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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208369

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208369

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Perez
Avocat requérantCRECY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 novembre 2022, le 26 avril 2023, le 12 mai 2023 et le 15 juin 2023, M. A B, représenté par Me Crecy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions successives de retraits de points correspondant aux infractions du 23 décembre 2021, du 22 juin 2018, du 23 juillet 2017, ainsi que la décision " 48 SI " du 5 juillet 2022 invalidant son permis de conduire, ensemble la décision du 26 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 160 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points de son permis ne lui ont pas été notifiées ;

- elles n'ont pas fait l'objet d'une information préalable du contrevenant ;

- certaines contraventions référencées ayant entraîné une perte de points ont été contestées devant l'officier du ministère public, et la perte de points concernée est par suite irrégulière ;

- la décision d'invalidation du permis " 48 Si " est illégale dès lors qu'elle repose sur des retraits de points eux-mêmes illégaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Perez pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Perez, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 23 décembre 2021, 22 juin 2018 et 23 juillet 2017 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée 48 SI du 5 juillet 2022, le ministre de l'intérieur a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par un recours gracieux du 25 août 2022, rejeté par une décision du 26 octobre 2022, le ministre de l'intérieur a refusé de restituer les quatre points retirés suite à l'infraction du 23 décembre 2021 et de rapporter la décision 48 SI. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des retraits de points liés aux infractions mentionnées, l'annulation de la décision 48 SI du 5 juillet 2022, ensemble l'annulation de la décision du 26 octobre 2022 de rejet de son recours gracieux.

En ce qui concerne le défaut de notification :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".

3. M. B soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. B n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision de retrait. Le moyen tiré du défaut de notification de la décision attaquée est inopérant et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la matérialité de l'infraction commise le 23 décembre 2021 :

4. Il résulte de l'instruction que, pour l'infraction du 23 décembre 2021, M. B a été condamné par une ordonnance pénale du tribunal de police de Versailles en date du 11 avril 2023. Il résulte du jugement sur opposition à ordonnance pénale du tribunal de police de Versailles en date du 25 septembre 2023 que l'opposition à l'exécution de l'ordonnance pénale du 11 avril 2023 a été déclarée recevable, que la précédente ordonnance du 11 avril 2023 a été mise à néant et que le requérant a été déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés et a été condamné à une amende de 300 euros à titre de peine principale. M. B a interjeté appel du jugement du 25 septembre 2023 le 29 septembre 2023. Il est, dès lors, fondé à soutenir que la condamnation n'étant pas devenue définitive, la réalité de l'infraction du 23 décembre 2021 ne peut pas être regardée comme établie au sens des dispositions précitées de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, il est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction du 23 décembre 2021.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information s'agissant des infractions du 22 juin 2018 et du 23 juillet 2017 :

5. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

6. De plus, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction que les infractions du 22 juin 2018 et du 23 juillet 2017 ont donné lieu à l'établissement de procès-verbaux de contravention, sur lesquels a été mentionné par l'agent que le contrevenant a refusé d'apposer sa signature. Ces documents mentionnent la nature de l'infraction constatée, énonce que l'intéressé reconnaît avoir été informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits de points, de la possibilité d'accéder aux informations le concernant, des dispositions de l'article L. 223-2 du code de la route et que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route en ce qui concerne les infractions du 22 juin 2018 et du 23 juillet 2017.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement d'annuler la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction le 23 décembre 2021, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête. En revanche, les décisions de retraits de points liées aux infractions du 22 juin 2018 et du 23 juillet 2017 doivent être maintenues.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B fait état d'une décision de retrait de points annulée par le présent jugement. Or aux termes des dispositions du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. En l'espèce, du fait de l'annulation de ces décisions, le solde de points du permis de M. C était positif à la date de la décision " 48 SI ". Ainsi cette décision, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée, ensemble la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours gracieux de l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Si l'annulation contentieuse d'une décision d'invalidation du permis de conduire, à la suite de l'annulation d'une ou plusieurs décisions de retrait de points prises antérieurement, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. B le bénéfice des quatre points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation du requérant dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction du 23 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : La décision référencée 48 SI du ministre de l'intérieur du 5 juillet 2022 invalidant le permis de conduire de M. B est annulée, ensemble la décision du 26 octobre rejetant son recours gracieux.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B les quatre points illégalement retirés par la décision annulée à l'article 1 et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. B pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L Perez

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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