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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208240

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208240

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Antoine Lebon, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté en date du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il ne fixe pas le pays de destination contrairement aux exigences de l'article L. 612 12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'elle établit résider habituellement en France depuis plus de dix ans ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces au dossier, qui ont été enregistrées le 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jauffret, premier conseiller,

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine, née le 22 août 1979 à Ain Erreggada, demande l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C, dont les éléments sur lesquels le préfet des Yvelines s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, cet arrêté, qui n'avait pas à faire mention de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme C, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ()". Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". La délivrance d'une carte de séjour au titre de la vie privée et familiale n'étant pas traitée par l'accord franco-marocain, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers, et notamment celles relatives à l'article L. 435-1, en ce qu'il permet d'obtenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sont applicables.

4. D'une part, si Mme C fait valoir que, contrairement aux énonciations de l'arrêté attaqué, elle résidait en France depuis plus de dix ans à la date de ce dernier, elle ne l'établit pas par les pièces versées au dossier devant le tribunal. En particulier, les documents produits pour l'année 2012 et le début de l'année 2013, à savoir un document Navigo imprimé au mois de mars 2012, mais non signé, un document de téléphonie mobile, une carte d'aide médicale de l'Etat du mois de juillet 2012, et deux ordonnances médicales datées de janvier et avril 2013, sont insuffisants pour établir une présence continue au cours de la période septembre 2012 - juin 2013. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour.

5. D'autre part, Mme C, qui n'exerce pas d'activité professionnelle, fait valoir qu'elle réside en France avec son époux et ses trois enfants nés en France, dont l'un a été orienté vers un service d'éducation spéciale et de soins à domicile en raison d'une déficience intellectuelle. Toutefois, il est constant que l'époux de Mme C, de nationalité marocaine, est dépourvu de titre de séjour. Par ailleurs, les enfants de A C étaient encore très jeunes à la date de l'arrêté contesté et il ne ressort pas des pièces du dossier que son enfant bénéficiant d'une prise en charge spécialisée ne pourrait recevoir au Maroc les soins adaptés à son état de santé. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas, en refusant d'admettre exceptionnellement Mme C au séjour, commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles évoquées ci-dessus au point 5, le préfet de l'Essonne n'a pas, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire, porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a pas, dès lors, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, si Mme C invoque les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relative au droit au procès équitable, elle n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, un tel moyen serait inopérant à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour.

8. En cinquième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui disposent que ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire l'étranger mineur de dix-huit ans, dès lors que l'obligation de quitter le territoire en litige n'a pas été édictée à l'encontre de ses enfants mineurs.

9. En sixième et dernier lieu, en prévoyant que Mme C pourra être reconduite à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible, le préfet a défini avec suffisamment de précision le pays de renvoi. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

Mme Lutz, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

E. Jauffret

Le président

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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