 rue de Corbeil, ni l'impossibilité d'aménager un accès adapté à l'unité foncière en violation de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;
- elles sont entachées d'erreur d'appréciation en ce que, d'une part, elles aboutissent à la création d'un quartier dédié aux logements sociaux, au mépris des engagements de la commune ; d'autre part, les règles locales d'urbanisme actuelles ne permettent pas la construction d'immeubles collectifs de 24 logements sur les terrains des 52 et 54 de la rue de Corbeil, et l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ne permet pas la délivrance d'un permis de construire pour l'opération projetée compte-tenu des caractéristiques de la voie de desserte ; enfin, le projet n'est réalisable qu'à la condition de modifier les conditions de circulation et la largeur de la voie d'accès au terrain d'assiette du projet, ce qui représente un coût excessif et disproportionné au regard de l'objectif poursuivi ;
- le projet ne répond pas à un intérêt général suffisant, dès lors que le projet aura un coût financier exorbitant ; il n'a pas été tenu compte du coût véritable de la construction des immeubles qui n'est qu'estimé grossièrement, du coût des travaux de fondations spécifiques qui vont être nécessaires compte-tenu de la nature argileuse du sol, du coût des travaux de réaménagement de la rue de Corbeil, ainsi que du coût de l'indemnisation des voisins immédiats qui demanderont, en justice, réparation pour la perte de valeur de leurs pavillons et pour les troubles de jouissance qu'ils vont subir ; ce projet, qui n'est pas nécessaire compte-tenu des nombreux autres programmes de logements sociaux lancés à Etiolles, viendra en outre bouleverser le cadre de vie du quartier pavillonnaire et se heurtera à une forte opposition de la population locale.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 février et 16 mai 2023, l'établissement public foncier d'Ile-de-France, représenté par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête ainsi que de l'intervention de l'association Etiolles Village, et à ce que la somme de 2 000 euros soit respectivement mise à la charge des requérants et de l'association Etiolles Village au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision de préemption relative au bien situé au 52 rue de Corbeil ;
- elle est irrecevable pour tardiveté ;
- elle est irrecevable en l'absence de qualité et d'intérêt pour agir des requérants ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- l'intervention de l'association Etiolles Village est irrecevable en ce que cette association a été créée le 21 juillet 2022, soit postérieurement aux décisions attaquées, de sorte qu'elle n'a pas d'intérêt à agir ; en outre, en se bornant à renvoyer à l'ensemble des moyens soulevés par les requérants, elle ne met pas le tribunal en mesure de statuer sur ses propres assertions ; subsidiairement, cette intervention n'est pas fondée.
Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 20 mars 2023, l'association Etiolles Village, représentée par Me Julié, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions à fin d'annulation de la requête.
Elle soutient que son intervention est recevable et s'associe aux moyens de la requête.
Par une ordonnance du 2 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2006-1140 du 13 septembre 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,
- les observations de Me Julié, représentant les requérants et l'association Etiolles Village, et celles de Me Bakari, représentant l'établissement public foncier d'Ile-de-France.
Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 14 mai 2024.
Une note en délibéré, présentée pour l'établissement public foncier d'Ile-de-France, a été enregistrée le 17 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d'Etiolles a reçu les 7 avril et 12 mai 2021 deux déclarations d'aliéner portant respectivement sur les parcelles cadastrées AC 49 et AC 50, situées au 52 et au 54 rue de Corbeil sur le territoire de la commune. Par deux décisions du 13 juillet 2021, l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a exercé le droit de préemption urbain sur ces biens. Mme X D, M. B R, Mme AA S, Mme Q E, Mme AC, M. D V, M. P L, Mme U Z, M. M et Mme I T, M. W et Mme F J, Mme O A, M. G, M. N et Mme K C ont formé un recours gracieux contre ces décisions, qui a été rejeté par l'EPFIF le 1er septembre 2022. Les requérants demandent l'annulation des décisions de préemption du 13 juillet 2021, ainsi que de la décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur l'intervention de l'association Etiolles Village :
2. Il ressort des statuts de l'association Etiolles Village que celle-ci a notamment pour objet social le contrôle et la surveillance de l'utilisation des deniers publics par la commune d'Etiolles ainsi que des décisions prises en matière d'urbanisme. Elle justifie ainsi d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien des conclusions à fin d'annulation des décisions de préemption présentées par les requérants. Par ailleurs, la circonstance que l'association ait été créée postérieurement aux décisions de préemption litigieuses est sans incidence sur son intérêt à intervenir. Enfin, cette intervention est suffisamment motivée. Par suite, elle est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence :
S'agissant du signataire du rejet du recours gracieux :
3. Les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée une décision rejetant un recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions d'une requête également dirigée contre la décision initiale prise par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 1er septembre 2022, qui rejette le recours gracieux formé par les requérants contre les décisions du 13 juillet 2021, serait entachée d'incompétence est inopérant et doit être écarté.
