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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208681

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208681

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantSCP CELESTE & JEAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Céleste, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 27 février 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté du fait de son silence, sa demande de changement de statut déposée le 27 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente de la remise de son titre, ou à défaut de réexaminer sa demande à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive et est recevable, aucun accusé réception de sa demande de titre ne lui ayant été communiqué ni aucun document mentionnant les voies et délais de recours ;

- la décision implicite est dépourvue de motivation et le préfet n'a pas répondu à la demande de communication des motifs ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que tribunal est susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A dès lors que sa demande de communication des motifs a été présentée au-delà du délai de recours contentieux prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 3 avril 2024, a été présenté pour Mme A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 10 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de M. de Miguel,

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante congolaise née le 4 octobre 1995 au Congo, déclare être entrée en France le 9 octobre 2018 munie d'un visa de long séjour pour études. Le 26 octobre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour avec changement de statut d'étudiant à salarié. Un refus implicite est né du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur cette demande. Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 27 février 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Essonne :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " L'article R. 432-2 du même code dispose : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de l'Essonne qui a été reçue le 27 octobre 2021. Si le préfet de l'Essonne fait valoir que la requête par laquelle Mme A conteste la décision implicite de rejet de cette demande a été présentée tardivement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un accusé de réception comportant les indications relatives aux voies et délais de recours exigées par la réglementation aurait été transmis à l'intéressée, conformément aux dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, les délais de recours ne lui sont pas opposables et, par suite, la fin de non-recevoir, tirée de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté, doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 232-4 de ce code précise : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () " La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En application des dispositions de l'article L. 232-4 du même code, l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour, peut demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

6. Les règles énoncées au point précédent, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que Mme A a présenté auprès de la préfecture de l'Essonne une demande d'admission au séjour reçue le 27 octobre 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une attestation de dépôt lui ait été remise en mentionnant les voies et délais de recours. Le silence gardé par le préfet de l'Essonne pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 27 février 2022. L'intéressée a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet attaquée par un courrier reçu le 17 octobre 2022 par la préfecture de l'Essonne. La requérante soutient, sans être contredite sur ce point, que l'administration ne lui a pas communiqué les motifs de ce rejet dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. L'administration se borne à soutenir en défense que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite rejetant la demande de titre de séjour étaient tardives faute d'avoir été présentées dans le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, sans toutefois justifier avoir communiqué à Mme A un accusé réception de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation et est, pour ce motif, illégale.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de statuer d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet prise sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Essonne, ou le préfet territorialement compétent, réexamine la situation de Mme A et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre, à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de l'Essonne du 27 février 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

M. Lutz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

F-X de Miguel

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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