jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208182 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP LONQUEUE SAGALOVITSCH EGLIE RICHTERS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er novembre 2022, M. B E, assisté par ses curateurs M. et Mme E et représenté par Me Lecour, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au département de l'Essonne, à compter de l'ordonnance à intervenir :
* de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les employés du prestataire de service intervenant à son domicile puissent, à sa demande et s'ils en conviennent, l'alimenter, l'hydrater et lui administrer les médicaments nécessaires par voie de gastrostomie percutanée endoscopique (GPE) ;
* de ne pas interférer dans son choix de confier à des auxiliaires de vie, employés du prestataire intervenant à son domicile, le soin de réaliser pour lui certains gestes de vie qu'il aurait accomplis s'il avait l'usage de ses membres supérieurs tels ceux consistant à l'alimenter, l'hydrater et lui administrer des médicaments ;
* de prendre en charge financièrement tout acte qu'il délègue aux auxiliaires de vie de son choix, employés de la société prestataire intervenant à son domicile, et de ne pas remettre en cause l'agrément de cette société ;
2°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France de prendre toutes dispositions utiles pour qu'une offre de prise en charge adaptée et effective de soins infirmiers lui soit présentée afin qu'il puisse bénéficier chaque jour de la semaine de soins nécessaires à son existence ;
3°) de mettre à la charge du département de l'Essonne et/ou de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France la somme de 2 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que, depuis que les auxiliaires de vie de la société prestataire " Tout à dom services " l'ont informé à la fin du mois d'août 2022 qu'ils n'étaient plus en mesure, juridiquement, de l'alimenter et de l'hydrater par voie de GPE, sa santé, tant physique que psychique, ainsi que sa vie quotidienne au sein de son habitat inclusif ont été profondément impactées ;
- certains jours, il n'est pas alimenté ou hydraté à hauteur de sa ration normale ; ne pesant que 48 kilos, la moindre perte de poids a des conséquences importantes sur sa santé ;
- malgré les demandes répétées auprès de l'administration, tant par le biais de ses parents que par celui de l'association T'Handiquoi qui l'héberge, aucune solution pérenne n'a été trouvée ; le cabinet d'infirmier qui se déplaçait jusqu'alors pour notamment entretenir sa GPE l'a informé qu'il n'interviendrait plus à compter du 31 octobre 2022 et aucun professionnel ne vient l'alimenter et l'hydrater deux soirs par semaine et le week-end ;
- à ce jour, il est contraint de rester à son domicile dans l'attente que quelqu'un vienne le nourrir et l'hydrater, au détriment de ses activités habituelles qui assuraient son inclusion dans la vie de la cité ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale :
- en considérant que son alimentation et son hydratation par GPE constituaient un acte technique qui recouvrirait la qualification d'acte infirmiers de sorte qu'une auxiliaire de vie ne pourrait pas l'assumer, le département a porté une atteinte grave et illégale au droit au respect de sa vie, de sa dignité, de son autonomie et de sa vie privée et familiale ainsi qu'à son droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé ;
- si, en application de l'article R. 4311-5 du code de la santé publique, dont se prévaut le département, l'administration de l'alimentation par sonde gastrique relève du rôle propre de l'infirmier, il existe toutefois, en vertu de l'article L. 1111-6-1 de ce même code une exception à ce principe pour la personne handicapée durablement empêchée, qui peut confier à la personne de son choix, et sans condition de diplôme, le soin d'accomplir les gestes liés à des soins prescrits par un médecin afin de favoriser son autonomie ; il peut ainsi choisir de confier aux auxiliaires de vie de la société " Tout à dom services " le soin de le nourrir, de l'hydrater et de lui administrer des médicaments ;
- par ailleurs, en ne prenant aucune mesure lui permettant de recevoir des soins infirmiers depuis le 31 octobre 2022, l'agence régionale de santé a porté atteinte à son droit à obtenir des traitements appropriés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, l'agence régionale de santé d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, le département de l'Essonne, présenté par Me Sagalovtisch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. E une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 novembre 2022 à 11 heures, en présence de Mme Bridet, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Degorce, juge des référés ;
- les observations de Me Lacour, représentant M. E, qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Richardeau, représentant le département de l'Essonne, qui persiste dans ses précédentes écritures ;
