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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208491

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208491

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 novembre et 28 novembre 2022, la société Bouygues Telecom, représentée par Me Hamri, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Lisses a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 091 340 22 00047 pour l'installation d'un pylône relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 22 Ter rue des Malines, sur le territoire de cette commune ; ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lisses d'instruire à nouveau sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lisses une somme de

5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- elle est caractérisée par l'atteinte portée à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et par l'entrave à ses activités ;

- les missions de la société Bouygues Telecom participent à l'intérêt général et elle se trouve contrainte de maintenir, d'adapter et de développer les installations de son réseau afin d'assurer la continuité du service public ;

- le refus opposé par le maire de la commune de Lisses fait obstacle au raccordement d'équipements dûment autorisés et porte ainsi atteinte aux obligations imposées par l'autorisation que lui a délivrée l'ARCEP ;

- l'installation d'une station relais sur le site projeté permettra de combler un trou de couverture en apportant du réseau à des habitants qui ne bénéficiaient pas des services de téléphonie mobile offerts par la société Bouygues Telecom ;

- la décision attaquée porte atteinte à la couverture radiotéléphonique du territoire communal par la norme GSM et UMTS et fait obstacle à la continuité du service public des télécommunications auquel elle participe ;

- les cartes de couverture produites permettent de connaître avec un degré de précision suffisamment fin l'étendue et la nature de la couverture assurée par ses équipements ; en l'espèce, les cartes de couvertures versées aux débats illustrent l'existence précise d'un niveau de couverture non conforme aux obligations de Bouygues Telecom, notamment au plan de la couverture 4G, et un trou de couverture sur le territoire de la commune ; enfin, si la commune de Lisses entendait contester la réalité du trou de couverture illustré par les cartes de couvertures produites, il lui était parfaitement loisible de faire réaliser et de produire une mesure de champs établissant le bien-fondé de ses contestations ;

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- le motif d'opposition fondé sur l'article UB 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le site dans lequel s'insère le projet en litige, ainsi que l'environnement un peu plus lointain du projet, ne présentent pas de caractéristiques particulièrement remarquables ; le projet en litige a vocation à s'implanter à proximité d'un bâtiment industriel dans un pylône monotube atténuant ainsi l'impact visuel du projet.

- la substitution de motif sollicitée par la commune de Lisses doit être écartée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, la commune de Lisses, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie, dès lors que la société Bouygues Telecom ne produit aucun élément sérieux permettant de considérer que le projet en litige est nécessaire à la satisfaction de ses engagements en termes de couverture du territoire ; en outre, les cartes de couvertures versées aux débats par la société Bouygues Telecom, dont on peut être sceptique quant à la valeur probante et qui n'ont été réalisées que pour les seuls besoins de l'instance, sont contredites par des cartes de couverture réseaux mises en ligne sur le site de la société requérante ; enfin, la société Bouygues Telecom pouvait déposer sa requête en référé dès le 16 août 2022, ce qu'elle n'a finalement fait que le 14 novembre 2022 ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées ; le signataire de l'arrêté en litige dispose d'une délégation de signature régulière ; le maire de la commune de Lisses n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article UB11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses dès lors que le projet en litige s'inscrit dans un secteur " spécifique à la zone des Malines, implantée au cœur du tissu mixte " composé d'entrepôts et de maisons individuelles et que l'installation projetée ne s'accompagne d'aucune disposition destinée à la rendre moins visible ; en effet, le pylône monotube blanc est particulièrement apparent et excède sensiblement la hauteur des constructions voisines, ce qui le rend visible dans un large périmètre ;

- subsidiairement, la commune sollicite une substitution de motif en ce que les dispositions de l'article UI 7.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses soit substituées à celles de l'article UB 11.1 appliqués.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2208402, par laquelle la société Bouygues Telecom demande l'annulation des décisions en litige.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Lisses ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2022 à 10h15, en présence de Mme Bridet, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Miloux, substituant Me Hamri pour la société Bouygues Telecom, qui a repris ses écritures en les développant ;

