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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208427

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208427

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTROALEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, Mme C A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le Préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.

Elle soutient que :

- elle ne souhaite pas retourner en Italie, dont elle ne comprend pas la langue ;

- elle risque d'être renvoyée en Guinée, où ses filles seront excisées ;

- elle détient des notions de français.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 23 novembre 2022, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Wallois, avocate désignée d'office, représentant Mme A, non présente, en présence de M. B, interprète en langue soussou, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que les informations mentionnées par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 lui ont traduites de manière complète dans une langue qu'elle comprend, le compte rendu de l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement précité ne comportant pas la mention de sa durée ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissant guinéenne, née le 20 décembre 1998 à Forecariah, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 18 août 2022, auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de Mme A avaient été relevées le 11 septembre 2021 par les autorités de contrôle compétentes en Italie alors que l'intéressée avait franchi irrégulièrement la frontière de cet État en venant d'un État tiers à l'Union européenne puis qu'elle y avait présenté une demande de protection internationale le 27 octobre 2021. Saisies d'une demande de reprise en charge de Mme A, les autorités italiennes ont implicitement accepté cette requête le 21 septembre 2022. Par l'arrêté du 28 octobre 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013, " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé sa demande d'asile à la préfecture de l'Essonne et a bénéficié, le 18 août 2022, de l'entretien prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 à l'occasion duquel elle s'est vue remettre les deux brochures d'information A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue française, langue qu'elle a indiqué ne pas savoir lire. Ces brochures lui ont dès lors été traduites oralement par l'interprète en langue soussou. La requérante fait valoir l'impossibilité pour l'administration de justifier de la traduction orale de ces brochures dans leur totalité, dans la mesure où la durée de l'entretien n'est pas précisée. Toutefois, aucune disposition légale ou règlementaire n'impose une traduction littérale de l'intégralité de ces documents. Il suit de là que Mme A doit être regardée comme ayant reçu les informations prescrites à l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 et dans une langue qu'elle comprend, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle n'aurait pas pu lire les deux brochures qui lui ont été remises en français le 18 août 2022, ou encore que celles-ci ne lui auraient pas été traduites dans leur intégralité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. Mme A doit être regardée comme faisant valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle. Toutefois, à l'appui de ce moyen, la requérante se borne à soutenir qu'elle possède quelques notions de français, au contraire de l'italien, et que ses filles risqueraient d'être excisées en cas de retour en Guinée. Si Mme A soutient ainsi que ses filles, mineures, risquent d'être exposées à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, la décision de transfert attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner la requérante et ses filles vers ce pays mais seulement de prononcer son transfert aux autorités italiennes. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressée ne serait pas en mesure de faire valoir devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile, tout élément nouveau relatif aux risques auxquels elle et ses filles seraient exposées en cas de retour dans son pays d'origine et résultant de l'évolution de leur situation personnelle ou de la situation qui prévaut actuellement dans son pays d'origine. Eu égard à la nature des circonstances ainsi invoquées par l'intéressée, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 28 octobre 2022 doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

M. D La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2208427

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