- les observations de Mme C de Sousa, pour l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, qui persiste dans ses précédentes écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h48.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, né le 11 juillet 1991, souffre d'une hypoplasie ponto-cérébelleuse de type 2 entraînant diverses pathologies neurologiques, gastroentérologiques, ORL et ophtalmologiques. Dépendant pour tous les gestes de la vie quotidienne, il a pu, grâce à l'association T'Handiquoi fondée notamment par son frère et sa sœur, emménager en 2017 dans un lieu de vie partagé avec deux autres colocataires, adapté à son état de santé et favorisant son développement, son autonomie et son implication au sein de différentes activités culturelles et artistiques. Une convention de partenariat dans le cadre d'une mutualisation des heures de prestations de compensation du handicap (PCH) a ainsi été signée entre le département de l'Essonne, l'association T'Handiquoi, gérante de cet habitat inclusif, et la société " Tout à dom services ", employeur d'une équipe d'auxiliaires de vie dédiée, 24 heures sur 24, à cette colocation. En juin 2020, son état gastroentérologique s'est aggravé et a nécessité la pose d'une gastrostomie percutanée endoscopique (GPE) pour le nourrir, l'hydrater et lui administrer, le cas échéant, des médicaments lorsqu'aucune prise orale n'est possible. Ces actes étaient alors assurés à son domicile tant par son assistant de vie, qu'il emploie directement, que par l'équipe d'auxiliaires de la société " Tout à dom services " tandis que deux cabinets d'infirmiers se chargeaient, l'un le matin, l'autre le soir, de l'administration de deux injections par jour, de l'entretien quotidien de sa GPE et de la gestion de son transit le soir.
2. A l'été 2022, à la suite d'un audit interne, cette société a demandé au département de l'Essonne si ses auxiliaires étaient habilités à nourrir et hydrater M. E par GPE. Par courriel du 18 juillet 2022, le département a considéré que de tels actes, par leur technicité et la nécessité d'une prescription médicale, recouvraient la qualification d'actes infirmiers et non d'actes de la vie quotidienne. Il engageait la société à mettre fin à de telles pratiques en précisant qu'elles ne pouvaient être prises en charge par le département et qu'elles étaient susceptibles d'engager sa responsabilité. Par courriel du 8 août 2022, la société " Tout à dom services " a ainsi averti M. E et sa famille que ses équipes ne pourraient plus l'alimenter et l'hydrater par GPE à compter du 4 septembre 2022. Le cabinet d'infirmiers intervenant le soir a accepté, dans un premier temps, de s'occuper, en plus de ses autres missions, des soins liés à l'alimentation et l'hydratation par GPE avant de l'informer, le 16 septembre 2022, qu'il cesserait définitivement toute intervention à compter du 30 octobre 2022 en raison du manque de temps et de la faible rémunération des actes de soins prodigués.
3. M. E n'ayant trouvé aucun autre cabinet d'infirmiers pour procéder à son alimentation et son hydratation par GPE et pour prendre en charge les soins infirmiers qui lui sont prodigués deux soirs par semaine et le week-end, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au département de l'Essonne de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les employés de la société " Tout à dom services " puissent, à sa demande et s'ils en conviennent, l'alimenter, l'hydrater et lui administrer les médicaments nécessaires par GPE, de ne pas interférer dans son choix de confier à des auxiliaires de vie, employés du prestataire intervenant à son domicile, le soin de réaliser pour lui certains gestes de vie qu'il aurait accomplis s'il avait l'usage de ses membres supérieurs et de prendre en charge financièrement tout acte qu'il délègue aux auxiliaires de vie de son choix, employés de la société prestataire intervenant à son domicile, et de ne pas remettre en cause l'agrément de cette société. Il demande également que soit enjoint à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France de prendre toutes dispositions utiles pour qu'une offre de prise en charge adaptée et effective de soins infirmiers lui soit présentée afin qu'il puisse bénéficier chaque jour de la semaine de soins nécessaires à son existence.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'office du juge des référés :
4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai et qu'il est possible de prendre utilement de telles mesures. Celles-ci doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
En ce qui concerne les libertés fondamentales invoquées :
6. D'une part, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit à la vie : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. ". Aux termes de l'article 3 de la même convention, relatif à l'interdiction de la torture : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1110-1 du code de la santé publique : " Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne. Les professionnels et les établissements de santé, les organismes d'assurance maladie ou tous autres organismes ou dispositifs participant à la prévention, aux soins ou à la coordination des soins, et les autorités sanitaires contribuent, avec les collectivités territoriales et leurs groupements, dans le champ de leurs compétences respectives fixées par la loi, et avec les usagers, à développer la prévention, garantir l'égal accès de chaque personne aux soins nécessités par son état de santé et assurer la continuité des soins et la meilleure sécurité sanitaire possible. ". Aux termes L. 1110-2 de ce même code : " La personne malade a droit au respect de sa dignité. ". Aux termes de l'article
L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () ". Aux termes de l'article L. 1110-8 de ce même code : " Le droit du malade au libre choix de son praticien et de son établissement de santé et de son mode de prise en charge, sous forme ambulatoire ou à domicile () est un principe fondamental de la législation sanitaire. ". Aux termes de l'article L. 1111-4 du même code : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé () ".
