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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2208687

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2208687

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2208687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Rivet
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2204905 du 17 novembre 2022, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Rennes a renvoyé au tribunal la requête de M. A B.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 17 novembre 2022 et le 5 décembre 2022, M. A B représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions ayant entraîné des retraits de points au capital de points affecté à son permis de conduire correspondant aux infractions des 7 juin et 11 novembre 2018, 12 avril, 26 juin et 1er juillet 2019, 12 avril 2019, 10 novembre 2019, 23 janvier et 7 décembre 2020, 3 juillet 2021, 19 octobre 2021 et 23 juillet 2022 ;

2°) d'annuler en conséquence la décision du 30 août 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points affectés à son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3, L. 223-2 et R. 223-3 du code de la route préalablement aux décisions contestées ;

- s'agissant de l'infraction en date du 12 avril 2019, l'administration n'établit pas le paiement de l'amende forfaitaire majorée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rivet, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rivet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, a commis une série d'infractions au code de la route répertoriées dans le relevé d'information intégral. Par une décision du 30 août 2022, il a été informé que le nombre de points affectés à son permis de conduire était désormais nul et qu'il devait restituer son titre de conduite. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision 48 SI du ministre de l'intérieur invalidant son permis de conduire, ainsi que les décisions de retrait de points consécutifs aux infractions commises les 7 juin et 11 novembre 2018, 12 avril, 26 juin et 1er juillet 2019, 23 janvier et 7 décembre 2020 et 23 juillet 2022 et enfin qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de points de son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, suite à la transmission par les services préfectoraux de l'attestation d'un suivi d'un stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route effectué par le requérant les 2 et 3 septembre 2022, son permis de conduire est redevenu valide avec un solde positif de sept points. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " en ce qu'elle invalide son permis de conduire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. (). La réalité d'une infraction entraînant retraits de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ". Et aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retraits de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ".

4. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document. Il appartient toutefois au juge, saisi d'un moyen tiré de cette omission, de rechercher si, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, elle a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.

S'agissant des infractions commises les 7 juin et 11 novembre 2018, 26 juin et 1er juillet 2019, 23 janvier et 7 décembre 2020 et 23 juillet 2022 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions d'excès de vitesse commises les 7 juin et 11 novembre 2018, 26 juin et 1er juillet 2019, 23 janvier et 7 décembre 2020 et le 23 juillet 2022 pour usage d'un téléphone par conducteur d'un véhicule en circulation. Ainsi, M. B a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Dès lors, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Le moyen tiré du défaut d'information préalable doit, dès lors, être écarté. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retraits de points consécutives aux infractions susmentionnées.

S'agissant de l'infraction du 12 avril 2019 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, que l'infraction du 12 avril 2019 tenant à l'usage d'un téléphone pendant la conduite a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. IL est constant que le procès-verbal électronique produit par le ministre ne comporte pas l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Or si le ministre fait valoir qu'un avis de contravention, puis en l'absence de réception d'un paiement, un avis de majoration de l'amende forfaitaire, comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route ont été adressés au requérant, la seule production d'un bordereau faisant état d'un courrier adressé sans retour " NPAI " ne saurait suffire à établir, faute d'accusé de réception de ces courriers ou de preuve du paiement des contraventions afférentes, que M. B a été destinataire des informations préalables requises par les textes. En l'espèce, le ministre n'établit pas que M. B se serait acquitté de cette amende forfaitaire majorée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été destinataire de ces informations à l'occasion d'une infraction de même type commise peu de temps auparavant. Dans ces conditions, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de trois points consécutifs à l'infraction du 12 avril 2019.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de trois points de permis de conduire suite à l'infraction du 12 avril 2019.

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de points du permis de conduire :

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 12 avril 2019 implique seulement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer crédite le permis de conduire de M. B des 3 points correspondants, dans la limite de douze points. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer le permis de conduire du requérant des 3 points illégalement retirés suite à l'infraction du 12 avril 2019, dans la limite de douze points, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du CJA : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de M. B les frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 30 août 2022 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B.

Article 2: La décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 12 avril 2019 est annulée.

Article 3: ll est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de créditer le permis de conduire de M. B des trois points illégalement retirés dans la limite de douze points, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. RivetLa greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2208687

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