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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208663

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208663

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSALHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 novembre, 16 et 29 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Kuchly, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à payer à son avocat, la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée de vices de procédure car d'une part, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne mentionne pas s'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine et d'autre part, l'avis est irrégulier au regard des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile et de l'article 6 du décret du 27 décembre 2016 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile ;

- elle est illégale car le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 décembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A,

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante guinéenne née le 10 juin 1975, qui déclare être entrée en France en 2014, a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étranger malade du 22 janvier 2020 au 14 mars 2021. Le 19 novembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 juillet 2022, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de Mme B et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles elle ne remplit pas les conditions pour prétendre au renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cet arrêté ne pouvait comporter davantage de précisions sur la possibilité pour l'intéressée de suivre un traitement approprié en Guinée, dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'OFII de révéler des informations sur les pathologies dont elle souffre sur la nature des traitements médicaux qu'elle nécessite. L'arrêté attaqué examine également la situation personnelle de l'intéressée au regard des stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée doit être écarté. Par suite, l'arrêté du 25 juillet 2022 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui comporte des dispositions de procédure relatives à la délivrance de titres de séjour aux étrangers malades et applicables aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Et aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège "

4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis pris le 14 mars 2022 par le collège de médecins de l'OFII comporte l'ensemble des mentions exigées par les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Dès lors que le collège des médecins a estimé que le défaut de prise en charge de Mme B ne devrait pas avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le collège n'avait pas à préciser si les traitements étaient disponibles en Guinée. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour attaquée méconnait les dispositions visées ci-dessus et qu'elle serait entachée d'un vice de procédure.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () " .

6. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger malade de Mme B, le préfet des Yvelines, s'est fondé sur l'avis du 14 mars 2022, émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indiquant que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge, le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux établis par l'hôpital Tenon (AP-HP) que Mme B a été hospitalisée et opérée avec succès entre le 28 novembre 2017 et le 14 décembre 2017 d'une chirurgie de reconstruction du talon et de la voute plantaire gauche. Revue en consultation le 22 mai 2018, le médecin a constaté l'évolution favorable de cette chirurgie reconstructrice avec une marche beaucoup moins difficile qu'auparavant. Mme B fait valoir les comptes rendus de ses consultations anti douleur et notamment le certificat médical en date du 2 août 2021 qui fait état " de douleurs invalidantes à la marche et à la station debout, ces douleurs ayant un impact important sur la qualité de vie et des conséquences anxio-dépressives ". Toutefois, ni la persistance de ces douleurs, ni l'allégation selon laquelle un retour en Guinée réactiverait le traumatisme de son amputation ne sont de nature à invalider l'avis du collège des médecins de l'OFII qui a estimé que le défaut de prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de justice administrative en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Pour les mêmes motifs, le préfet des Yvelines n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines, qui s'est livré à un examen complet de la situation personnelle de la requérante, se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par conséquent, le moyen tiré de ce qu'il aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée ne saurait être accueilli.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Mme B fait valoir la présence en France de deux de ses enfants mineurs, nés à Trappes en 2015 et 2019 de son union avec un compatriote, M. D B, né le 1er janvier 1982 et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 10 juin 2032. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier que M. B n'a reconnu qu'un de ces deux enfants. D'autre part, la requérante ne produit au soutien de sa requête aucun commencement de preuve permettant d'établir que M. B entretiendrait des relations avec les deux enfants, ni ne participerait d'une quelconque manière à leur éducation et à leur entretien. Par ailleurs, Mme B ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou sociale en France. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision de refus de titre de séjour n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants, et dès lors que, comme il vient d'être dit plus haut, il n'est pas établi que leur père résidant en France entretiendrait avec eux des relations, le préfet n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour critiqué n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée en date du 31 juillet 2018 faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit serait dépourvue de base légale, ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Guinée où elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où résident quatre de ses six enfants, dont deux mineurs, ainsi que sa mère et trois frères et sœurs. L'intérêt supérieur de ses enfants restés en Guinée est de vivre avec leur mère et rien ne s'oppose à ce que ses deux enfants nés en France la suivent dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 ci-dessus, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Yvelines aurait méconnu les stipulations citées au point 8 ci-dessus ni commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2022 du préfet des Yvelines. Ces conclusions doivent donc être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet des Yvelines et à Me Kuchly.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

signé

S. A

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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