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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208559

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208559

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. B C, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'être assisté par un interprète en soninké ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui communiquer son entier dossier administratif ;

4°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros HT soit 2400 euros à verser à Me David en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il est fondé à demander la production de la décision attaquée en application des dispositions de l'article R. 776-18 du code de justice administrative ;

- il est fondé à demander la communication de son dossier administratif en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de renouvellement d'attestation de demande d'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 décembre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. D

- M. C n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant malien né le 9 octobre 1996 à Manthia, a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 2 juin 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 juillet 2021. Par un arrêté du 18 octobre 2022 le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. "

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de production de la décision attaquée et de communication de son dossier administratif :

4. Le requérant demande qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de produire la décision attaquée, relative au refus de renouvellement de sa demande d'asile et de lui communiquer son dossier administratif. Or, par un mémoire et des pièces versés à l'instance le 12 décembre 2022, le préfet de l'Essonne a produit la décision attaquée et a communiqué au requérant son entier dossier administratif. Par suite, ces conclusions sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs :

1. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A E, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait.

2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Il mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Il est, par suite, suffisamment motivé.

En ce qui concerne le refus de renouvellement d'attestation de demande d'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 18 octobre 2022, notamment que M. C a été débouté de l'asile et qu'il déclare être célibataire et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen particulier ne peut qu'être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "

5. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. Pour les motifs exposés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen particulier ne peut qu'être écarté.

7. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. "

8. Si M. C fait état des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir le bien-fondé de ses allégations, ni la réalité de ses craintes. Au surplus, il ne produit aucun document nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation par l'OFPRA et la CNDA auprès desquels il a déjà pu faire valoir ses arguments. Ainsi les seules allégations relatives aux menaces dont il aurait fait l'objet ne permettent pas d'établir la réalité et l'actualité des risques encourus au Mali. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2022 de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

M. D Le greffier,

signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2208559

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