jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208507 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SADOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et des mémoires complémentaires, enregistrés les 11 et 24 novembre 2022 et le 4 janvier 2023, Mme A E, épouse C, représentée par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de certificat de résidence et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas joint à la décision ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de l'Essonne s'est cru à tort en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle repose sur des faits matériellement inexacts, dès lors que sa fille réside sur le territoire français et que son époux est titulaire d'un visa à entrées multiples et se rend régulièrement en France ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 janvier 2023, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 5 janvier 2023, a été reportée au 19 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Connin, conseiller ;
- et les observations de Me Sadoun, pour Mme E, épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, épouse C, ressortissante algérienne née le 3 décembre 1963, est entrée en France le 29 novembre 2021 munie d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 3 mai 2022 son admission au séjour pour raison de santé sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles. Au vu de l'avis émis le 9 août 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet de l'Essonne, par un arrêté du 19 août 2022, a rejeté sa demande de certificat de résidence et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme E, épouse C, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 19 août 2022 :
2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
3. L'arrêté attaqué du 19 août 2022 a été signé par M. D B, sous-préfet de Palaiseau, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet de l'Essonne par un arrêté du 19 juillet 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et vise, notamment, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de l'Essonne indique, en s'appropriant les motifs de l'avis rendu le 9 août 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'état de santé de Mme E, épouse C, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'en outre, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet arrêté ne pouvait comporter davantage de précisions sur l'état de santé de l'intéressée, dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de révéler des informations sur la pathologie dont elle souffre et la nature des traitements médicaux dont elle a besoin. L'arrêté contesté fait par ailleurs état des conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France, ainsi que des principales caractéristiques de sa situation personnelle, professionnelle et familiale, le préfet n'étant pas tenu de préciser tous les éléments relatifs à sa situation. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait, sa motivation s'appréciant indépendamment des motifs retenus. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire, non plus qu'aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne fait obligation au préfet de joindre l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la décision portant rejet d'une demande de certificat de résidence présentée sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de cet accord.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Essonne se serait cru lié par l'avis du 9 août 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser de délivrer un certificat de résidence à Mme E, épouse C. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée ne saurait être accueilli.
7. En quatrième lieu, le préfet de l'Essonne indique, dans l'arrêté litigieux, que l'époux et les quatre enfants majeurs de la requérante résident en Algérie. Si cette dernière soutient, d'une part, que sa fille réside en France, elle ne l'établit pas, alors qu'elle a elle-même précisé, dans le questionnaire qu'elle a rempli le 3 mai 2022 à l'occasion de sa demande de certificat de résidence, que ses quatre enfants résident en Algérie. D'autre part, elle fait valoir que son époux détient un visa multi entrées lui permettant de se rendre régulièrement en France. Cependant, en se bornant à indiquer que celui-ci réside en Algérie, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. Dans son avis du 9 août 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme E, épouse C, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et, qu'en outre, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. La requérante produit un certificat médical du 21 octobre 2022 d'un praticien hospitalier du service de pneumologie et d'oncologie de l'hôpital Ambroise Paré selon lequel l'ensemble des soins administrés à Mme E, épouse C, " semble difficile à réaliser sur le territoire algérien ", ainsi qu'un certificat médical du 2 novembre 2022 d'un professeur du centre hospitalier universitaire de Bab el Oued qui indique que la prise en charge de Mme E, épouse C, " relève d'un traitement lourd et comme toutes les possibilités de traitement ont été épuisées, une transplantation pulmonaire est discutée chez elle " et ajoute que " malheureusement ces soins ne peuvent, pour le moment, être dispensées en Algérie du fait de l'absence de centres spécialisés en greffe pulmonaire ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, une greffe pulmonaire était envisagée, le premier certificat médical produit mentionnant cette éventualité étant daté du 25 octobre 2022. Ainsi, les éléments produits par l'intéressée, notamment quant à l'impossibilité de pratiquer une greffe pulmonaire en Algérie, ne sont pas de nature à remettre en cause tant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que l'appréciation portée par le préfet de l'Essonne sur la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie. Dès lors, en estimant que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence en qualité d'étranger malade, le préfet des Yvelines a fait une exacte application des stipulations précitées du paragraphe 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions de Mme E, épouse C, tendant a` l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision refusant à Mme E, épouse C, le certificat de résidence qu'elle sollicitait n'est pas entachée d'illégalité. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence.
13. En second lieu, en vertu des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme E, épouse C, doivent être écartés.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions de Mme E, épouse C, tendant a` l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme E, épouse C, à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme E, épouse C, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E, épouse C, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, épouse C, et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience publique du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Christine Grenier, présidente,
Mme Virginie Caron, première conseillère,
M. Nicolas Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le rapporteur,
signé
N. CONNIN
La présidente,
signé
C. GRENIER
La greffière,
signé
A. ESTEVES
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026