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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208271

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208271

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre et 8 novembre 2022, M. H C, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris en compte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme I pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 novembre 2022 :

- le rapport de Mme I ;

- les observations de Me Debord, avocat désigné d'office représentant M. C, assisté de M. F, interprète en langue pachto, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit à un recours juridictionnel effectif et le principe d'égalité des armes dès lors que M. C est convoqué le 17 novembre 2022 à audience pour laquelle il est partie civile ;

- les observations de M. C ;

- et de Mme D, représentant le préfet du Val-d'Oise, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H C, ressortissant pakistanais né le 13 octobre 1995, est entré en France en 2018 démuni de visa, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. C a été contrôlé le 2 novembre 2022 par les effectifs de police du commissariat de Gonesse, aux abords de la gare de Villiers-le-Bel en possession de produits stupéfiants et placé en garde à vue pour ce motif. Par un arrêté du 3 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a abrogé le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'une part l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022 en tant qu'il a lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, et d'autre part l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2022 en tant qu'il a refusé de lui accorder un délai de délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a également ordonné le placement en centre de rétention de M. C. Ce placement en rétention a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours à compter du 5 novembre 2022 par une ordonnance du 6 novembre 2022 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2022 :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 22-145 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 95 du même jour de la préfecture du Val-d'Oise, Mme B E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu d'une part que l'intéressé est entré en France le 23 octobre 2018 démuni de visa et d'autre part que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 juin 2019, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 décembre 2020. En outre, pour prendre cette décision, le préfet du Val-d'Oise a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Il ressort également des termes de l'arrêté contesté, que pour fixer le pays à destination duquel M. C serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si M. C soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il y a donc lieu, par suite, de l'écarter.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

7. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 3 novembre 2022 signé par M. C, qu'il a été interrogé par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Par ailleurs, il n'est pas établi que l'intéressé disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la mesure d'éloignement ne fait pas obstacle à ce que M. C se fasse représenter par un conseil lors de l'audience d'intérêts civils prévue le 17 novembre 2022 et pour laquelle il s'est constitué partie civile dans une affaire de tentative de meurtre dont il a été victime. En tout état de cause, la décision attaquée ne préjuge pas des démarches ultérieures que l'intéressé pourrait être conduit à faire et n'a en particulier pas pour objet ou pour effet de faire obstacle à ce qu'un visa de court séjour lui soit potentiellement délivré aux fins de se rendre en France pour les besoins de la procédure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours juridictionnel effectif et du principe de l'égalité des armes ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : 9° () L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ;() ". Et aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été victime, le 27 mars 2020, d'une tentative de meurtre par arme à feu sein de son foyer d'hébergement au Havre. Par un jugement du 30 avril 2021, le tribunal administratif de Rouen a annulé l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Eure a fait obligation à M. C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux et a enjoint au réexamen de sa situation. Il ressort également des termes de l'arrêté attaqué, que consécutivement à cette injonction, sa situation a été réexaminée le 25 novembre 2021 dans le cadre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. M. C soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 avril 2022 n'a pas été pris en compte. Il ressort toutefois de cet avis, versé au dossier par le préfet du Val-d'Oise, que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, bénéficier d'un traitement approprié, et au surplus voyager sans risque pour sa santé. M. C qui verse au dossier plusieurs documents médicaux, lesquels sont au demeurant antérieurs à l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 avril 2022, n'apporte aucun élément probant susceptible de remettre en cause cet avis, ni ne démontre au surplus que des soins appropriés à son état de santé, notamment les médicaments qui lui sont prescrits, ne seraient pas effectivement disponibles dans son pays d'origine ou enfin qu'il ne pourrait voyager sans risque pour sa santé. Par ailleurs, interrogé à l'audience sur son état de santé et sur les séquelles de l'attaque par arme à feu dont il a fait l'objet, l'intéressé s'est borné à déclarer qu'il était " malade " sans étayer ses propos, ni apporter de précisions supplémentaires. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'état de santé de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". et aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

15. M. C, dont la demande d'asile a été rejeté par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 juin 2019, et par la Cour nationale du droit d'asile le 9 décembre 2020, fait état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine en raison des violences qui y ont lieu. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de ces allégations. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 12, M. C n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine de manière effective d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2022 :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, par un arrêté n° 22-145 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 95 du même jour de la préfecture du Val-d'Oise, M. G A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les dispositions du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet a relevé que M. C a explicitement déclaré au cours de son audition du 3 novembre 2022 son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, et a ainsi retenu qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Il ressort également des termes de l'arrêté contesté que, pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a relevé que l'intéressé ne bénéficiait d'aucune circonstance humanitaire. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, si M. C soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucun précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il y a donc lieu, par suite, de l'écarter.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;() ".

21. Il résulte des indications portées dans l'arrêté attaqué que pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur plusieurs motifs de fait et de droit.

22. La décision repose, d'une part, sur le fait que le comportement de M. C constituerait une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été contrôlé par les services de police aux abords de la gare de Villiers-le-Bel, le 2 novembre 2022, en possession de cannabis et placé en garde à vue pour ce motif. Toutefois, la circonstance que l'intéressé a été interpellé pour de tels faits ne permet pas d'en établir la réalité et, en se bornant à produire le procès-verbal d'audition établi par les forces de l'ordre à l'occasion de cette interpellation, le préfet ne peut être regardé comme apportant la preuve de la matérialité de ces faits. Il s'en suit que le motif tenant à l'existence d'une menace pour l'ordre public ne peut donc, en l'état, être regardé comme fondé. La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est donc, sur ce point, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ainsi que le soutient à bon droit le requérant.

23. Toutefois, il ressort, d'autre part, des motifs de l'arrêté attaqué que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire repose également sur le risque que M. C se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ainsi que le prévoient les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au soutien du risque de soustraction, le préfet relève que M. C a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ainsi que cela ressort des termes du procès-verbal d'audition du 3 novembre 2022. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de regarder comme établi le risque que M. C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Ce motif justifie, à lui seul, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif. Dès lors, il y a lieu de neutraliser le motif illégal tenant à l'existence d'une menace pour l'ordre public et le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions qui en constituent le fondement doit être écarté.

25. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

26. M. C, qui est entré en France en 2018, sans être en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Il ressort également de l'arrêté attaqué qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, laquelle a toutefois été annulée par un jugement du tribunal administratif de Rouen le 30 avril 2021. Dans ces conditions, et nonobstant le fait qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation des arrêtés du préfet du Val-d'Oise des 27 octobre et 3 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H C et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 9 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

M. I Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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