lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP LACOURTE RAQUIN TATAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, la société Etampes Dis, représentée par Me de Lesquen et Me Janssens, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France a mis à sa charge une amende administrative d'un montant de 207 600 euros au titre de l'article L. 8115-1 du code du travail ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision du 8 septembre 2022 afin de réduire le montant de l'amende mise à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la DRIEETS a refusé de tenir compte des éléments qu'elle a apportés pour déterminer le temps de travail effectif de ses salariés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la DRIEETS a maximisé le nombre de manquements qui lui étaient reprochés ;
- elle est entachée d'une seconde erreur d'appréciation dès lors que la DRIEETS a estimé qu'elle avait manqué à ses obligations relatives à la durée de travail de ses salariés sans tenir compte des circonstances particulières tenant à la crise sanitaire ;
- le montant de l'amende administrative mise à sa charge doit être réévalué pour tenir compte des erreurs de droit et d'appréciation commises par la DRIEETS dans la caractérisation des manquements qui lui sont reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2024 à 12 heures.
Un mémoire, enregistré le 5 décembre 2024 à 17 heures 57 après la clôture de l'instruction, a été présenté par la société Etampes Dis, représentée par Me de Lesquen et Me Janssens, mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce ;
- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;
- et les observations de Me de Lesquen pour la société Etampes Dis.
Considérant ce qui suit :
1. La société Etampes Dis, qui exploite l'hypermarché E. Leclerc d'Etampes, a fait l'objet, le 15 octobre 2021, de contrôles de l'inspection du travail, sur place et sur pièces, au terme desquels ont été constatés des manquements aux règles relatives à la durée de travail et de repos de sept de ses salariés. Par un courrier du 14 décembre 2021, la direction départementale du travail, de l'emploi et des solidarités de l'Essonne a ainsi informé la société Etampes Dis qu'il était envisagé de prononcer une sanction administrative à son encontre et l'a invitée à présenter ses observations, ce qu'elle a fait par un courrier du 15 février 2022. Par la décision du 8 septembre 2022 dont la société requérante demande l'annulation, le directeur régional et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a prononcé à son encontre, en application de l'article L. 8115-1 du code du travail, une amende administrative d'un montant global de 207 600 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail () soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : 1° Aux dispositions relatives aux durées maximales du travail fixées aux articles L. 3121-18 à L. 3121-25 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ;
2° Aux dispositions relatives aux repos fixées aux articles L. 3131-1 à L. 3131-3 et L. 3132-2 et aux mesures réglementaires prises pour leur application ; () ".
3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8115-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision.
En ce qui concerne la régularité de la sanction :
4. Aux termes de l'article L. 8115-5 du code du travail : " () l'autorité administrative peut, par décision motivée, prononcer l'amende et émettre le titre de perception correspondant. () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.
5. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions du code du travail applicables, notamment les articles L. 8115-1, L. 3121-18, L. 3121-19, L. 3121-20, L. 3121-22, L. 3131-1 et L. 3131-2. Elle indique qu'il est reproché à la société requérante d'avoir méconnu la durée maximale quotidienne de travail, la durée maximale hebdomadaire absolue de travail, la durée maximale hebdomadaire moyenne, la durée minimale du repos quotidien et la durée minimale du repos hebdomadaire. Elle énonce également les éléments pris en compte par la DRIEETS d'Ile-de-France pour fixer la sanction, en particulier le fait que la fréquence et le cumul des manquements constatés étaient systémiques et connus de l'employeur qui n'a rien fait pour y remédier. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la société requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article D. 3171-8 du code du travail : " Lorsque les salariés () d'un service ou d'une équipe () ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ". Aux termes de l'article R. 3171-2 du même code : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés ". Aux termes de l'article L. 3171-3 du même code : " L'employeur tient à la disposition de l'agent de contrôle de l'inspection du travail () les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié ". Enfin, aux termes de l'article L. 3171-4 de ce code : " En cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, l'employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié. () Si le décompte des heures de travail accomplies par chaque salarié est assuré par un système d'enregistrement automatique, celui-ci doit être fiable et infalsifiable ".
7. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'employeur doit être en mesure de fournir à l'inspection du travail, dont les agents de contrôle sont chargés, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 8112-1 du code du travail, de veiller à l'application des dispositions du code du travail et des autres dispositions légales relatives au régime du travail ainsi qu'aux stipulations des conventions et accords collectifs de travail, de même qu'au juge en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, les documents leur permettant de contrôler la durée du travail accomplie par chaque salarié. Lorsque le travail de tous les salariés d'un même service ou d'une même équipe n'est pas organisé selon un même horaire collectif, un décompte des heures accomplies par chaque salarié doit être établi quotidiennement et chaque semaine, selon un système qui doit être fiable et infalsifiable.