S'agissant du signataire des décisions de préemption :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 321-10 du code de l'urbanisme relatif aux établissements publics fonciers de l'Etat : " Le directeur général, dans les limites des compétences qui lui ont été déléguées, peut, par délégation du conseil d'administration, être chargé d'exercer au nom de l'établissement public foncier de l'Etat, de l'établissement public d'aménagement ou de l'établissement public Grand Paris Aménagement les droits de préemption dont l'établissement est titulaire ou délégataire et le droit de priorité dont l'établissement est délégataire ". Aux termes de l'article R. 321-12 de ce code : " Les actes à caractère réglementaire pris par délibération du conseil d'administration ou du bureau des établissements publics fonciers de l'Etat () sont publiés dans un recueil tenu par l'établissement dans les conditions fixées par le règlement intérieur ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 11 du décret du 13 septembre 2006 portant création de l'Etablissement public foncier d'Ile-de-France : " Le conseil d'administration règle par ses délibérations les affaires de l'établissement. / A cet effet, notamment : () / 10° Il adopte le règlement intérieur (). / Il peut déléguer au directeur général, dans les conditions qu'il détermine, l'exercice des droits de préemption et de priorité (). / En cas d'absence ou d'empêchement du directeur général, le conseil d'administration peut déléguer les mêmes pouvoirs aux directeurs généraux adjoints ainsi que l'exercice des droits de préemption et de priorité () ".
6. Enfin, l'EPFIF s'est doté, par une délibération de son conseil d'administration du 8 octobre 2015, publiée le 30 novembre 2015 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région d'Ile-de-France, d'un règlement institutionnel, modifié par une délibération du 26 juin 2020, régulièrement publiée le 4 août 2020 dans ce recueil. L'article 11 de ce règlement intérieur délègue au directeur général ou, en cas d'absence ou d'empêchement, aux directeurs généraux adjoints " son pouvoir en matière d'exercice des droits de préemption et de priorité ". L'article 14 de ce règlement intérieur prévoit que " Le directeur général, ou en cas d'absence ou d'empêchement les directeurs généraux adjoints, exercent sur délégation du conseil d'administration, les droits de préemption et de priorité dont l'établissement est titulaire ou délégataire ". Enfin, l'article 21 du même règlement prévoit que " les actes à caractère réglementaire sont publiés dans les recueils de l'établissement " et ajoute que " Les actes à caractère réglementaire du recueil font également l'objet d'une publication au " Registre des actes administratifs d'Ile-de-France ", ou à tout registre substitué " ainsi qu'à l'appui " d'un système d'horodatage () sur le site internet de l'établissement, sur lequel ils sont maintenus six mois pour les décisions de préemption et dix-huit mois pour les autres actes ".
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par une délibération n° A19-2-3 BIS du 20 juin 2019, le conseil d'administration de l'EPFIF a délégué à ses directeurs généraux adjoints, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur général, l'exercice des droits de préemption dont l'établissement est titulaire ou délégataire. Par une délibération du même jour, cette délégation a été introduite aux articles 11 et 14 du règlement intérieur de l'établissement. Or, la délibération n° A19-2-3 BIS a été publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France du 4 juillet 2019, ainsi que sur le site internet de l'EPFIF le 30 août 2019. Ainsi, alors qu'il résulte des dispositions de l'article 21 du règlement intérieur de l'EPFIF que c'est l'acte réglementaire " du recueil " de l'établissement qui fait l'objet d'une publication au registre des actes administratifs d'Ile-de-France, l'accomplissement de ces formalités permet, à lui seul, de donner une date certaine à la publication de la délibération n° A19-2-3 BIS du 20 juin 2019 qui doit, par suite, être regardée comme étant opposable aux tiers à partir du 4 juillet 2019 à défaut de disposition conditionnant cette opposabilité à la plus tardive des dates de publication mentionnées à l'article 21.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par une décision du 7 juillet 2021, le directeur général de l'EPFIF a constaté son empêchement pour l'exercice du droit de préemption et de priorité du 12 au 16 juillet inclus, et a indiqué que durant cette période l'exercice du droit de préemption et de priorité serait exercé par le directeur général adjoint opérationnel de l'établissement, M. Y AB. Or, et d'une part, dès lors que tout directeur général adjoint de l'EPFIF tient sa compétence, pour exercer le droit de préemption en cas d'empêchement du directeur général, des articles 11 et 14 du règlement intérieur de l'EPFIF cités au point 6, la décision du 7 juillet 2021 qui se borne à constater un tel empêchement pour la période du 12 au 16 juillet 2021 et à désigner M. AB pour l'exercice de ce droit durant cette absence, doit être regardée comme un acte de pure organisation du service dont la précision, et la publication ne sauraient constituer des conditions d'opposabilité de la compétence de M. AB pour signer les décisions attaquées. En tout état de cause, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision du 7 juillet 2021, qui mentionne les nom, prénom et fonction du délégataire de l'exercice du droit de préemption est suffisamment précise. D'autre part, le moyen des requérants tiré de ce que l'empêchement du directeur général sur la période concernée n'est pas établi, qui n'est assorti d'aucun élément circonstancié de nature à démontrer qu'il n'était pas constitué, doit être écarté.
