mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2208605 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL GOUTAL & ALIBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Cofflard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 août 2022, notifié le
26 août, par lequel le maire de Maisons-Laffitte a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif pour la construction d'une maison située 8 rue du Maréchal Gallieni ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Maisons-Laffitte de faire droit à la demande de permis de construire modificatif déposée le 14 février 2022, complétée les 21 avril et 7 juin 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;
3°) d'enjoindre au maire de retirer l'arrêté interruptif de chantier du 3 février 2022 ayant pour objet d'interdire à M. C de continuer son chantier ;
4°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- l'urgence découle des risques, avec l'arrivée de l'hiver, pour la sécurité de l'ouvrage et pour la sécurité publique si un permis n'est pas délivré et en l'absence de reprise du chantier interrompu ; il risque de perdre tout le matériel de chantier, mais aussi de perdre la maçonnerie réalisée, ce qui constitue un grave préjudice ;
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :
-la décision méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme et est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que le projet modifié est conforme aux règles d'urbanisme et que la commune ne pouvait refuser de lui délivrer l'autorisation demandée ;
- les motifs de la décision ne démontrent pas la non-conformité du dossier au règlement du PLU, notamment à la règle de l'article UA 3.4 du règlement du PLU de la commune ;
- la commune ne pouvait, comme elle l'a fait, opposer une illégalité liée au permis initial pour rejeter la demande de permis modificatif ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, la commune de Maisons-Laffitte conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que :
- l'urgence n'est pas établie dès lors le risque allégué existe depuis le 5 février 2022, que la décision à l'origine de l'arrêt des travaux est, non pas le permis attaqué, mais l'arrêté interruptif de travaux, que M. C est seul responsable de la mauvaise implantation de sa construction et n'a pas fait preuve de la diligence attendue quand il a reçu notification de refus de permis modificatif, que par ailleurs, l'arrêté interruptif de travaux n'interdisait pas de sécuriser le chantier, qu'enfin le risque de perte de matériaux n'est pas démontré ;
- le permis de construire modificatif méconnaît les règles de l'article UA 3.4 dès lors que les effets des travaux prévus sur la régularisation du permis sont peu plausibles, et que la différence entre les superficies d'espaces verts déclarés dans les deux permis ne permettait pas d'appréhender avec exactitude la teneur réelle de l'état existant et du projet poursuivi.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Mme Mathou, premier conseiller, a été désignée par la présidente du Tribunal administratif de Versailles pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- Les observations de Me Cofflard, représentant M. C, qui reprend l'ensemble de ses moyens et précise que la saisine tardive du tribunal s'explique par la tentative de son client d'obtenir une conciliation, qu'il est de bonne foi, que le juge devra prendre les mesures d'exécution qui s'imposent, que M. C n'a pas attaqué l'arrêté d'interruption de travaux au contentieux car il reconnaissait la non-conformité au permis initial ;
- Les observations de Me Peynet, représentant la commune de Maisons-Laffitte, qui persiste dans ses écritures et précise que l'arrêté interruptif de travaux n'a pas été attaqué, que les travaux de mise en sécurité du chantier auraient déjà dus être entrepris et que le requérant est en tort sur ce point, que les matériaux peuvent être stockés sur le terrain, que le permis de construire modificatif était incomplet, qu'entre les deux permis tous les chiffres ont changé, que le problème était l'incomplétude du dossier et ces incohérences, que la mesure d'injonction concernant l'AIT n'entre pas dans le périmètre de la présente instance.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 15h30.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Il résulte de l'instruction que M. C a obtenu, le 19 mars 2021, un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle sur un terrain sis 8 rue du Maréchal Galliéni, sur la parcelle cadastrée AM n°456. Le projet portait sur une maison individuelle implantée à l'aplomb d'une maison déjà existante, et en limite séparative avec les parcelles cadastrées AM n°188 et 402 au nord-est. A la suite de plaintes du voisinage au cours de la réalisation du chantier, les services de la commune ont constaté que l'implantation de la construction différait de celle annoncée dans les plans du permis de construire, notamment vis-à-vis des constructions voisines situées sur les parcelles cadastrées AM n°188 et 402 sises 29 rue du Fossé. En effet, les travaux étaient implantés en deçà des limites séparatives nord et est, et non sur ces limites comme annoncé. Par lettre du 31 janvier 2022, la ville a engagé une procédure contradictoire dans la perspective d'un retrait du permis initial, qu'elle estimait avoir été obtenu de manière frauduleuse. Elle précisait dans cette lettre que la construction était située, selon le plan de géomètre expert réalisé en janvier 2022, à 20 centimètres et 10 centimètres des limites nord et est. Un procès-verbal de constat daté du même jour et rédigé par un agent assermenté du service urbanisme de la commune estimait que le retrait par rapport aux limites séparatives nord et est était de 50 centimètre en moyenne. Parallèlement, un arrêté interruptif de travaux a été édicté le 3 février 2022. Par lettre datée du 14 février 2022, M. C contestait la fraude et annonçait le dépôt le même jour d'un permis de construire modificatif, ayant pour objet la rectification des limites séparatives. Par l'arrêté attaqué du 17 août 2022, le maire de Maisons-Laffitte a refusé d'accorder à M. C le permis de construire modificatif demandé.