7. Les stipulations précitées des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales obligent les Etats signataires non seulement à ne pas donner la mort illégalement ni infliger des peines ou traitements inhumains et dégradants, mais aussi à prendre toutes les mesures utiles pour protéger la vie et la dignité humaine. Pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le droit au respect de la vie et le droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de cet article. En outre, une action ou une carence caractérisée d'une autorité administrative dans l'usage des pouvoirs que lui confère la loi pour mettre en œuvre le droit de toute personne de recevoir, sous réserve de son consentement libre et éclairé, les traitements et les soins appropriés à son état de santé, tels qu'appréciés par le médecin, peut faire apparaître, pour l'application de ces dispositions, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle risque d'entraîner une altération grave de l'état de santé de la personne intéressée.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
8. Il résulte de l'instruction que, suite au courriel du département de l'Essonne du 18 juillet 2022 l'enjoignant de cesser tout acte relevant des soins d'infirmiers, la société " Tout à dom services " n'assure plus, depuis le 4 septembre 2022, les soins permettant l'alimentation et l'hydratation de M. E par GPE. Si le cabinet d'infirmiers chargé des soins du soir a pu, provisoirement prendre en charge ces gestes médicaux, il a cependant informé M. E et sa famille qu'il ne serait plus en mesure d'intervenir à son domicile à compter du 31 octobre 2022. Il est ainsi constant qu'à ce jour, aucune solution pérenne n'a été mise en place et que deux soirs par semaine et le week-end, M. E ne reçoit aucune alimentation ni hydratation complémentaire ni aucun entretien quotidien de sa GPE, ni enfin aucune gestion de son transit le soir, mettant en danger sa santé, tant physique que psychique. De tels faits caractérisent une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale :
S'agissant du département de l'Essonne :
9. D'une part, aux termes de l'article L. 1111-6-1 du code de la santé publique : " Une personne durablement empêchée, du fait de limitations fonctionnelles des membres supérieurs en lien avec un handicap physique, d'accomplir elle-même des gestes liés à des soins prescrits par un médecin, peut désigner, pour favoriser son autonomie, un aidant naturel ou de son choix pour les réaliser. La personne handicapée et les personnes désignées reçoivent préalablement, de la part d'un professionnel de santé, une éducation et un apprentissage adaptés leur permettant d'acquérir les connaissances et la capacité nécessaires à la pratique de chacun des gestes pour la personne handicapée concernée. Lorsqu'il s'agit de gestes liés à des soins infirmiers, cette éducation et cet apprentissage sont dispensés par un médecin ou un infirmier. Les conditions d'application du présent article sont définies, le cas échéant, par décret. "
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 7° Les établissements et les services () qui accueillent des personnes handicapées, quel que soit leur degré de handicap ou leur âge, ou des personnes atteintes de pathologies chroniques, qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ou bien qui leur assurent un accompagnement médico-social en milieu ouvert ; () ". Aux termes de l'article L. 313-26 du code de l'action sociale et des familles : " Au sein des établissements et services mentionnés à l'article L. 312-1, lorsque les personnes ne disposent pas d'une autonomie suffisante pour prendre seules le traitement prescrit par un médecin à l'exclusion de tout autre, l'aide à la prise de ce traitement constitue une modalité d'accompagnement de la personne dans les