9. En dernier lieu, la circonstance qu'il n'est pas établi que le poste de " directeur général adjoint en charge du pôle stratégie et ressources " existait à la date de la délibération du conseil d'administration de l'EPFIF déléguant aux directeurs généraux adjoints l'exercice du droit de préemption en cas d'empêchement du directeur général, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées, M. AB tenant des articles 11 et 14 du règlement intérieur de l'EPFIF cités au point 6, en sa seule qualité de directeur général adjoint, une délégation du conseil d'administration pour signer les décisions de préemption en cas d'absence ou d'empêchement du directeur général.
10. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions de préemption du 13 juillet 2021 doit être écarté dans toutes ses branches.
En ce qui concerne la tardiveté :
11. Aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. () Le titulaire du droit de préemption peut, dans le délai de deux mois prévu au troisième alinéa du présent article, adresser au propriétaire une demande unique de communication des documents () / () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption / () Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter () du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 213-3 de ce code : " Dans les articles L. 211-1 et suivants, L. 212-1 et suivants et L. 213-1 et suivants, l'expression " titulaire du droit de préemption " s'entend également, s'il y a lieu, du délégataire en application du présent article ". Aux termes du dernier alinéa de l'article D. 213-13-1 du même code : " Le délai mentionné au troisième alinéa de l'article L. 213-2 reprend à compter de la visite du bien ou à compter du refus exprès ou tacite de la visite du bien par le propriétaire ".
12. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne, titulaire du droit de préemption urbain sur le territoire de la commune d'Etiolles compte-tenu de sa carence en matière de logements sociaux, a formé auprès des propriétaires, pour chacun des biens concernés, une demande unique de communication de documents ainsi qu'une demande de visite des biens. Ces demandes ayant été formées dans le délai de deux mois suivant la réception, par la commune, de chacune des deux déclarations d'intention d'aliéner, le délai d'exercice du droit de préemption a été suspendu.
13. Il ressort également des pièces du dossier que par deux arrêtés du 7 juillet 2021, le préfet de l'Essonne a délégué à l'EPFIF l'exercice du droit de préemption pour l'acquisition des biens litigieux, situés au 52 et au 54 rue de Corbeil. Le moyen tiré de ce que l'EPFIF, délégataire du droit de préemption, ne bénéficiait pas de la suspension du délai résultant des demandes de visites et de documents formées par le préfet n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, ni d'aucun principe général du droit que la délégation du droit de préemption en cours de procédure aurait une incidence sur le cours du délai de préemption vis-à-vis du propriétaire intéressé ou de l'acquéreur évincé. Par suite, le moyen tiré du caractère tardif des décisions de préemption du 13 juillet 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne l'accord de la commune :
14. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () Pendant la durée d'application d'un arrêté préfectoral pris sur le fondement de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, le droit de préemption est exercé par le représentant de l'Etat dans le département lorsque l'aliénation porte sur un des biens ou droits énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 213-1 du présent code, affecté au logement ou destiné à être affecté à une opération ayant fait l'objet de la convention prévue à l'article L. 302-9-1 précité. Le représentant de l'Etat peut déléguer ce droit () à un établissement public foncier créé en application des articles L. 321-1 ou L. 324-1 du présent code (). Les biens acquis par exercice du droit de préemption en application du présent alinéa doivent être utilisés en vue de la réalisation d'opérations d'aménagement ou de construction permettant la réalisation des objectifs fixés dans le programme local de l'habitat ou déterminés en application du premier alinéa de l'article L. 302-8 du même code. () ".
15. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 23 décembre 2020, le préfet de l'Essonne a prononcé la carence de la commune d'Etiolles pour la période triennale 2017-2019 en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, compte-tenu de l'insuffisance du nombre de ses logements sociaux. Le préfet de l'Essonne, qui était ainsi titulaire du droit de préemption sur la commune d'Etiolles, a, ainsi qu'il est dit au point 13, délégué à l'EPFIF, par deux arrêtés du 7 juillet 2021, l'exercice du droit de préemption pour l'acquisition des biens cadastrés AC 49 et AC 50, situés au 52 et au 54 rue de Corbeil. Dans ces conditions, la circonstance que par un avenant du 25 juin 2021, une clause a été insérée dans la convention d'intervention foncière conclue le 12 février 2019 entre la commune d'Etiolles et l'EPFIF, afin de permettre à l'EPFIF d'exercer, avec l'accord de la commune, le droit de préemption en dehors des périmètres d'intervention mentionnés par la convention est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Ainsi, l'EPFIF, qui agissait sur délégation du préfet de l'Essonne, n'avait pas à obtenir l'accord préalable de la commune d'Etiolles pour prendre les décisions de préemption contestées, et ce alors même que les parcelles préemptées ne se situent pas dans les périmètres d'intervention fixés initialement par la convention. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la commune d'Etiolles a bien donné son accord pour les deux préemptions litigieuses. Le moyen tiré de l'illégalité des décisions attaquées en l'absence d'accord de la commune d'Etiolles doit par conséquent être écarté en toute hypothèse.
En ce qui concerne la réalité et l'intérêt général du projet :
16. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. () ".
17. Il résulte des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme mentionné au point précédent que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Le juge de l'excès de pouvoir vérifie si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit.
18. En premier lieu, il ressort de la convention d'intervention foncière conclue le 12 février 2019 entre la commune d'Etiolles et l'EPFIF, confiant notamment à ce dernier une mission de veille foncière en vue de l'acquisition de parcelles sur un périmètre défini, que cette convention s'inscrit dans l'objectif poursuivi par la commune d'Etiolles de création de 100 logements, dont 25 % de logements locatifs sociaux. Par un avenant n° 1 du 25 juin 2021, une clause a été insérée dans la convention d'intervention foncière afin de permettre à l'EPFIF d'exercer, avec l'accord de la commune, le droit de préemption en dehors des périmètres d'intervention mentionnés par la convention, les opérations ainsi réalisées devant comporter au moins 30% de logements sociaux. En outre, par un arrêté du 23 décembre 2020, le préfet de l'Essonne a prononcé la carence de la commune d'Etiolles pour la période triennale 2017-2019, pour laquelle l'objectif de réalisation de 66 logements sociaux n'a pas été atteint. Par ailleurs, la réalité du projet en litige est également attestée par une étude de capacité, portant sur les parcelles situées aux nos 52 et 54 rue de Corbeil, qui a été réalisée par la société Immobilière 3F en juin 2021, soit antérieurement aux décisions attaquées, en vue de la création de deux bâtiments comprenant chacun 12 logements sociaux, pour une surface de plancher totale de 1 552 m2. La commune a enfin informé l'EPFIF, par un courrier du 6 juillet 2021, de son choix de retenir la candidature du groupe Immobilière 3F. La réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement sur le territoire de la commune d'Etiolles est donc établie.
19. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet ne serait pas réalisable compte-tenu des caractéristiques de la voie d'accès au terrain d'assiette et de la nature du sol. A cet égard, la commune d'Etiolles étant dotée d'un plan local d'urbanisme (PLU), les requérants ne peuvent pas utilement faire valoir que l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ne permet pas la délivrance d'un permis de construire pour l'opération projetée, ces dispositions n'étant pas applicables aux communes dotées d'un PLU. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait impossible, compte-tenu de la configuration des lieux, d'élargir la chaussée et d'aménager, dans des conditions de sécurité suffisantes, la portion de rue entre les parcelles concernées et la route départementale afin de permettre le croisement des véhicules. Ainsi, il n'est pas établi que le projet présenterait un risque pour la sécurité publique.
20. En dernier lieu, la réalisation de logements sociaux dans la commune d'Etiolles, carencée sur ce point, répond à un intérêt général suffisant pour justifier l'exercice du droit de préemption. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions attaquées auraient pour effet d'aboutir à la création d'un quartier dédié aux logements sociaux dans la commune, ces parcelles se trouvant dans un secteur essentiellement pavillonnaire. Il n'est pas davantage établi que le projet présenterait un coût prohibitif et disproportionné au regard de l'objectif poursuivi.
21. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence d'un projet d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, ainsi que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, doivent être écartés.
22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPFIF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D et autres la somme de 1 800 euros à verser à l'EPFIF au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'association Etiolles Village est admise.
Article 2 : La requête de Mme X D, M. B R, Mme AA S, Mme Q E, Mme AC, M. D V, M. P L, Mme U Z, M. M et Mme I T, M. W et Mme F J, Mme O A, et M. G, M. N et Mme K C, est rejetée.
Article 3 : Les requérants verseront, ensemble, à l'établissement public foncier d'Ile-de-France la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme X D, première dénommée, en sa qualité de représentant unique, à l'établissement public foncier d'Ile-de-France, et à l'association Etiolles Village.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026