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision de refus de permis de construire, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets du refus de permis litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'un permis de construire provisoire à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'arrêté du maire de Maisons-Laffitte refusant de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité, M. C se prévaut des dégradations constatées sur le chantier et du risque que de telles dégradations représentent avec l'entrée dans l'hiver et la période des grands froids, à la fois pour la sécurité de l'ouvrage et pour la sécurité publique, ainsi que du préjudice qui résulterait pour lui de la perte de son matériel de chantier mais aussi de la maçonnerie réalisée. Il résulte de l'instruction, notamment de la lettre du maître d'œuvre du 10 novembre 2022, que, d'une part, le chantier est interrompu depuis dix mois, alors que la charpente et le clos couvert ne sont pas posés, que, d'autre part, il a été constaté au mois de novembre lors d'une visite du chantier d'importantes dégradations de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage, concernant notamment l'étanchéité des planchers et les étais métalliques de soutènement, avec un risque de chute de ces derniers et une aggravation probable en période hivernale. En défense, la commune fait valoir que le risque allégué existe depuis le 5 février 2022, date de l'arrêt du chantier, que la décision à l'origine de l'arrêt des travaux est, non pas le permis attaqué, mais l'arrêté interruptif de travaux, que M. C est seul responsable de la mauvaise implantation de sa construction et n'a pas fait preuve de la diligence attendue quand il a reçu notification du refus de permis modificatif, que par ailleurs, l'arrêté interruptif de travaux n'interdisait pas de sécuriser le chantier, qu'enfin le risque de perte de matériaux n'est pas démontré. Il résulte toutefois de l'instruction que, dès l'arrêté interruptif de travaux, M. C, dont la bonne foi n'est pas mise en cause, la commune ayant d'ailleurs renoncé à retirer le permis de construire initial, a fait preuve de diligence afin de trouver une solution amiable et de régulariser sa construction, reconnaissant son erreur, due à la mauvaise implantation de la clôture sur un terrain plus grand qu'il ne le pensait, produisant le plan d'un géomètre expert daté de 1982, puis acceptant d'engager un autre géomètre expert pour réaliser un nouveau plan de délimitation, déposant un permis de construire modificatif le
14 février 2022 et complétant son dossier, jugé incomplet, les 21 avril et 7 juin 2022. En parallèle, M. C a continué à dialoguer avec les services de la ville et a même envisagé de recourir à une cession de son terrain, à titre gracieux, au profit de la copropriété voisine, afin de régler au plus vite la situation. Si la commune soutient que M. C s'est lui-même placé dans la situation d'urgence qu'il invoque, d'une part en présentant un dossier de permis de construire dont les plans comportaient des erreurs, d'autre part en négligeant de faire sécuriser le chantier, il résulte de ce qui précède que, alors que la non-conformité au permis initialement délivré est de faible importance, les conséquences prévisibles de l'arrêt prolongé du chantier sont telles, tant pour le requérant lui-même que pour les riverains, que M. C est fondé à se prévaloir d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. " Aux termes de l'article UA. 3.4.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Maisons Laffitte : " Sur les terrains dont la façade sur rue est supérieure à 10 m les constructions peuvent n'être implantées que sur l'une des limites séparatives. () ".
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article UA. 3.4.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'erreur d'appréciation entachant les deux motifs du refus litigieux, paraissent propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 17 août 2022.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier aucun autre moyen ne paraît susceptible de fonder la suspension demandée.
8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 août 2022 par lequel le maire de Maisons-Laffitte a refusé le permis de construire modificatif sollicité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Si le juge des référés peut assortir la suspension d'une décision administrative, même de rejet, d'un injonction, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent, comme l'imposent les
dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, présenter un caractère provisoire.
10. La présente ordonnance implique seulement que le maire de la commune de Maisons-Laffitte procède à une nouvelle instruction de la demande de M. C. Il y a donc lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de Maisons-Laffitte de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire modificatif de M. C dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais de l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Maisons-Laffitte le versement à M. C de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, en revanche, à ce qu'il soit mis à la charge de
M. C la somme que demande la commune de Maisons-Laffitte au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Maisons-Laffitte du
17 août 2022 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Maisons-Laffitte de procéder à une nouvelle instruction de la demande de M. C dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Maisons-Laffitte versera à M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la commune de Maisons-Laffitte.
Fait à Versailles, le 6 décembre 2022.
La juge des référés,
Signé
C. B
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026