actes de sa vie courante. L'aide à la prise des médicaments peut, à ce titre, être assurée par toute personne chargée de l'aide aux actes de la vie courante dès lors que, compte tenu de la nature du médicament, le mode de prise ne présente ni difficulté d'administration ni d'apprentissage particulier. Le libellé de la prescription médicale permet, selon qu'il est fait ou non référence à la nécessité de l'intervention d'auxiliaires médicaux, de distinguer s'il s'agit ou non d'un acte de la vie courante. () ". Aux termes de l'article D. 312-6 du code de l'action sociale et des familles : " " Conformément aux dispositions des 6° et 7° du I de l'article L. 312-1, les services d'aide et d'accompagnement à domicile concourent notamment : () 3° Au maintien et au développement des activités sociales et des liens avec l'entourage. Ils assurent au domicile des personnes ou à partir de leur domicile des prestations d'aide à la personne pour les activités ordinaires de la vie et les actes essentiels lorsque ceux-ci sont assimilés à des actes de la vie quotidienne, hors ceux réalisés, sur prescription médicale, par les services mentionnés à l'article D. 312-1 à moins que ces actes ne soient exécutés dans les conditions prévues par l'article
L. 1111-6-1 du code de la santé publique () ".
11. Il résulte de ces dispositions qu'une personne durablement empêchée, du fait de limitations fonctionnelles des membres supérieurs en lien avec un handicap physique, d'accomplir elle-même des gestes liés à des soins prescrits par un médecin, peut désigner, pour favoriser son autonomie, un aidant naturel ou de son choix pour les réaliser. Ces gestes, liés aussi bien aux actes de la vie ordinaire qu'aux actes infirmiers réalisés sur prescription médicale, peuvent être accomplis par les services d'aides et d'accompagnement à domicile à condition, pour les seconds, qu'une éducation et un apprentissage leur aient été dispensés par un médecin ou un infirmier.
12. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par courriel du 18 juillet 2022, le département de l'Essonne a enjoint à la société " Tout à dom services " de cesser d'alimenter et d'hydrater M. E par GPE, au motif que de tels gestes ne relevaient pas de la compétence des services d'aides et d'accompagnement à domicile mais de celles des services d'infirmiers. Etait également indiqué que ces gestes médicaux ne seraient pas pris en charge financièrement s'ils continuaient à être accomplis et pourraient remettre en cause son autorisation et engager sa responsabilité. Il résulte en outre de l'instruction que M. E, dont la conscience libre et éclairée ressort sans conteste des pièces du dossier, a fait part à de nombreuses reprises de sa volonté d'être nourri et hydraté à son domicile par l'équipe d'auxiliaires de vie de la société " Tout à dom services " dédiée à sa colocation, qu'il souhaite désigner " aidant " au sens des dispositions de l'article L. 1111-6-1 du code de la santé publique après une formation que l'équipe médicale du service gastroentérologie de l'hôpital Beaujon de Clichy est prête à dispenser ainsi qu'il ressort du courrier rédigé le 15 septembre 2022 par le Pr A. Alors qu'il est constant par ailleurs que l'état de santé physique et psychique de M. E s'est fortement dégradé depuis qu'il a été décidé que ces soins devaient être effectués par un cabinet d'infirmiers et, d'autre part, qu'aucun cabinet d'infirmiers n'apparaît en mesure d'assurer son alimentation et son hydratation complémentaire par GPE deux soirs par semaine et le week-end, le département de l'Essonne, en refusant que la société " Tout à dom services " se charge de ces soins, a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie et de sa dignité ainsi qu'à son droit de recevoir les traitements et soins appropriés à son état de santé.
