vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ZOUBKOVA-ALLIEIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Zoubkova-Allieis, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler, à titre principal, la décision du 7 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, la décision du même jour refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation en urgence, sous astreinte de 50 euros par jour à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- elle est de nationalité moldave et roumaine et réside donc régulièrement en France en tant que ressortissante d'un État membre de l'Union européenne ;
- le préfet de l'Essonne a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'elle représente une menace à l'ordre public ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le centre de ses intérêts privés, personnels, sociaux et professionnels se trouve en France où elle réside avec son conjoint, de nationalité roumaine, depuis 2019 et leur fils de 5 ans qui est scolarisé et travaille pour une société de nettoyage qui la déclare ; sa vie privée et familiale justifie ainsi qu'elle soit régularisée administrativement pour des motifs humanitaires.
Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2023.
Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Amar-Cid a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante moldave, née le 17 mars 1991, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler, à titre principal, la décision du 7 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, la décision du même jour refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. D B, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
4. Si Mme A soutient qu'elle est de nationalité moldave et roumaine et réside donc régulièrement en France en tant que ressortissante d'un État membre de l'Union européenne, elle ne produit ni passeport roumain ni aucun autre moyen de preuve à l'appui de ses allégations. Elle ne justifie pas, par ailleurs, être entrée régulièrement en France ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, comme a pu à bon droit le retenir le préfet de l'Essonne dans les motifs de son arrêté. Mme A était donc au nombre des étrangers pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Ainsi, à supposer que le préfet de l'Essonne ait entendu fonder l'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français notamment sur le 5° de l'article L. 611-1 de ce code en indiquant que son comportement constitue un trouble à l'ordre public, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le caractère irrégulier de son entrée et de son maintien sur le territoire français, c'est-à-dire sur le 1° de ce même article. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis le 12 mai 2019 avec son conjoint, de nationalité roumaine, et leur fils de 5 ans qui est scolarisé et qu'elle travaille de façon régulière pour une société de nettoyage. Elle ne produit toutefois pas la moindre pièce justificative au soutien de ses propos. Dans ces conditions et quand bien même elle ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là que le préfet de l'Essonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A remplirait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ni, en tout état de cause, qu'elle justifierait de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut, pour les mêmes raisons, qu'être écarté.
7. Mme A n'est, par suite, pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
9. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'accorder à Mme A un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressée constitue un trouble à l'ordre public au motif qu'elle a été interpelée le 6 novembre 2022 et placée en garde en vue pour conduite sans permis de conduire et sous l'empire d'un état alcoolique ainsi que délit de fuite après accident de la voie publique corporel. Toutefois, alors que Mme A conteste la matérialité des faits qui lui sont ainsi reprochés, le préfet de l'Essonne n'a produit, dans le cadre de la présente instance, ni mémoire ni pièces avant la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de Mme A constitue une menace pour l'ordre public au sens du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 7 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui annule seulement la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, n'implique pas d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de Mme A. Les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant refus de délai de départ volontaire contenue dans l'arrêté du préfet de l'Essonne pris à l'encontre de Mme A le 7 novembre 2022 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Milon, première conseillère,
Mme Amar-Cid, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
J. Amar-Cid
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
K. Dupré
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026