- et celle de Me Alibay, substituant Me Royer, pour la commune de Lisses, qui a repris ses écritures en les développant.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10h53.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. La société Bouygues Telecom demande au juge des référés de suspendre, en application des dispositions, citées au point 1, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Lisses a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 091 340 22 00047 pour l'installation d'un pylône relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 22 Ter rue des Malines, sur le territoire de cette commune, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La société Bouygues Telecom établit, par la production d'une carte de couverture de son réseau de téléphonie mobile, dont le caractère probant ne saurait être remis en cause par les cartes de couverture mises en ligne sur le site commercial de la société requérante, qui n'ont pas la même portée, que le secteur en cause du territoire de la commune de Lisses ne dispose que d'une couverte partielle et dégradée par le réseau de téléphonie et de données mobiles de cet opérateur. Elle démontre ainsi que l'installation en litige permettra de couvrir des zones actuellement non prises en charge de manière satisfaisante par les antennes relais déjà implantées. Dans ces conditions, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile de troisième, de quatrième et de cinquième génération (3G, 4G et 5G) à haut débit (HD), ainsi qu'aux intérêts propres de la société Bouygues Télécom qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 11.1.1 relatif aux dispositions générales des aspects et façades extérieurs de la zone UB du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses : " L'aspect des constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier ne doit pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () ".

6. Eu égard, d'une part, à l'absence de caractère ou d'intérêt particulier des lieux environnants ainsi que cela ressort des différents clichés versés au dossier et, d'autre part, au caractère très limité de l'impact du projet sur son environnement compte tenu de l'utilisation d'un pylône monotube blanc pour masquer les antennes relais, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'unique motif d'opposition de l'arrêté attaqué est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

7. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 7.2.2 relatif aux modalités de calcul du retrait par rapport aux limites séparatives de la zone UI du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses : " Toute façade ou partie de façade de constructions en retrait des limites séparatives doit être implantée avec un retrait de 5 mètres minimum de la limite séparative et respecter la condition suivante : ' la distance, comptée perpendiculairement, entre tout point de la construction et le point le plus proche de la limite séparative (L) doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de la façade (H), soit L =H/2. ". Aux termes des dispositions de l'article 7.3.2 relatif au cas des installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif de la zone UI du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses " Les installations et ouvrages techniques de faibles hauteurs nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif (postes de transformation, etc.) doivent être implantés sur une ou plusieurs limites séparatives, ou en retrait d'un mètre minimum de la limite séparative. ". Aux termes du lexique du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses, Titre VI - Annexes -, constitue une façade : " Chacune des faces verticales ou quasi-verticales en élévation d'une construction ". Et ce même lexique distingue les " Constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif ", sans toutefois ne donner de définition des unes ou des autres. Or, aux termes des dispositions de l'article R. 151-15 du code de l'urbanisme : " Lorsque les termes figurant dans les règles écrites et dans les mentions accompagnant les règles et documents graphiques sont définis par le lexique national d'urbanisme prévu par l'article R. 111-1, à la date de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision mentionnée à l'article L. 153-31 du plan local d'urbanisme ou du document en tenant lieu, ils sont utilisés conformément aux définitions qui en sont données par ce lexique. ". Et, aux termes de l'article R. 151-16 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut, s'il y a lieu, préciser ces définitions du lexique national et les compléter par celles qu'il estime utiles à son application. ". Et selon les termes du lexique national d'urbanisme, " Une construction est un ouvrage fixe et pérenne, comportant ou non des fondations et générant un espace utilisable par l'Homme en sous-sol ou en surface. ".

8. Contrairement à ce que soutient la commune de Lisses, il résulte du point 7 que le projet en litige d'installation d'un pylône relais de téléphonie mobile ne peut être assimilé à une " construction " au sens des dispositions précitées de l'article 7.2.2 de la zone UI du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Lisses. Dans ces conditions, il existe un doute sérieux sur la légalité du motif sur lequel la commune de Lisses entend fonder son arrêté au titre d'une substitution de motif et tiré de ce que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article 7.2.2 de la zone UI du règlement du plan local d'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède que la demande de substitution de motif sollicitée par la commune de Lisses ne saurait être accueillie.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué n'est pas propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

11. Il en résulte que les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, de telle sorte qu'il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 juin 2022 du maire de la commune de Lisses, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur les conclusions tendant à leur annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au maire de la commune de Lisses d'instruire de nouveau la déclaration préalable de la société Bouygues Telecom et d'y statuer dans un délai d'un mois, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lisses une somme de 1 000 euros à verser à la société Bouygues Telecom au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, la commune de Lisses étant partie perdante, les conclusions qu'elle a présentées au même titre doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Lisses a fait opposition à la déclaration préalable n° DP 091 340 22 00047, déposée par la société Bouygues Telecom, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lisses d'instruire de nouveau la déclaration préalable de la société Bouygues Telecom et d'y statuer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Lisses versera à la société Bouygues Telecom une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Lisses présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Telecom et à la commune de Lisses.

Fait à Versailles, le 28 novembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

J. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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