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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208657

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208657

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBAISECOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 novembre 2022 et le 27 mars 2023, Mme A C D, représentée par Me Baisecourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui sera versée à son conseil, Me Baisecourt, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, qui lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C D soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est illégale en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de sa situation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences excessives sur sa vie privée ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ à trente jours :

-elle est insuffisamment motivée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et de refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et de refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, est une ressortissante capverdienne, entrée en France le 7 mars 2011 sous couvert d'un visa C. Le 10 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 mai 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C D demande l'annulation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire".

3. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour refuser d'admettre Mme C D au séjour, le préfet de l'Essonne a notamment estimé que Mme C D ne produisait pas suffisamment de preuves de sa résidence effective en France depuis 2012, qu'elle n'établissait pas que sa présence était indispensable au côté de sa fille et qu'elle constituait une menace à l'ordre public au motif qu'elle était connue du commissariat de Montgeron en 2016 sans toutefois établir l'existence d'une condamnation. Il ressort cependant des pièces du dossier que Mme C D exerce, depuis l'année 2013, une activité professionnelle régulière en tant qu'agent d'entretien, pour plusieurs sociétés, et produit à l'appui de sa requête 60 bulletins de salaires que le préfet n'a pas examiné et dont il n'a pas tenu compte ni pour apprécier la durée de sa présence sur le territoire ni l'opportunité d'une admission au titre du travail. Mme C D produit également de nombreux témoignages attestant de sa bonne intégration sociale et professionnelle. Enfin, alors qu'elle a très explicitement sollicité au moment du dépôt de la demande de titre que le délai d'une éventuelle obligation de quitter le territoire soit supérieur à trente jours, le préfet n'a pas examiné cette demande expresse ni motivé sur ce point précis sa décision fixant le délai de départ à trente jours. Au vu de l'ensemble de ces éléments, Mme C D est donc fondée à soutenir que le préfet n'a pas correctement et sérieusement examiné sa situation avant de décider de refuser de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile. Le moyen doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 30 mai 2022 du préfet de l'Essonne doit être annulé en toutes ces dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de Mme C D dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il la munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Baisecourt, avocat de Mme C D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Baisecourt de la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 30 mai 2022 du préfet de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme C D dans un délai de trois mois et de la munir dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera à Me Baisecourt, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat une somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, au préfet de l'Essonne et à Me Baisecourt.

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. B

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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