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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208599

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208599

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. E C, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où l'aide juridictionnelle lui est accordée ou, à lui-même directement, dans le cas contraire.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il procède d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- l'arrêté ne lui a pas été communiqué en présence d'un interprète, en méconnaissance de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'assistance téléphonique n'étant pas suffisante, alors que les coordonnées de l'interprète ne lui ont pas été communiquées ;

En ce qui concerne le moyen dirigé contre les décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi repose sur des décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français illégales ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier du 19 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté, celle-ci n'ayant pas été enregistrée dans le délai de 15 jours qui a suivi la notification, le 26 octobre 2022, de l'arrêté attaqué et alors qu'il n'est pas établi que la demande d'aide juridictionnelle a été elle-même présentée dans le délai de recours contentieux.

Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2022, M. C, représenté par Me David, a produit des observations en réponse à ce moyen, relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Milon, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2022 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme B, en présence de M. D, interprète ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant malien né le 19 juillet 1996, déclare être entré sur le territoire français le 27 septembre 2018. Il a déposé une demande d'asile le 8 novembre 2018. Cette demande d'asile a été rejetée le 4 mai 2021 par l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une décision du 29 octobre 2021, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision. Par un arrêté du 18 octobre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne, M. A F, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 612-1. Il mentionne, en outre, la décision de rejet de la demande d'asile de M. C, prise par l'OFPRA le 4 mai 2021, ainsi que la décision confirmative prise par la CNDA. Enfin, l'arrêté fait état des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Il comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. C fait valoir que l'arrêté pris à son encontre lui aurait été notifié irrégulièrement, dès lors qu'il n'était pas accompagné d'un interprète, ce, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. Le moyen, inopérant, doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. C avant de prendre à son encontre les décisions contestées.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre les décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français :

7. Si M. C fait valoir que les décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale, il n'assortit cette affirmation d'aucune précision, ni d'aucune pièce permettant au tribunal d'en apprécier la portée, ni l'éventuel bien-fondé. Ce moyen, en l'état, ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que, pour contester la décision fixant le pays de renvoi, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile qui lui avait été délivrée et obligation de quitter le territoire français.

9. D'autre part, s'il soutient que la décision aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. C n'assortit ce moyen d'aucune précision, ni d'aucune pièce permettant au tribunal d'en apprécier la portée, ni l'éventuel bien-fondé. Celui-ci ne peut donc, en l'état, qu'être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, de même que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

A. B

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208599

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