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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208402

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208402

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 14 avril 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société Bouygues Telecom, représentée par Me Hamri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Lisses a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 091 340 22 00047 pour l'installation d'un pylône relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au 22 ter rue des Malines, sur le territoire de cette commune ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lisses d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lisses une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- le motif d'opposition fondé sur l'article UB 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'aucune appréciation des caractéristiques du milieu n'y est portée ; ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le site dans lequel s'insère le projet en litige, ainsi que l'environnement un peu plus lointain du projet, ne présentent pas de caractéristiques particulièrement remarquables ; le projet en litige a vocation à s'implanter à proximité d'un bâtiment industriel dans un pylône monotube atténuant ainsi l'impact visuel du projet ;

- la substitution de motif sollicitée par la commune de Lisses doit être écartée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, la commune de Lisses, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pourrait être fondée sur un autre motif tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article UI 7.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Lisses.

Par une ordonnance du 31 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- et les observations de Me Mascré, substituant Me Peynet, représentant la commune de Lisses.

Considérant ce qui suit :

1. La société Bouygues Telecom a déposé auprès des services de la commune de Lisses une déclaration préalable, tendant à l'installation d'un pylône relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au 22 ter rue des Malines, sur le territoire de cette commune. Par une décision du 20 juin 2022, dont la société requérante demande l'annulation, le maire de Lisses s'est opposé à cette déclaration préalable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse, le maire de la commune de Lisses s'est fondé sur un unique motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants.

3. Aux termes des dispositions de l'article 11.1.1 de la zone UB du règlement du PLU de la commune de Lisses : " L'aspect des constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier ne doit pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () ".

4. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder une décision d'opposition ou les prescriptions spéciales accompagnant la décision de non opposition à déclaration préalable, il appartient à l'autorité compétente, sous le contrôle du juge, d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe dans un environnement industriel et commercial ne présentant aucun intérêt architectural particulier. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des photographies produites, que le pylône de l'antenne relais, bien qu'atteignant une hauteur de 30 mètres, porterait atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet d'un traitement particulier en vue de favoriser son insertion dans l'environnement en retenant un pylône de type monotube plutôt que treillis, permettant ainsi de dissimuler les antennes. Par suite, en s'opposant à la déclaration préalable présentée par la société Bouygues Telecom au seul motif que le projet méconnaît les dispositions précitées de l'article UB 11.1.1 du règlement du PLU, le maire de la commune de Lisses a entâché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Pour application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision attaquée.

7. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Dans son mémoire en défense communiqué au requérant, la commune de Lisses fait valoir que l'arrêté attaqué peut être légalement fondé sur un autre motif tiré de la méconnaissance par le projet litigieux des dispositions de l'article UI 7.2.2 du règlement du PLU de la commune en ce que le projet ne s'implante pas en retrait de cinq mètres minimum par rapport aux limites séparatives.

9. Aux termes des dispositions de l'article 7.2.2 du règlement de la zone UI du PLU de la commune de Lisses : " Toute façade ou partie de façade de constructions en retrait des limites séparatives doit être implantée avec un retrait de 5 mètres minimum de la limite séparative et respecter la condition suivante : ' la distance, comptée perpendiculairement, entre tout point de la construction et le point le plus proche de la limite séparative (L) doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de la façade (H), soit L =H/2. ". Aux termes des dispositions de l'article UI 7.3.2 de ce règlement : " Les installations et ouvrages techniques de faibles hauteurs nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif (postes de transformation, etc.) doivent être implantés sur une ou plusieurs limites séparatives, ou en retrait d'un mètre minimum de la limite séparative. ". Selon le lexique de ce règlement, constitue une façade " Chacune des faces verticales ou quasi-verticales en élévation d'une construction ".

10. Contrairement à ce que soutient la commune de Lisses, le pylône monotube litigieux ne peut être regardé comme comprenant une ou des façades au sens des dispositions combinées du PLU mentionnées au point précédent. Dans ces conditions, le projet litigieux ne méconnait pas les dispositions de l'article UI 7.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par la commune en défense.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Bouygues Telecom est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2022 du maire de la commune de Lisses ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le maire de Lisses s'est opposé à la déclaration préalable de Bouygues Telecom, implique nécessairement, compte tenu des motifs d'annulation, que la déclaration préalable soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Lisses de procéder à ce réexamen, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Bouygues Telecom, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Lisses au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lisses la somme de 1 800 euros, à verser à la société requérante au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 juin 2022, par laquelle le maire de la commune de Lisses s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Bouygues Telecom, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lisses de réexaminer la déclaration préalable déposée par la société Bouygues Telecom, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Lisses versera à la société Bouygues Telecom la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Lisses au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le jugement sera notifié à la société Bouygues Telecom et à la commune de Lisses.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Boukheloua

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Benoit

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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