8. En premier lieu, il est constant que les services de l'inspection du travail, qui ont contrôlé la situation de la société Etampes Dis au regard du temps de travail quotidien et hebdomadaire de ses salariés, a déterminé, à partir des relevés d'horaires individuels que la société Etampes Dis a établis sur la base des enregistrements de badgeage réalisés par ses salariés entre novembre 2020 et octobre 2021, cent-trente-six manquements à la durée maximale quotidienne du travail, quarante-trois manquements à la durée maximale hebdomadaire absolue de travail, six manquements à la durée maximale hebdomadaire moyenne de travail, quarante-et-un manquements à la durée minimale du repos quotidien et six manquements à la durée minimale du repos hebdomadaire. La société requérante soutient que ces décomptes ne prennent pas en compte l'ensemble des temps de pause pris par les sept salariés concernés, seules vingt minutes de pause conventionnelle ayant été décomptées alors que ces salariés effectuent plusieurs autres pauses pendant leur journée de travail ainsi qu'ils en attestent. Elle en conclut que la DRIEETS a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur ce point.
9. D'une part, si la société Etampes Dis conteste l'exactitude des relevés horaires qu'elle a elle-même transmis à l'inspecteur du travail, il lui appartenait, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 3171-4 du code du travail, de mettre en place un système d'enregistrement automatique permettant le décompte des heures de travail accomplies par chacun de ses salariés qui soit fiable et infalsifiable d'autant qu'il résulte de l'instruction que la DRIEETS l'avait informée, dès le 6 mars 2018, que sa façon de décompter le temps de travail de ses salariés n'était pas conforme à l'article D. 3171-8 du code du travail.
10. D'autre part, si la société requérante se prévaut du " droit à l'erreur " consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, ces dispositions ne s'appliquent toutefois que lorsque les manquements reprochés ont fait l'objet d'une régularisation, soit de la propre initiative de l'intéressé, soit sur invitation de l'administration, dans le délai prescrit par cette dernière. En l'espèce, la sanction pécuniaire en litige est fondée sur le constat réalisé par les services de l'inspection du travail du dépassement, par plusieurs salariés, des durées de travail quotidiennes et hebdomadaires et du non-respect des temps de repos compensateur. Ainsi, dans la mesure où aucune régularisation ne pouvait être mise en œuvre, en l'espèce, dès lors que les manquements étaient constitués avant leur constatation par l'inspection du travail, la société n'est pas fondée à se prévaloir du droit à l'erreur tel que consacré par les dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.
11. Enfin, la société requérante invoque les témoignages de ses salariés attestant tous disposer d'une grande liberté d'organisation de leurs journées et de temps de pause supérieurs aux vingt minutes constatées par l'inspecteur du travail. Toutefois ces attestations, qui ne sont au demeurant pas versées aux débats, qui ne sont reproduites que dans le courrier d'observation transmis à la DRIEETS le 15 février 2022 et qui proviennent de personnels soumis à un lien de subordination hiérarchique à leur employeur, ne sauraient suffire à remettre en cause le décompte des horaires de travail de ces employés tels qu'il a été effectué par les services de l'inspection du travail à partir des heures de pointage enregistrées dans le système d'enregistrement automatique mis en place par l'entreprise, présumé fiable et infalsifiable.
12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés des erreurs qu'aurait commises la DRIEETS dans l'appréciation de la réalité et du nombre de manquements reprochés à la société Etampes Dis ne peuvent qu'être écartés.
13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les manquements reprochés à la société Etampes Dis sur la période courant du 23 novembre 2020 au 10 octobre 2021 avaient été déjà constatés en mars 2018 et présentent ainsi un caractère structurel indépendant de l'état d'urgence sanitaire auquel il a d'ailleurs été mis fin le 31 décembre 2020. Par suite, la DRIEETS d'Ile-de-France n'a commis aucune erreur d'appréciation en ne prenant pas en compte les circonstances particulières tenant à la crise sanitaire. Le moyen doit donc être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que la société Etampes Dis n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2022 par laquelle la DRIEETS d'Ile-de-France a mis à sa charge une amende administrative d'un montant de 207 600 euros au titre de l'article L 8115-1 du code du travail.
Sur les conclusions à fin de réformation :
15. Aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. () ". Aux termes de l'article L. 8115-4 du même code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".
16. Compte tenu des circonstances des manquements et de la situation financière fragile de la société Etampes Dis, il y a lieu de ramener le montant de l'amende qui lui a été infligée par la DRIEETS d'Ile-de-France à la somme de 150 000 euros.
Sur les frais d'instance :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que la société Etampes Dis demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le montant de l'amende infligée à la société Etampes Dis par la DRIEETS d'Ile-de-France est ramené à la somme de 150 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Etampes Dis et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée à la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Sauvageot, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLa présidente,
signé
J. Sauvageot
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026