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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208473

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208473

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 14 novembre 2022, un mémoire complémentaire, enregistré le 1er décembre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 7 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est intervenu en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il est entaché d'une erreur de fait entraînant un défaut de base légale ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 décembre 2022 :

- le rapport de M. A, qui a informé les parties que le tribunal était susceptible d'opérer une substitution de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en la fondant sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lieu et place du 1° du même article, visé par l'arrêté attaqué,

- les observations de Me Petit, substituant Me Berdugo, représentant M. C, non présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, à l'exception du moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire auquel elle indique renoncer, et précise, en outre, que l'arrêté attaqué est entaché de deux erreurs de fait portant sur les conditions d'entrée en France du requérant, qui disposait bien d'un visa, et ses attaches familiales, dont il est dépourvu en Côte-d'Ivoire compte tenu du décès de ses parents, et dont il justifie en France, son frère résidant dans ce pays, que, s'agissant de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, il justifie d'un pack employeur et d'une lettre de motivation et travaille depuis plusieurs années,

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 1er décembre 1979, est entré en France le 10 avril 2016. Par un arrêté du 1er novembre 2022, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. C demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et fixer le pays de destination. Le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de faire état, dans l'arrêté en litige, de l'ensemble des éléments allégués par le requérant. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bienfondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de M. C doit également être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement aux mentions figurant dans l'arrêté en litige, M. C est entré régulièrement sur le territoire français le 10 avril 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C de court séjour. Par suite, sa situation n'entrait pas dans le champ des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il est constant que M. C s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa le 4 mai 2016 sans être titulaire d'un titre de séjour. Par conséquent, sa situation entrait dans le champ des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La substitution de ces dispositions à celles du 1° du même article comme base légale de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne prive l'intéressé d'aucune garantie, le préfet de l'Essonne disposant par ailleurs du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il y a lieu, dès lors, de procéder à cette substitution. Il en résulte que le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

5. En troisième lieu, la mention, dans l'arrêté en litige, de la résidence de la mère de M. C en Côte-d'Ivoire, alors que le requérant produit son acte de décès dans le cadre de la présente instance, résulte des propres déclarations de M. C lors de son audition par les services de gendarmerie le 1er novembre 2022. Contrairement à ce qu'il fait valoir, l'arrêté en litige ne mentionne pas l'absence de toute attache familiale de M. C en France mais seulement la circonstance qu'il est célibataire et sans charge de famille, l'absence de mention de la présence de son frère de nationalité française ne pouvant être regardée comme une erreur de fait. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait pris une décision différente en se fondant sur la circonstance que M. C était entré régulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C justifiait d'une ancienneté de séjour de six ans et demi à la date d'intervention de l'arrêté en litige. Il est célibataire, sans charge de famille et, s'il fait valoir la présence en France de son frère de nationalité française et le décès de ses parents, ces circonstances ne suffisent pas à établir de façon suffisamment probante qu'il est dépourvu de d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Il ne justifie pas de manière probante de l'activité de bûcheron qu'il allègue, le requérant ne produisant aucun contrat de travail ni bulletin de salaire et les avis d'impôt sur le revenu et relevés bancaires produits ne faisant état d'aucun ou de très faibles revenus. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels il a été pris et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. C.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 1er novembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction, d'astreinte et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

S. A La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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