13. Au vu de ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre au département de l'Essonne, à compter de la notification de la présente ordonnance, de ne pas interférer dans le choix de M. E de confier à l'équipe d'auxiliaires de vie employés par la société " Tout à dom services " dédiée à sa colocation, qu'il aura préalablement désignée comme " aidant " au sens de l'article L. 1111-6-1 du code de la santé publique, le soin de réaliser pour lui certains gestes de vie qu'il aurait accomplis s'il avait l'usage de ses membres supérieurs tels ceux consistant à l'alimenter, l'hydrater et lui administrer des médicaments par GPE et de prendre en charge financièrement tout acte délégué à ces personnes aidantes.
S'agissant de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France :
14. Aux termes de l'article L. 1431-2 du code de la santé publique : " Les agences régionales de santé sont chargées, en tenant compte des particularités de chaque région et des besoins spécifiques de la défense : () 2° De réguler, d'orienter et d'organiser, notamment en concertation avec les professionnels de santé et les acteurs de la promotion de la santé, l'offre de services de santé, de manière à répondre aux besoins en matière de prévention, de promotion de la santé, de soins et de services médico-sociaux, aux besoins spécifiques de la défense et à garantir l'efficacité du système de santé. A ce titre : () c) Elles veillent à ce que la répartition territoriale de l'offre de prévention, de promotion de la santé, de soins et médico-sociale permette de satisfaire les besoins de santé de la population () ".
15. Il résulte de l'instruction que, depuis la démission, à compter du 30 octobre 2022, du cabinet d'infirmiers chargé de réaliser les soins du soir prodigués à M. E, ce dernier ne bénéficie plus, à raison de deux soirs par semaine et le week-end, des soins d'entretien quotidien de sa GPE et de la gestion de son transit, soins que seuls des infirmiers, au regard de leur technicité, peuvent prendre en charge.
16. Eu égard aux compétences visées au c) du 2° de l'article L. 1431-2 du code de la santé publique, l'agence régionale de santé ne dispose d'aucun pouvoir de coercition pour imposer à un cabinet d'infirmiers de réaliser les soins médicaux de M. E deux fois par semaine et le week-end. Toutefois, cette absence de pouvoir ne dispense pas pour autant l'agence régionale de santé d'Ile-de-France d'exercer pleinement les compétences et les prérogatives qui lui sont confiées par la loi pour s'assurer que l'offre de soins est adaptée aux besoins de
M. E. Il résulte toutefois de l'instruction qu'elle a déjà fait des diligences en ce sens en faisant intervenir le dispositif d'appui à la coordination Santé Nord 91, en application de l'article L. 6327-2 du code de la santé publique, chargé de se prononcer sur la situation du requérant. En l'absence de toute précision sur les moyens dont pourrait disposer l'agence régionale de santé pour lui offrir une prise en charge adaptée et effective de soins infirmiers et au regard des diligences déjà accomplies, il n'est pas justifié, en l'état de l'instruction, d'une carence caractérisée de l'administration dans l'usage des pouvoirs que lui confère la loi pour mettre en œuvre le droit de M. E de recevoir, sous réserve de son consentement libre et éclairé, les traitements et les soins appropriés à son état de santé.
Sur les frais d'instance :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Essonne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros qui sera versée à M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que le département de l'Essonne demande au titre de ces dispositions.
O R D O N N E:
Article 1er : Il est enjoint au département de l'Essonne, à compter de la notification de la présente ordonnance, de ne pas interférer dans le choix de M. E de confier à l'équipe d'auxiliaires de vie employés par la société " Tout à dom services " dédiée à sa colocation, qu'il aura préalablement désignée comme " aidant " au sens de l'article L. 1111-6-1 du code de la santé publique, le soin de réaliser pour lui certains gestes de vie qu'il aurait accomplis s'il avait l'usage de ses membres supérieurs tels ceux consistant à l'alimenter, l'hydrater et lui administrer des médicaments par GPE et de prendre en charge financièrement tout acte délégué à ces personnes aidantes.
Article 2 : Il est mis à la charge du département de l'Essonne une somme de 1 500 euros à verser à M. E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M B E, Mme F E, M. D E, au département de l'Essonne et à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France.
Fait à Versailles, le 3 novembre 2022.
La juge des référés,
Signé
Ch. DegorceLa greffière,
Signé
V. Bridet
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026